Un gros tas de beurre étalé sur un petit quignon de pain

Avis sur Le Silmarillion

Avatar Housecoat
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Le dernier livre de Tolkien. Il n'a jamais pu achevé le Silmarillion alors son fils l'a fait, et je me demande si ce n'était pas mieux que Tolkien l'ait achevé lui-même car on ne retrouve pas entièrement sa patte dans ce livre. Beaucoup le considère comme ennuyeux et inutilement compliqué, d'autres le considère comme étant original et très bien écrit comme étant le successeur de ses aînés. Moi je considère ces défauts et qualités comme un tout dans ce livre. Car si ces doutes sur sa qualité sont aussi entendu, c'est parce qu'il s'agit sans nul doute de la moins bonne page du récit du "Legendarium".

En fait le grand défaut de ces récits est le fait qu'il doivent raconter TOUTE l'histoire d'Arda (La future Terre du Milieu) en plus de 500 pages et comme il s'y passe plus de choses que dans Le Seigneur des Anneaux, plein de choses sont expliqués à l'arracher compte tenu du fait que Le Seigneur des Anneaux fait 1400 pages et que 500 pages sont clairement insuffisant pour bien raconter le Silmarillion. Mais attention, je ne dis pas qu'il ne raconte pas, je dis qu'il raconte mal. Beaucoup de parties sont raconté plus comme un guide chronologique des événements plutôt qu'un récit. Et ce n'est pas la bonne façon de raconter ce que Tolkien écrit. Et ajoutez à ça le fait qu'il est impossible de lire une page sans devoir passer par un mot Elfique. Attention, c'était dur de lire mais puisque Tolkien y a passé beaucoup de temps, je ne vais pas cracher dessus. Seulement, il y a au minimum une dizaine de mots et de noms compliqués par chapitre et il faut TOUT retenir pour ne pas se perdre dans le récit, car sinon on se retrouve à aire des allers-retours incessants de la page où on en est à la page du guide des mots à la fin du livre.

Comme je disait, ce livre raconte tout ce qui se passe depuis l'Ainulindalë (création d'Arda) jusqu'aux événements du Seigneur des Anneaux. Ah et si vous pensez lire le Silmarillion avant de lire ce qui se passe chronologiquement après (Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux), sachez que la fin du Silmarillion raconte déjà la fin de tout le Legendarium. C'est quelque chose qui me dérange un iota, car cette fin me donne l'impression que le livre ne s'assume pas comme étant le début des aventures de la Terre du Milieu. On dirait qu'il a été écrit uniquement pour ceux qui connaissent déjà par cœur le Legendarium. Et c'est dommage car en terme officiel, il est censé être le "prequel" du Hobbit et du Seigneur des Anneaux. Enfin, moi j'ai lu le Silmarillion avant de relire Bilbo le Hobbit et de lire Le Seigneur des Anneaux et ça ne m'a pas vraiment dérangé (compte tenu du fait que j'ai vu les films de Peter Jackson un nombre incalculable de fois).

Le début: "L'Ainulindalë" est très bien expliqué il faut l'admettre. Melkor voulait avoir droit à sa propre musique mais Ilùvatar (le Dieu unique dans le récit) l'en a empêché, ce qui a fait naître une haine envers tout ce qui existe et qui n'est pas à lui. C'est très bien expliqué et "La Musique des Ainur" peut-être considéré de plusieurs façons et c'est un bon point de départ. C'est littéralement la Création de l'Univers de Tolkien (faut avoir du cran pour écrire ça).

Mais l'Histoire est dur à suivre à ce moment là car il y a une présentation des Ainur, et il faut s'accrocher pour bien suivre et se souvenir de leurs noms et leurs tâches dans le Monde. Mais la première histoire qui était palpitante dans le livre c'est "La Fuite des Noldor" qui est un peu le point de départ de tous les siècles de conflits dans le récit. Depuis la création des Silmarils (enjeu principal de tout le livre) et La Fuite des Noldor de Valinor jusqu'en Terre du Milieu (parce que Valinor et La Terre du Milieu était rattachés). Il y avait de bonnes raisons, une évolution et un acte qui m'a surpris et horrifié à la fin (en bien). Je ne peut malheureusement pas détailler ce récit car il me faudrait des heures pour l'écrire, mais c'était la première histoire qui était plaisante à lire.

Mais s'ensuit après huit chapitres de "guide touristique et chronologique" de La Terre du Milieu (si vous trouvez que je suis un peu dur, c'est que vous n'êtes pas passé par ce point du récit). On est obligés de passer par huit chapitres d'ennui mortel où l'on lis la création des Royaumes Elfes et la venu au Monde des Hommes. Je dis que c'est d'un ennui, mais c'est encore pire quand on sait qu'on est obligés de passer par là en s'impliquant parce que sinon, on ne peut plus suivre l'histoire. Autrement dit, il faut s'impliquer et se relire à plusieurs passages dans un récit qu'on a pas envie de suivre, ce qui rallonge aussi durement la durée lecture qu'on a envie d'écourter. Mais ce n'est pas ce qu'on veut dans un livre, on veut suivre une histoire pour avoir des sensations, on veut une histoire. Et suivre un guide pour lire une histoire qui sera de toute façon mal réciter compte tenu de son faible nombre de pages, ça devient vite un calvaire (et je vous rappelle qu'il y a des mots Elfiques à retenir dans le lot et un dico à la fin du livre à suivre, sans compter les arbres généalogiques)

La suite du livre jongle ensuite entre les parties "guide" et "récits". On suit l'intégration des Hommes dans le monde des Elfes, l'évolution des Royaumes de Beleriand (j'y reviendrai dessus sur Beleriand). Et le chapitre 19 est l'une des meilleures histoires du Silmarillion et c'est tout à fait normal. Vous avez peut-être entendu parler de Beren et Lùthien (vous savez, les noms sur la tombe de Tolkien et sa femme). C'est de loin l'une des meilleures histoires du livre si ce n'est la meilleure. Il un but, des péripéties, des héros. C'est une super histoire qui n'est ni ennuyeuse ni difficile à comprendre.

Mais ensuite on doit se coltiner une énième bataille de La Terre du Milieu réciter comme un simple bouquin d'histoire. Je vais être franc, on ne prend aucun plaisir à lire ces batailles importantes. Dans Le Seigneur des Anneaux ou dans Bilbo le Hobbit, les affrontements ou les batailles étaient bien racontés et épiques mais comme vous vous en doutez, les batailles du Silmarillion ne le sont pas puisqu'elle ne sont pas racontés pour. Et autre chose que j'ai omis de faire la remarque, ce sont les décès. On ne ressent rien quand un personnage du livre meurt sauf si il a fait partie d'une des bonnes histoires du livre où si on a eut le temps de s'attacher à lui. Car il y a tellement de personnages et de familles et de liens de parentés à retenir et qui prennent tellement de temps à être mémoriser qu'on se fiche qu'un personnage meurt (c'est limite un soulagement car ça nous fait un nom de moins à retenir ou pas...).

On suit ensuite une nouvelle histoire très bien construite et bonne à suivre (comme pour Beren et Lùthien) c'est l'histoire de Tùrin Turambar qui est à la fois une aventure et un drame familial très triste (digne de Shakespeare je plaisante pas), la seule difficulté pour suivre cette histoire c'est la géographie (oui parce qu'il faut aussi retenir la géographie dans le livre).

J'ai omis aussi quelques histoires bonnes dans le livre comme celle de Maeglin ou la venu à Gondolin mais je pense que vous comprenez où je veut en venir sur les récits du livre. Les bonnes histoires sont celles qui se concentre sur un personnage et son aventure. Les autres ne sont là que pour un éclaircissement pour se situer et racontés d'une manière ennuyeuse.

La dernière histoire vraiment importante du livre est l'aventure d'Eärendil (et non pas Elendil qui est un autre personnage). Qui marque la fin de la quête des Silmarils qui dura des siècles. Et s'ensuit la dernière véritable histoire du livre: Nùmenor.

Et en fait, c'est histoire est mi-ennuyeuse mi-épique. Elle raconte comment les Hommes se sont installés sur l'île de Nùmenor où ils ont eut des millénaires (oui des millénaires) de vies de paix jusqu'à l'arrivé de Sauron (il était temps qu'il arrive celui-là) qui va les corrompre. L'histoire est longue mais elle se suit très bien et est bien expliqué aussi. On suit très bien comment et quand les choses arrivent et la lignée des rois se suit bien (et nous donne des infos en plus sur Aragorn). Les événements de Nùmenor sont les derniers événements du Second Âge de la Terre du Milieu et marque l'arrivé du Tiers Âge et l'histoire du Hobbit et du Seigneur des Anneaux.

La fin du livre est un préambule sur la rencontre d'Aragorn et Arwen. Et après un dictionnaire, une carte et des arbres généalogiques.

Maintenant je vais vous parler de la géographie du Silmarillion et je n'était qu'à la moitié du livre quand je me suis rendu compte que ça baisse fortement l'épique du livre. Avant de le lire je me disais que ça devait être encore plus dingue que Le Seigneur des Anneaux, qu'il y aurait plus d'enjeux car je croyais que La Terre du Milieu était plus grande à ce moment là, en plus l'antagoniste c'est Morgoth, le "vrai" Seigneur des Ténèbres, le mentor de Sauron, ça ne pouvait être que plus génial. Eh bien non ! Beleriand est le lieu où se passe l'action du livre, et vous savez quoi ? C'est une terre minuscule qui ne fait pas un dixième de superficie que la Terre du Milieu dans Le Seigneur des Anneaux (ça fait moins épique d'un coup hein?), mais il y a aussi Valinor qui est un continent entier mais il ne se passe que le début du livre dedans. Sans compter que la Terre du Milieu devait déjà exister à l'Est des Montagnes Bleus (pour situer un peu: La Comté est déjà à l'Est des Montagnes Bleus qui sont déjà à la côte extrême Ouest de toute la Terre du Milieu). Et en plusieurs siècles PERSONNE pas même les Elfes n'ont pensé à aller là-bas ? C'est RI-DI-CU-LE ! Toute l'action se passe dans une région alors qu'un continent entier est à l'Ouest. Je comprends qu'il fallait un endroit petit pour facilité le récit mais imaginé des Dragons, le Seigneur des Ténèbres ainsi que l'Ultime Alliance des Hommes et des Elfes dans une région qui ne fait même pas un dixième de la Terre du Milieu, c'est du gâchis (Christopher Tolkien est vraiment à la hauteur de l'héritage de son père ?).

Résultat: le Silmarillion est long, parfois ennuyeux parfois épique, l'histoire est bien raconté mais pas de la façon la plus flatteuse. C'est un livre auquel je ne reviendrais pas par plaisir.

Bilbo disait qu'il était une noisette de beurre trop étalé sur la longueur d'une grande tartine, et bien le Silmarillion c'est la motte d'un kilo de beurre étalée sur un minuscule quignon de pain.

Mais au moins on se souviendra de Tolkien surtout pour Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.

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