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Le Liseur par chafouine

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Sur un fonds de dénazification allemande et les grands procès, une histoire d'amour tente sa chance. C'est un jeune homme et une femme plus âgée, mais la question n'est décidément pas là.
En continuant la lecture on se rend vite compte que cette femme en a plus a cacher que le jeune puceau qui s’éprend d'elle. Comment pourrait-elle lui avouer qu'elle a participé plus ou moins indirectement au génocide des Juifs sous le 3ème Reich ? Elle ne le fera pas. Et elle ne parlera pas non plus de son autre secret, celui qui, malgré elle, l'entraînera au fin fond d'une cellule de prison.

Et quand le jeune homme deviendra grand, il apprendra par surprise, ce qu'elle a fait. Et comme un malheur n'arrive jamais seul ; il devinera également son deuxième secret.
Il se retrouve alors confronté aux questions de morale, de jugement, et d'estime pour les générations antérieures que sûrement beaucoup de jeunes allemands de sa générations ont du se poser. Comment peut-on juger (et ne pas juger) ses parents pour ce qu'ils ont fait ? Car ces mêmes parents qui l'ont élevé, qui lui ont transmis des valeurs, de l'amour, du courage ect ; ce sont les mêmes personnes qui ont tués des Juifs, ou du moins fermés les yeux sur ce qui se passait dans le pays. Comment pouvoir respecter ses parents quand on apprends à juger ces crimes ; leurs crimes ; les crimes d'une nation.
A cette question s'ajoute la thématique de la compréhension, car bien entendu le personnage va essayer de comprendre Hanna, mais il se rends vite compte que chercher à comprendre les actes rendaient les jugements difficiles, voire impossibles. Alors qu'en est-il quand on a aimé la personne, sans savoir ce qu'elle avait fait ? Maintenant qu'on sait, comment ne plus l'aimer, comment renier les sentiments qui sont apparu ?
Voilà une partie des problèmes auxquels ont été confrontés les jeunes de l'après-guerre en Allemagne : jugement, compassion et justice.

Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurai moins bien su camoufler que les autres ?

Justice cependant aléatoire, car comme il est dit dans le livre, n'oublions pas que les surveillantes telles Hanna et ses comparses sont jugées, de façon exemplaire, mais les hauts nazis bien placés restent les juges. Les plus petites personnes servent d'exemples, mais beaucoup de grandes personnes (dans le sens pouvoir actif, pas dans le sens morale et bonne action), restent dans la richesse et sans problème .... On parle toujours de justice ?

Ajoutez à ces problèmes de justice et de loyauté un zeste d'amour et de questionnement philosophique, de quête de soi et vous obtenez la trame du livre.

Notons tout de même que j'ai remarqué que Schling mêlait aussi le thème du corps et de la propreté : Hanna est une maniaque de la propreté corporelle : dans la routine amoureuse qu'elle a avec son amant, c'est la lecture, la douche et la baise. Mais le corps en lui-même est exploité en tant que sujet dans le livre : au début, elle enfile ses bas devant lui, et il se fait la remarque qu'elle paraît comme retirée à l'intérieur de son corps, et que c'était là sa séduction ; tandis qu'à la fin, la directrice de la prison explique bien qu'Hanna paraissait s'être retirée comme dans un couvent, une sorte de retraite physique, et puis au fil des années, la retraite s'est faîte mentale, comme si pour se punir encore plus, elle se laissait aller au niveau corporel (poids, peu d'hygiène) ; ce serait la fin. Le corps permet de manifester ses émotions ou au contraire de faire barrière avec, en fonction de notre choix : Hanna a choisi de se cacher derrière son apparence froide et maîtrisée pour analyser ce qui se passait : lors de sa première rencontre avec le garçon, ensuite au tribunal (lorsqu'il ne la lâche pas des yeux et l'analyse : ses mouvements de tête, de cou ect), et pour finir, elle a enfoui encore plus ses émotions, en lâchant sa maîtrise du corps, avant de mourir (grosse et malodorante). C'est peut-être durant cette période qu'elle communique avec les morts ... S'agit-il là de folie ?
Par ailleurs, et pour conclure, ce ne sera pas une solution de facilité que de ne se formaliser que su jugement des morts parce qu'eux seuls comprennent, et non de celui des vivants, de l'institution de la justice en général ?

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