Trois garçons dans le strip

Avis sur Le Grand Nulle Part

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Aux confins de la noirceur a toujours résidé James Ellroy. Le nom de l'auteur résonnait à mes oreilles comme une promesse de flics alcooliques aux moeurs légères, de héros mélancoliques mais virils, de villes tortueuses et cannibales, une illustration de l'amérique des années 50, un portrait déliquescent, peut-être caricatural mais toujours plaisant. Je ne fus pas déçu. Dès les premières pages résonne à nos oreilles la voix du narrateur, une voix qu'on imagine grave et désabusée, qui nous entraîne dans un Los Angeles pourri jusqu'à l'os.

Le Grand Nulle Part se fonde sur un trio de personnages, avec lequel le narrateur jongle habilement au moyen d'une focalisation interne. Chaque sous-chapitre voit l'occasion de changer de personnages, et de se délecter d'une nouvelle vision (parfois peu différente l'une de l'autre, mais toujours succulente). James Ellroy se joue de ces points de vue, nous induisant en erreur quant à l'identité des personnages, et le moins que l'on puisse dire c'est que cela contribue à l'ambiance noire du bouquin, au côté "tout est pourri, même tes amis".
On se délecte de la personnalité des personnages, et du style de l'auteur. Une poignard à lame dentelée, qui déchire et nous laisse découvrir les terribles vérités humaines, voilà comment pourrait être représenté le style de James Ellroy. Toujours très "vrai", dans un style de la rue et utilisant à loisir un vocable de ces années, Ellroy arrive à ne pas tomber dans sa propre caricature.
L'enquête principale est quant à elle très intéressante et promet quelques hauts le coeur, mais son dénouement manque véritablement de punch. J'ai vraiment préféré les affaires annexes (les petits arrangements de Buzz, la personnalité de Danny, les problèmes conjugaux de Mal) qui elles, sont intenses et véritablement très réussies.

Le Grand Nulle Part est un livre qui, malgré sa taille conséquente, se lit très facilement, abordable pour le premier venu qui s'intéresserait aux méandres de l'Amérique Maccarthique, ou qui aime les personnages couillus qui n'hésitent pas à casser du suspect pour le faire parler.
Du vrai, du bon anti-coco en somme.

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