Le lecteur

Avis sur Le Liseur

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Ce n'est pas tant une critique du livre qu'une critique de la lecture de certains amateurs de livres. Rappelons brièvement l'histoire : Michaël 15 ans vit une histoire particulière avec Hanna 35 ans : il lui fait la lecture car elle ne sait pas lire et il devient son amant.

Michaël, comme l'auteur, fait partie d'une génération qui n'était pas née quand le nazisme a été défait. Le nazisme, il peut le juger avec une distance légitime et s'affranchir du poids d'une culpabilité qui marque pour toujours les générations précédentes. Il doit aussi l'intégrer comme un élément historique de son pays. Pourtant, s'il doit s'y confronter personnellement et réellement, tout peut basculer. Comment réagira-t-il alors s'il est pris á parti et partagé entre ses sentiments personnels et ses valeurs personnelles ? Selon moi, voilà ce que raconte ce livre.

Ou pour bien enfoncer le clou, ce livre ne raconte pas l'histoire de Hanna la nazie. Le titre n'est d'ailleurs pas L’illettrée ou La nazie ou autre, mais bien Le Liseur. Après je comprends que des milliers d'amateurs de livres se retrouvent confrontés pour la première fois á une histoire personnelle du nazisme et du coup, vu la charge surpuissante en émotion, oublient le livre et l'art et ne peuvent plus que se concentrer sur Hanna la nazie... Je comprends.

Cependant c'est dommage de passer á coté du drame exploré par l'auteur. Ce qui se joue, c'est la réaction de Michaél après le procès puis la libération de son ex-amante Hanna. Avec un peu de force et de caractère, Michaél aurait eu le choix entre deux attitudes parfaitement humaines et compréhensibles : 1. Je ne peux pardonner ce que tu as fait Hanna, et malgré notre histoire, je ne souhaite plus te voir. 2. La Justice a prononcé la peine que tu méritais pour tes crimes et maintenant que tu es libre, tu redeviens la femme que j'avais aimée, que je n'aime plus car le temps a passé, mais que je continue de comprendre, de respecter et donc, oui, je peux oublier ton passé.

Mais Michaël ne peut pas faire ce choix. Ce que j'ai ressenti, c'est que Hanna, pendant toute la fin du livre, attend que Michaël se décide. Et il ne se décide pas. Il fuit le choix moral qui lui est cruellement imposé. Avec veulerie, il essaie de prendre soin de cette femme qui sort de prison. Mais il ne peut pas répondre á la question muette de Hanna : comment me considères-tu ? Il fait partie de ces humains modernes dont la tiédeur tient lieu de morale... Je suis certain que s'il avait durement tranché comme ceci : Hanna, je regrette, mais je ne peux pas faire abstraction de tes crimes monstrueux, eh bien Hanna aurait accusé le coup et aurait décidé de survivre. C'est une opinion tout á fait personnelle. C'est ce que j'avais ressenti á la lecture : Hanna ne supporte pas la dérobade morale de Michaël qui voudrait agir comme si tout ce passé n'avait pas existé, mais qui ne peut tout simplement pas et transpire le dilemme qu'il refuse d'affronter en homme. Voila pour mon petit retour personnel. En tout cas je respecte le titre (et je crois, donc, le projet de l'auteur oserais-je présomptueusement) et je me passionne pour ce Liseur, symbole moderne d'une amoralité non assumée.

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