La réinvention du genre mythologique

Avis sur Le Silmarillion

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J.R.R. Tolkien (1892 – 1973) fut un génie de la littérature. Universitaire et philologue reconnu à Oxford notamment par son travail sur Beowulf, poème épique britannique du VIIe siècle qui hanta son existence, il s'était toujours demandé pourquoi l'Angleterre ne possédait pas de mythologie, à l'instar de la Grèce ou des pays nordiques. Il se décida alors lui-même à écrire une mythologie à l'Angleterre, son pays de cœur à défaut d'être natal. L'entreprise paraissait audacieuse voire vaniteuse mais on ne peut que s'incliner devant le résultat.

On ne retient de son œuvre bien souvent que Bilbo le Hobbit, pour les plus jeunes, et Le Seigneur des Anneaux, pour les plus âgés. Pourtant, Tolkien avait une idée bien plus ambitieuse pour ses écrits. Il s'agissait pour lui d'écrire un récit qui devait aller de la création de la Terre (Arda) jusqu'au départ définitif des Elfes qui laissaient la Terre au soin des Hommes, à ce moment débutait alors notre histoire telle qu'on peut la connaître à partir de l'Antiquité. C'est dans cette vision qu'on constate nombre d'analogies entre sa fameuse Terre du Milieu et notre espace européen actuel.

Malheureusement pour Tolkien, il mourut en 1973 avant d'avoir pu achever son œuvre monumentale. Mais l'un de ses fils, Christopher Tolkien, eut la bonne idée de fouiller les innombrables notes laissées par son père dans son bureau. Si bien qu'en 1977, Christopher put publier Le Silmarillion, la mythologie complète de son père qui va de la création de la Terre jusqu'aux évènements du Seigneur des Anneaux, dans sa forme la plus cohérente possible. D'ailleurs, il expliquera les difficultés de classement et de rassemblement des notes de son père dans les 12 volumes de l'Histoire de la Terre du Milieu où il y publie toutes les évolutions successives des histoires du Silmarillion et du Seigneur des Anneaux. Ces ouvrages, mines d'informations, sont excellents mais bien évidemment réservés aux tolkienophiles.

Le Silmarillion commence donc par la création de la Terre, véritable cosmogonie musicale et divine où le chant et la musique des dieux (Valar) sous l'autorité d'Eru Ilúvatar (Dieu suprême) façonne la Terre. Puis dans la grande partie de l'œuvre appelée la « Quenta Silmarillion », on découvre les premières guerres des dieux contre Melkor, valar lui aussi et premier seigneur des Ténèbres ; l'invention des Silmarils ; les deux arbres du Valinor : Telperion le Blanc qui donnera la Lune et Laurelin le Doré qui donnera le Soleil ; l'éveil des Elfes ; la naissance des Hommes...

On y découvre des récits mythologiques, des contes de faits et gestes héroïques (enfants de Húrin...), des tragédies (la chute de Gondolin...). On retrouve des personnages connus dans le Seigneur des Anneaux dont on apprend leur histoire (Elrond, Galadriel, Gandalf, Sauron...). Tolkien nous offre un livre magistral, poétique, épique, à faire pâlir les plus grandes légendes dont certains pays européens se sont dotées. L'imagination est débordante, le lyrisme de l'écriture exaltant. Il nous offre un pêle-mêle de faits religieux, historiques, mythologiques accumulant les références (ce n'est pas pour rien que l'œuvre de Tolkien est largement étudiée par les universitaires) pour livrer un récit d'une richesse imaginative et d'une abondance documentaire (généalogies, cartes, index des noms, notions sur les langues elfiques, notions sur la géographie de la Terre du Milieu) considérables et sidérantes. Tout est pensé, tout est réfléchi.

Voilà le travail d'une vie dont je veux souligner, même si cela a déjà été fait bon nombre de fois (et heureusement), l'importance capitale dans la littérature mondiale.

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