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Le Livre des Baltimore

Avatar Samskeyti
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On retrouve Marcus Goldman, l'écrivain, dans un livre qu'il souhaite dédier à certains membres de sa famille, les Goldman de Baltimore. Ces derniers dont il était très proche ont vécu heureux jusqu'au jour du Drame qui a tout bouleversé.

La Vérité sur l'Affaire Harry Québert je me rappelle juste l'avoir apprécié et le défaut majeur quant à la relation amoureuse impliquant Nola. C'était enfantin, c'était grandiloquent, ça faisait pitié.
Du coup, avoir la même impression qui s'étale sur tous les personnages de ce nouveau livre m'a déçue. Et s'il n'y avait que ça... !

/!\ SPOIL DANS CE QUI SUIT /!\

Donc pour commencer, les personnages.
Comment dire ? Le narrateur Marcus voue un culte à sa famille qui vit du côté de Baltimore et la fille qu'il rencontrera durant des vacances passées chez eux. Bien qu'il nous endorme en se remettant en question sur l'image quil a d'eux avec des phrases du style "peut-être que je les idéalisais" ça reste du bullshit. Que ce soit dans sa manière dont il parle d'eux avant, pendant ou après le drame (avec soit-disant une vision plus objective des choses), il reste dans la déification de tout ce groupe.
C'est simple, ils sont beaux, riches, cultivés, généreux, à l'écoute, talentueux dans leur domaine, ils ont TOUT. Alors la promesse du Drame et de leur déchéance laissait espérer une réelle redécouverte plus intimes de chacun qui aurait montré + d'aspérités dans leurs personnalités et parcours mais que dalle.
Hormis la petite rivalité amoureuse entre Woody et Hillel qui amène une crasse de l'un à l'autre, ils restent tous vertueux et immaculés. Oncle Saul détourne de l'argent ? Mais c'est pour une noble cause, le pauvre en plus se fait virer et ses anciens collèges (ces salauds) n'ont plus confiance (trop pas normal comme réaction c'est sûr !). Tante Anita quitte son mari pour rejoindre son amant ? Mais non elle le quitte parce qu'elle a peur de ce que semble lui cacher son mari (ce qu'il cache en plus ne montre là encore que tout l'amour qu'il a pour sa famille, c'est un mec tellement bien), elle soupçonne une maîtresse mais il est trop bien pour ça puisqu'il est parfait. Puis elle aussi est parfaite donc son amant n'est pas son amant c'était un quiproquo (genre on le flaire pas à 10km qu'elle resterait elle aussi parfaite).
Woody est un boss au sport, Hillel dans des activités plus intellectuelles. Puis ils s'aiment inconditionnellement. Puis Hillel s'il est pas aimé à l'école c'est parce qu'il est trop intelligent (<3<3), puis si les profs et le directeur de l'école l'aiment pas c'est parce que dans le fond ils sont attardés et sont jaloux de son esprit de jeune génie, puis c'était le système public, ils sont évidemment super expéditifs et peu concernés, évidemment ! Puis la rivalité qui arrive sur la fin ? Elle dure au final deux secondes et leur amitié et amour fraternel passe au-dessus, parce que oui ils restent parfaits donc ils peuvent pas être mauvais + d'une fois (<3<3<3).
Enfin Alexandra, celle qui catalysera tous les désirs du trio Goldman. Belle, grande artiste (qui évidemment aura un semblant de galère à atteindre ses rêves pour faire genre qu'elle a eu des épreuves à surmonter) qui en plus à toutes les qualités des autres : intelligente, à l'écoute, généreuse, etc... C'est le personnage qui m'énerve le + parce qu'on y trouve encore moins de failles. Elle s'est fait larguée par Marcus ? Ouais pour une raison à deux francs qui sera corrigée en deux phrases à la fin du bouquin, mais évidemment en 8 ans elle aura trop galérer à les glisser au type qu'elle aime, c'était dur et fallait la jouer amour éternel même des années plus tard. Et en plus de ce caractère agaçant au possible c'est le personnage-type qui est aimé par 3 gars durant toute leur vie. Alors vu comme elle est décrite comme étant parfaite ça se comprend, MAIS QUAND MEME. J'ai toujours pensé que soit ce genre de configuration c'était parce que les garçons en question étaient trop attardés et pleins d'illusion pour s'imaginer qu'elle était bien pour eux (et encore avec le temps c'est censé s'estomper, t'arrêtes ce genre de fixette enfantine), soit la fille n'est qu'une pute et fait volontairement tout pour rester leur idole dans une envie égoïste d'avoir du pouvoir grâce à ses charmes (le simple fait qu'elle remballe Marcus et sa jalousie au lieu d'admettre que son comportement est trop ambigü). Dans les deux cas ça me saoule.
Bon, et je passe sur le Patrick Neville qui en fait est une âme charitable et son ex-femme, seule à être vue comme méchante et qui (Ô coïncidence) sera vite débarquée de l'histoire. Je passe également le voisin qui essaye d'écrire un livre, tout ça pour sucer Marcus en mode "oh oui vous êtes un grand écrivain, je n'arrive pas à votre cheville, mmmh Marcus !".
Bref, en gros ce sont des personnages lisses et irréalistes quand t'es censé dépeindre une fresque familiale... SAUF SI t'as pas encore dépassé 12 ans.

Enfin, l'histoire en elle-même. Les épisodes se suivent et se ressemblent. Quand t'as des personnages aussi creux tu sais déjà où ça va te mener et que les 2/3 ne seront que la mise en place de pseudo-épreuves de la vie qui n'auront d'autres réels buts que de sublimer leur courage, leur persévérance envers l'"adversité" (êtres parfaits, tout ça). J'ai eu tellement de mal à avancer ! Sans compter qu'on finit par s'emmêler dans les flashbacks d'avant le drame, d'après le drame, de maintenant, de entre-après-le-drame et maintenant, etc... Sur la fin je sais plus à chaque date qui était censé être déjà mort.
Puis ce drame... Ce Drame avec un grand D. C'est comme lorsqu'on évoque devant toi un secret, te rend curieux mais qu'on attend dix plombs avant de t'expliciter de quoi il retourne puis qu'au final c'est pour te sortir un truc tout pourri du style "je suis allée m'acheter une baguette hier et j'ai croisé Maurice". Et là il retourne que d'une histoire banale. Dès l'entrée de Colleen et de sa situation de femme battue (elle se limite d'ailleurs à ça, pauvre plan B amoureux de Woody qu'elle est), on sait déjà la fin. On sait que ça va mal tourner avec son mari, que soit Woody et Hillel vont crever en la défendant, soit l'un tuera le mari et forcément y aura des conséquences qui impacteront aussi le deuxième qui sera solidaire. Et, devinez quoi ! C'est ce qu'il se passe.
C'est du vu et revu et on t'a monté ça comme une drame super touchant et crève-coeur alors qu'il n'en est rien. 10 lignes pour le dire après des chapitres de blabla insipide. Puis bon, faire tout ce qu'ils ont fait parce que l'un des deux pleure sa mère pour faire moins de 5 ans de prison, j'avoue que ça m'a donné un sourire narquois.

Au final Marcus reste le seul personnage un tant soit peu humain et faillible du bouquin. C'est à croire que l'auteur ne possède aucune empathie ou autre capacité propre à voir et comprendre autrui tels qu'ils sont et les seules nuances qu'il peut amener sont celles qui touchent le personnage dans lequel il projette sûrement un peu de sa propre personnalité (du coup c'est sûrement son égocentrisme qu'il a en commun, ce qui expliquerait tout).
Cela dit c'est dommage, son style d'écriture est suffisamment simple pour faire un bouquin de beaucoup de pages si l'histoire tient la route. Du coup j'ai presque envie de relire son précédent bouquin pour voir si je ne m'étais pas trop emballée.
Franchement ? Je retenterai pas l'auteur je pense.

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