La SF qui plane

Avis sur Le Sultan des nuages

Avatar Igguk
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Je dis souvent que j’aime pas la SF, la moitié du temps c’est pour troller, l’autre moitié c’est parce que je suis un peu ignorant.

Dernièrement, certaines publications m’ont réconcilié avec le genre, que ce soit dans cette collection Une heure lumière, ou encore avec ce cher David Weber. Et puis Le sultan des nuages est sorti chez le bélial’ et je me suis rappelé pourquoi je suis hermétique à « une certaine forme » de science-fiction.

Le sultan des nuages se passe dans un avenir où le système solaire a été colonisé, les gouvernements terriens ont un peu lâché l’affaire et ce sont des grandes firmes qui contrôlent toutes les planètes, les transports, l’exploitation de ressources, etc… Vénus, la plus hostile des planètes de notre petit coin d’univers, n’a pas pu être colonisée à proprement parler puisque la vie sur sa surface et sa terraformation sont impossibles. Mais des petits malins ont contourné le problème en construisant dans centaines de cités qui planent à des kilomètres en altitude. Dans ce contexte, le Dr Léa Hamakawa est invitée par Carlos Fernando Delacroix Ortega de la Jolla y Nordwald-Gruenbaum (à vos souhaits), le fameux sultan des nuages qui possède plus de la moitié de ces coquilles volantes, pour une bonne vieille session de consulting.

Évidemment, l’invitation mystérieuse du bonhomme cache quelques secrets que nous allons petit à petit découvrir. Le récit se fait à la première personne du point de vue de David, collègue de Léa qui va s’incruster dans la petite virée, et il va suivre l’histoire en étant un peu extérieur à la combine puisqu’il était pas prévu à la base. Ce qui est très réussi dans ce roman est tout ce qui concerne les descriptions de ce monde vénusien, on explore avec David un environnement étonnant avec ces cités qui flottent au-dessus des nuages, ces technologies crédibles et un sentiment d’évasion et d’exotisme. On découvre un système social dépaysant qui participe à cette sensation d’ailleurs. Ça doit être ça qu’on appelle le « sense of wonder ».

Pourtant ça n’a pas suffi à me faire rêver, parce qu’à côté de ça, l’intrigue en elle-même est très mince et les personnages pas intéressants du tout. Léa est un glaçon ambulant, Carlos un gamin capricieux et David un gros bêta qui se fait balader jusqu’à la fin de la novella. Tout ce petit monde joue un jeu de cache-cache pour dévoiler le vrai but de l’invitation de Léa, qui se révèlera sur un magnifique « ah oui, j’ai compris, en fait c’est ça » de la part de notre narrateur. Le twist est malin mais c’est un peu trop mince pour faire reposer un roman là-dessus (même s’il ne fait que 100 pages). L’intrigue est accessoire. Tout l’intérêt du bouquin vient de la découverte de ces cités flottantes, ses technologies, son organisation sociale et ses canoés volants. Beaucoup de lecteurs ont apprécié cette publication justement pour ce voyage au cœur des villes planantes. L’auteur en détaille beaucoup d’aspects, de fonctionnements, de détails techniques ou simplement avec des descriptions d’atmosphères, de panoramas nuageux à couper le souffle.

C’est solide et crédible mais ça ne me suffit pas, mes points d’entrée privilégiés dans une histoire sont souvent les personnages. On peux me décrire les trucs les plus époustouflants du monde, si les protagonistes et leur histoire ne me touchent pas, j’aurais l’impression de faire une visite d’usine high-tech. La technologie ne me fait pas rêver, la description d’un super processus de flottaison ne me prend pas aux tripes, les détails d’un dôme volant au-dessus des nuages m’ennuient. Je crois que je suis insensible au potentiel « rêve » de la technologie humaine, il a peut-être été anéanti par ma formation d’ingénieur, allez savoir…

Voilà, c’est ça le changement qui vient avec la sagesse et la calvitie, c’est pas que j’aime pas la SF, mais certaines de ses sous-catégories me laissent complètement froid. Quand un auteur passe plus de temps à décrire les détails technologiques et les structures sociales de son monde qu’à nous faire vivre une histoire, je comprends que ça fasse rêver mais moi je reste les deux pieds sur Terre, je regarde passer ça de loin et je retourne me balader dans la forêt.

http://ours-inculte.fr/le-sultan-des-nuages/

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