Une jolie fleur...

Avis sur Le Dahlia noir

Avatar Bobkill
Critique publiée par le

J'avais lu James Ellroy, il y a quelques années, presque par hasard. C'était « American Tabloid » dont la couverture m'avait tiré l'œil et qui m'avait bien plu. J'avais adoré le style d'Ellroy et sa manière de rendre vivante la mentalité des américains dans les années 60 quand Kennedy s'inquiétait du comportement de Castro et quand Hoover préparait ses coups de pute avec les cubains de Miami. Je m'étais alors promis de lire d'autres ouvrages de cet écrivain, mais l'opportunité ne s'était pas encore présentée : c'est chose faite.

James Ellroy est né en 1948. Il aurait pu devenir n'importe qui, mais un drame va changer le cours de sa vie. En 1958, Geneva Hilliker Ellroy, sa mère, va être assassinée. Ce meurtre sordide, non encore élucidé aujourd'hui, va orienter toute la vie de James et cette obsession le hante depuis. Ses premiers romans vont être largement inspiré de ce fait divers et notamment son « Quatuor de Los Angeles ». Par ordre d'apparition, il se compose des titres suivants : « Le Dahlia noir », « Le Grand Nulle Part », « L.A. Confidential » et enfin « White Jazz ».

« Le Dahlia noir » est écrit à la première personne. Le narrateur s'appelle Bucky Bleichert. 78 kg, boxeur mi-lourd et flic, il va croiser la route de Lee Blanchard, 90 kg, boxeur poids lourd et flic, aussi. Jamais ils ne se sont combattus car ils ne relevaient pas de la même catégorie. L'histoire se déroule de septembre 1946 à septembre 1949, la guerre est terminée et les rues de L.A. se vident de leurs flics. Partis en retraite ou tombés sur les plages de France, les vocations manquent. Les finances aussi ne sont pas à leur plus haut niveau. Il faut lancer un emprunt – qui a dit que le libéralisme ne faisait seulement que commencer maintenant à s'attaquer aux services publics -. Leurs chefs décident donc d'un combat entre les deux hommes, afin d'intéresser la population. Ce sera un formidable combat et une réussite financière pour leurs supérieurs. Leur popularité va grandissante et il est décidé d'en faire un duo de choc qui va nettoyer les rues de L.A. de toute sa rac... faune.

Et puis, il y a Kay qui séduit l'un et couche avec l'autre. Kay dont l'homme est en prison et ne pense qu'à les tuer, dès sa sortie... prochaine. La vie aurait pu s'écouler tranquillement mais il y eu le 15 janvier 1947. Alors qu'ils mènent une enquête de routine, leur attention est attirée par de l'agitation sur un terrain vague.

On vient de découvrir le corps nu et coupé en deux de Betty Short alias le Dahlia noir, tel que la presse la surnommera d'après sa propension à toujours se vêtir en noir. Ce crime bien réel n'est toujours pas élucidé, lui non plus. Cela explique l'intérêt d'Ellroy pour cette histoire qu'il dédiera à sa mère. Bucky et Lee vont, dès lors, travailler sur cette énigme, car ils ont leurs propres démons à exorciser. Jusqu'à ce que Lee joue les filles l'air et que le tueur ne décide de narguer les autorités avec ses messages...

Mais « Le Dahlia noir » est d'abord une histoire d'hommes, de compromission, d'amitié et de respect, formidablement bien écrite. C'est une écriture agréable, un style superbe qui arrive à nous transmettre les enjeux de la vie des américains dans cet après-guerre où commence déjà à poindre la menace soviétique. Une vision aussi de la sexualité alternative ou libérée dans l'Amérique puritaine. Un chef d'œuvre à connaître.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 298 fois
1 apprécie · 1 n'apprécie pas

Autres actions de Bobkill Le Dahlia noir