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Avis sur Le Joueur d'échecs

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1. Mise au point

Comme c'est exprimé dans le titre, je ne vais pas évoquer ici mon ressenti sur l’œuvre dont il devrait être question mais plutôt développer une réflexion afin de susciter une espèce de débat car en réalité je ne sais toujours pas si j'ai trouvé une réponse à la question que je me pose depuis des années. Comme une discussion est bien plus intéressante qu'une recherche sur Google, j'en appelle à vos claviers et vous invite à me faire part de vos connaissances en philosophie pour m'instruire au-delà de ce que j'ai trouvé dans le livre dont il va être un peu question.

2. Le texte

C'est donc Le Joueur d'échecs de Stefan Zweig qui m'a rappelé cette question que je me pose quant à mes camarades et moi-même. Malgré sa récurrence, je n'étais jamais parvenu à une quelconque réponse jusqu'à ce que je lise Zweig qui formule ce qui semble être une solution. J'ai cependant peur d'extrapoler et voilà pourquoi je fais appel à vous ici (dans une critique, plus visible que le forum SC au final moins fréquenté).

Ce sujet, Zweig l'aborde au tout début de sa nouvelle. Celui-ci écrit à propos de son personnage champion du monde d'échecs, Mirko Czentovic, que :

Les champions les plus audacieux, dont chacun le dépassait en facultés intellectuelles, en imagination et en hardiesse tombaient victimes de sa logique implacable et froide, exactement comme Napoléon perdit devant le lourd Koutousov, ou Hannibal devant Fabius Cunctator, dont Tite-Live raconte qu'il s'était lui aussi, dès son enfance, fait remarquer par son flegme et sa stupidité.

3. Le problème

C'est donc la problématique de l'intelligence qui m'interpelle ici. Tout au long de ma scolarité, j'ai été confronté à des élèves et des étudiants qui avaient un bon niveau scolaire mais dont je ne pouvais me résoudre à les trouver intelligents. De la même façon, je crois pouvoir imputer mes propres bons résultats à une meilleure organisation de mon travail que les autres plutôt qu'à mon intelligence supposée. A contrario, j'ai rencontré des personnes conversant de façon tout à fait admirable, qui menaient des réflexion certainement profondes mais dont les parcours scolaires laissaient à désirer. Au-delà de mon avis sur ces personnes, celui-ci était largement partagé par ceux qui les côtoyaient comme c'était mon cas.

À ce propos donc, la doxa (pour prendre un terme philosophique) en conclut que les institutions scolaires ne sanctionnent pas vraiment l'intelligence mais bien davantage l'apprentissage. Par ailleurs, parmi ceux qui ont une vie intellectuelle assidue (expression pédante, je m'excuse de ne pas être parvenu à mieux), beaucoup considèrent qu'il faut opérer à une dichotomie stricte entre la doxa et la "vérité". Personnellement, quant à la détermination de définitions philosophiques, je ne suis pas de cet avis et crois qu'on peut essayer de faire en sorte d'inclure la doxa dans le cadre de l'analyse au lieu de l'ignorer.

Ainsi, pour entrer dans le vif du sujet, l'opinion commune doit approximativement considérer l'intelligence comme la capacité à disposer de ressources intellectuelles et à en faire part. Est donc, bien évidemment, considéré comme "intelligent" celui qui montre son "intelligence". De ce point de vue, cette notion serait plus ou moins à rapprocher de l'éloquence (et là on peut en revenir au sophisme).

De ce fait, l'élève qui a de bonnes notes mais au caractère général tout à fait superficiel (voire stupide, mais c'est un cas que je n'ai rencontré qu'une seule fois, il est donc probablement plus rare) n'est pas considéré comme intelligent par ses camarades et, en conséquence, méprisé pour ses résultats jugés illégitimes alors qu'il est "aussi con qu'un autre" (j'emprunte ici l'expression d'une de mes camarades).

4. Retour à Zweig

Peut-on considérer alors ces élèves comme idiots ? Je ne le crois plus. Là donc intervient Zweig et ce que je retire (peut-être en ayant faux, c'est encore pour ça que j'en appelle à vos connaissances) de son texte avec l'apparition de différentes notions :

  • d'abord, la capacité à disposer et accumuler des connaissances, une espèce de "digestion des ressources".
  • ensuite, la capacité à associer ces ressources de façon efficace pour en faire émerger une solution au problème posé, c'est ce qui correspondrait davantage à la logique ou à la stratégie.
  • enfin, la capacité à faire face à une situation inattendue et inconnue en combinant ses ressources propres de façon créative pour produire une nouvelle ressource qui sera la réponse au problème donné, c'est donc cela que je crois comprendre être véritablement, d'après Zweig, l'intelligence.

Dans cette mesure, l'intelligence n'est plus à lier à l'éloquence mais à la créativité et les élèves dont je vous ai parlé ne sont donc pas à considérer comme particulièrement intelligents mais plutôt comme des individus dotés d'une logique supérieure. De la même façon, ce point de vue explique aussi le fait que quelqu'un doté d'une culture dépassant les connaissances scolaires puisse être considéré comme plus intelligent bien qu'ayant de moins bonnes notes, cette culture "originale" paraissant comme l'expression d'une créativité impressionnante bien éloignée de la mécanique austère issue des raisonnements scolaires, de leur "logique implacable et froide" comme l'écrit Zweig.

5. Conclusion

Voilà donc ma (trop) longue question. Si vous me lisez encore (déjà merci) j'espère que vous pouvez m'apporter des éléments complémentaires qui pourront m'aider à résoudre définitivement ce problème.

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