Le voyage brut

Avis sur Le Festin nu

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Le Festin nu, ce n’est pas un livre qui se résume. Ni qui se raconte. Ce n’est même pas vraiment un roman.
La seule chose qui soit vraiment sûre, c’est que le Festin nu est un livre. C’est un récit de Burroughs, le bourgeois qui, à la manière d’Orwell, a décliné l’offre d’une vie rangée et écrite d’avance pour tailler, au cutter et à la seringue, un parcours que personne n’avait écrit pour lui.
La différence avec Orwell, c’est que Burroughs a fait les choses jusqu’au bout. Quand il pète un câble, c’est dans les grandes largeurs.
Pas complètement con pour autant, Burroughs a ramené dans ses valises des choses que personne n’a vues, ou du moins racontées. En tous cas pas comme ça.

Le Festin nu, est le deuxième roman de l’auteur. Son premier, Junky, comme son nom l’indique, explique par le menu, comme une visite en coulisses, le quotidien d’un drogué. Ses histoires merdeuses et merdiques pour trouver la came et satisfaire, pendant quelques heures, l’esprit et le corps, garantir le repos de l’âme et la détacher des considérations qui l’ancrent si bas sur terre. Junky figure dans la mouvance beat generation avec ses histoires envolées, insolentes et risquées — pour l’époque.

Si Junky est une visite de la troupe en pleine répétition, avec les effets spéciaux révélés et une absence crue de fantastique, le Festin nu constitue le gros morceau. C’est carrément le spectacle son et lumière un soir de première, avec la presse présente, les huiles, feu d’artifice et musique, fumées et hallucinogènes compris. Applaudissements, entractes, on change le décor, voilà les costumes, ça pète de partout, bienvenue en enfer, ici c’est le paradis des clodos, prends une clope rose à pois, détends toi, un nain va venir te masser les orteils avec ses oreilles de lapin.

Le Festin nu, c’est un voyage sensoriel, visuel et atmosphérique à travers les étapes, les visions et les idées de la drogue. Burroughs a tout essayé, tout noté, relevé, analysé. Il livre sans fioritures, sans recul, comme ça tout de go, l’univers dans lequel il a vécu pendant quinze ans. Quinze ans de galère, de dealer en rues froides et glacées, de sexe sordide en fouilles policières, de fuites en fuites plus loin encore.

C’est une succession de tableaux farfelus, furieux, gores, malsains, magnifiques, attachants, effrayants, magiques et sordides. Une galerie continuellement renouvelée sans queue ni tête apparentes. C’est ce qui passe par la tête d’un camé en plein trip.

C’est un voyage.

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