Autant en emportent les illusions

Avis sur Le Pays des autres

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Changement de cap radical pour Leïla Slimani avec Le pays des autres, premier roman après le Goncourt et ouvrage inaugural d'une trilogie. Le livre, sous-titré La guerre, la guerre, la guerre, clin d’œil à Margaret Mitchell, n'est pourtant pas un Autant en emporte le vent version marocaine, il n'en a pas (volontairement) l'ampleur ni le souffle. C'est une fresque certes, mais en version intimiste et impressionniste, Leïla Slimani privilégiant ses personnages aux événements, quoique l'arrière-plan politique et électrique du Maroc des années 50 soit très présent mais davantage comme révélateur des caractères des différents protagonistes que comme sujet principal. Le pays des autres, c'est un peu Autant en emportent les illusions, pour son héroïne alsacienne, parachutée du côté de Meknès (la ville où est née la romancière) au lendemain de la seconde guerre mondiale. Dans le portrait de Mathilde, qui s'affine au fil des pages et au gré de quelques flashbacks, Leïla Slimani a pris soin d'éviter l'archétype et la caricature, illustrant son caractère volontiers indocile d'un camaïeu de sentiments mêlés. Même remarque pour les autres personnages féminins : Aïcha, sa fille ou encore Selma, sa belle-sœur. Il y a une belle densité romanesque dans Le pays des autres mais aussi un peu de frustration quand l'auteure évoque les nombreux "rôles" secondaires comme le beau-frère de Mathilde, engagé dans le combat pour l'indépendance du Maroc. On aimerait le suivre davantage et pénétrer les arcanes de cette lutte qui n'a certes pas débouché sur une guerre comme en Algérie mais qui a connu plusieurs épisodes sanglants. Très nuancé et jamais mélodramatique, Le pays des autres surprend le lecteur qui, se rappelant Chanson douce, s'attend à des scènes tragiques et violentes. C'est au contraire un roman relativement apaisé que propose Leïla Slimani, avec des analyses psychologiques subtiles et un talent certain pour décrire les paysages des alentours de Meknès. On ressort de la lecture du livre sans avoir été enflammé, sans doute, mais en attendant d'ores et déjà la suite, en espérant que Aïcha, la fillette aux cheveux indomptables (comme Leïla ?) y aura sa place, à l'âge adulte.

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