Alice au pays des merveilles

Avis sur Le Génie lesbien

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Alice Coffin, c'est la femme qui a décidé de faire de son orientation sexuelle une religion. Commençons par la forme: en 220 pages, le mot lesbien-ne est présent 400 fois (oui, j'ai compté). Quatre-cent putain de fois. Ca vous donne une idée de son niveau d'obsession et du calvaire que ça a pu être de lire ce livre. Je pense même ne jamais avoir prononcé ce mot là autant de fois dans toute ma vie.

Plutôt que de nous démontrer ce qu'est le génie lesbien, Alice Coffin va préférer étaler toute sa croyance, nous expliquant mot pour mot que son extase, c'est d'être lesbienne, qu'être lesbienne fait d'elle une meilleure journaliste, que le lesbianisme est une émancipation, une transgression, une révolution. Quel est le but ? Nous convertir ? Pour en rajouter une couche, elle passe l'intégralité du livre à citer des lesbiennes (elle estime qu'il est capital de préciser qu'une personnalité publique lesbienne est lesbienne) en les couvrant d'éloges et de superlatifs (même quand celles-ci sont de simples journalistes people).

Elle déteste les hommes car elle les tient responsables de l'invisibilisation des LGBT, elle affirme même (mot pour mot encore une fois) qu'il y a une conspiration contre les homosexuels et qu'il n'y a pas de minorité qu'on efface plus que les lesbiennes. Des chiffres ou des sources ? Non, malgré les 19€ perdus à jamais.

Alors il y a ce passage qui a fait polémique, où elle dit vouloir éliminer les hommes et bien que plus tard dans le livre, elle affirme qu'elle ne souhaite pas s'en débarrasser physiquement, elle dit tout de même "je ne sais pas si je mourrai sans avoir blesser un homme". Quelle que soit sa manière de se justifier sur les médias (oui parce qu'elle est même invitée chez Ruquier pour faire sa promo, j'imagine que c'est un bel exemple d'invisibilisation), ses phrases et ses mots sont mal choisis et manquent de clarté.

Ce qui saute aux yeux à la lecture en tous cas, c'est l'amour d'Alice Coffin pour les Etats-Unis. Elle dit vouloir importer les bonnes idées américaines sur le territoire français (est-ce qu'elle a pensé à s'exporter là-bas ?) puis elle nuance en nous expliquant qu'il ne faut absolument pas ériger les Etats-Unis en modèle parce que Trump est président. Très bien, sauf qu'elle va passer toute la suite du livre à pleurnicher sur tout ce qu'elle déteste en France en utilisant les USA comme argument d'autorité. Tout ça pour éviter de développer une pensée ou un vrai argument.

Alice aime tellement ce pays qu'elle va jusqu'à nous expliquer que l'industrie du spectacle américain devrait être un modèle pour la France. Pas pour sa capacité à produire de la qualité (faut pas déconner) mais parce qu'il y a une spectacularisation de la vie privée et selon Alice Coffin, mettre en avant la vie privée de personnalités publiques LGBT permet de donner des modèles à la jeunesse LGBT.

Alors moi je veux bien qu'elle cite le nom de Caitlyn Jenner mais en quoi cette bête de foire serait un modèle pour la jeunesse LGBT ? Certes, c'est une femme transgenre, multimillionnaire mais qu'a-t-elle accompli pour qu'on puisse lui attribuer le rôle de modèle ? Elle a été champion d'athlétisme ? Oui, mais c'était il y a plusieurs décennies et elle était un homme. Caitlyn Jenner n'a donc rien accompli en tant que femme transgenre. Rien, à part obtenir des contrats juteux en échange de sa vie privée, dans laquelle on peut la voir essayer des robes, se baigner pour la première fois en tant que femme ou encore embrasser d'autres transgenres... en bref, une bête de foire qui a fini récompensée du "courage award" aux Etats-Unis. C'est donc ça qu'Alice Coffin veut importer en France ? On a déjà Nabilla (qui est la version française de Kim Kardashian), Netflix, McDonald's et ça suffit amplement.

Selon Alice, l'acceptation des LGBT dans la société passerait par le coming-out. Elle affirme d'ailleurs mot pour mot que savoir qui couche avec qui, ça la regarde et que c'est capital pour des millions de personnes. On apprend plus tard que quand elle était petite, elle n'avait pas de lesbienne auxquelles s'identifier (donc en fait, c'est capital surtout pour elle). Le manque de représentation médiatique lui aurait ôter 10 ans de sa vie de lesbienne et elle va jusqu'à reprocher à des personnalités publiques comme Laurent Ruquier ou Pierre Palmade de ne pas parler en tant que représentants des gays. Qu'est-ce qu'elle raconte ? Jamais elle ne se dit que si elle ne se sent représentée que par des lesbiennes, le problème vient peut-être d'elle ? En quoi Laurent Ruquier représenterait, par exemple, un jeune homosexuel d'une classe populaire qui vit dans le 93 ? Quel est le lien entre les 2 ?

Je passe rapidement sur les passages hilarants du livre comme par exemple le moment où elle nous explique qu'elle a du mal à dire à son boulanger qu'il s'est trompé et qu'elle aurait voulu un pain au chocolat au lieu d'un pain aux raisins et le moment où elle nous dit que nous ne sommes plus en guerre depuis 1945 mais qu'elle a toujours le sentiment d'y être. Des gamineries.

Bref, ce livre, c'est le journal d'une bourgeoise qui s'est trouvée un créneau pour se placer dans le camp des victimes. Elle pointe du doigt le monopole du pouvoir par les hommes blancs mais jamais le monopole tout court. Tout ce qui l'intéresse, c'est y ajouter des femmes. Femmes de pouvoir qu'elle s'interdit d'ailleurs de critiquer, ce qui démontre bien l'absurdité de sa démarche.

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