« Le venin et le parfum sont toujours dans de petits flacons » Luis SEPULVEDA

Avis sur Le Parfum

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Le parfum est un roman écrit par l’auteur allemand Patrick SUSKIND et publié en 1985.
L’histoire prend place au 18ème siècle tout d’abord à Paris, puis à Grasse (la capitale mondiale des parfums).
Le protagoniste, Grenouille, n’a rien d’un héros. Laid, sans odeur, et mal aimé depuis qu’il est venu au monde (jeté par sa mère dans un marché), il a cependant un don. Il a un « nez ». Mais cela va bien plus loin que le nez des parfumeurs, Grenouille peut sentir chaque molécule qui compose un être, un lieu et même si cette odeur n’est pas dans la même pièce que lui. Grenouille est indifférent à la beauté des autres, il ne voit rien. Il n’est pas aveugle, mais ses sens sont guidés par un seul, l’odorat. Dans le noir le plus complet, il se repère à son nez. Grenouille est comparé à une tique dans le livre, s’accrochant à la vie et survivant pour accomplir le but de sa vie. Ce but se révélera être un parfum qui lui donnera non seulement une odeur humaine, mais l’amour et l’admiration de tous. Pour le posséder, il lui faudra apprendre chez des parfumeurs. Ainsi, le livre nous plonge dans cette quête, dans des villes et villages français typiques, mais vus par Grenouille et Grenouille ne voit pas il sent.

Le livre nous conduit, à bout de nez, dans les tribulations d’un tueur dont on en a, au départ, pitié.
Sa laideur, son pied bot, les abandons qu’il a subit notamment depuis sa naissance et son détachement total aux meurtres qu’il commet, pour une passion qui est le but ultime de sa triste existence, nous empêche de détester Grenouille. En tout cas, je ne l’ai pas haï. Pas au départ. Il m’a fallu vraiment attendre son dernier meurtre, décrit avec des détails par l’auteur, alors qu’aucun attachement n’était possible pour les 24 autres victimes. Seule la dernière victime porte un nom, Laure.
En étant sans odeur, Grenouille passe inaperçu. Son physique étant déjà « banal ». Il déteste ne pas pouvoir se sentir et c’est pire que cela, il en devient fou.
Le parfum qu’il conçoit, celui que toutes les femmes désirées portent, est un prodige. Peu importe l’intelligence décrite par Patrick SUSKIND, Grenouille, dans sa mégalomanie, n’a pas mesuré les conséquences que cela pouvait avoir de posséder le don d’un Dieu dans un flacon.

(SPOIL) Tout au début, la nourrice qui le recueille le donne à un moine, en lui disant que Grenouille est le bébé du Diable, puisque que tous les bébés « sentent le caramel », et lui n’a pas d’odeur. Cette comparaison est douce et sucrée. On aime les bébés et tout le monde aime le caramel. À la fin du livre, Grenouille a une odeur, plus douce encore que le caramel, il est comparé à un ange et tout le monde veut sa part. Il est coupé en 30 afin de rassasier ceux dont il a émoustillé, aussi bien le nez que les papilles. Personne ne le voyait, mais à la fin, il est pris à son propre piège, par ceux là-mêmes qu’il exécrait. L’humain qui l’humecte devient fou de désire, et c’est une vraie orgie (au sens littéral) qui s’opère devant l’échafaud.

À mon sens, le livre est bien ficelé, la quête de Grenouille, et son ascension croissante, ne pouvait qu’en arriver là. Il fallait que Grenouille rentre en contact des gens, finisse, malgré son détachement, à être le seul visible, pour enfin connaître une chute à sa mesure ; il fallait que Grenouille soit plus désirable que du « Caramel ».

J’ai cru sentir, chacune des odeurs décrites. Mes sens olfactifs ont été en éveil tout du long, comme la tension et l’atmosphère du livre pouvaient me glacer le sang.
L’écriture est telle qu’on est dans l’histoire, de la première phrase à la dernière.
Que l’on aime ou non, on ne peut renier l’originalité de l’histoire et son écriture qui permet une immersion totale dans le monde de Grenouille.

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