La peur, que dis-je, la terreur prend ici tout son sens

Avis sur Le Mythe de Cthulhu

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Dans une cité cyclopéenne immergée au fin fond d’un abîme que la lumière n’atteint pas, un monstre, tapi dans l’ombre, attend son heure. Ce monstre a un nom, Cthulhu. D’une taille gigantesque, ses immondes tentacules prolongeant sa tête octopussienne sondent le vide autour de lui cherchant à se repaitre d’une proie afin de contenter un appétit insatiable. Ses petits yeux empestent la sournoiserie et le sadisme. Cette monstrueuse apparition, que l’on pourrait croire sortie tout droit des enfers, est plus vieille que notre monde et vient des étoiles. Une abomination adulée et vénérée dans les endroits les plus reculés de notre planète, là où la dégénérescence des populations permet au culte d’atteindre son apogée de barbarie. Doté de petites ailes, ce « Grand Ancien » a la puissance d’un dieu et s’insinue dans nos rêves et cauchemars afin d’y porter le trouble et d’y semer les graines de la discorde.

Un fait important dans la construction de ce mythe est la découverte en 1930 de la planète Pluton par l'astronome américain Clyde Tombaugh. Vous imaginez bien que la découverte d’une nouvelle planète dans notre système solaire engendre les spéculations les plus folles à son sujet, surtout avec l’imagination débordante et dérangée d’un écrivain fantastique tel que H. P. Lovecraft. Et si cette planète abritait une population dangereuse et intelligente? Et si ces étranges habitants avaient déjà découvert la Terre et nous lorgnaient d’un regard torve? D’ailleurs Pluton est le nom du dieu romain des enfers et des morts. Si ce n’est pas tendre la perche ça…

Les autres nouvelles du recueil racontent des mythes connectés de par la nature des monstres ou de leur localisation. On remarque deux axes principaux pour expliquer ces apparitions terrifiantes. Elles sont soit extraterrestre (L’appel de Cthulhu, Par-delà le mur du sommeil, La couleur tombée du ciel et Celui qui chuchotait dans les ténèbres) soit issues d’une dégénérescence terrestre (La tourbière hantée et La peur qui rôde). Lovecraft démontre habilement l’insignifiance de l’homme au sein de l’immensité cosmique.

Toutes ces nouvelles donnent la chair de poule au lecteur. La plume talentueuse de l’auteur fait passer Stephen King pour un écrivain de contes pour enfants. L’Amérique des années 30 paraît extrêmement sauvage, mais qui sait, peut-être qu’en ces heures sombres, l’appel des disciples de Cthulhu résonne avec plus de force qu’à l’époque de Lovecraft :

Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn
Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn
Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn

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