10) Game of Thrones : qui est l'ennemi ? (série situations et lieux)

Avis sur Le Trône de fer – L'Intégrale, tome 1

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La série de romans (dont le premier tome est paru en 1996) de George R. R. Martin connaît depuis son adaptation à la télévision (à partir de 2011) un immense succès auprès d'un public toujours grandissant. Ce public, loin de se cantonner à l'habituel lectorat de fantasy est intergénérationnel et touche à peu près tout le monde, peu importe nos habitudes culturelles en matière de fictions. C'est que plus que certainement l'idée centrale derrière cette saga doit nous interpeller, qui que nous soyons. Et peut-être bien que cela vient faire écho à une actualité dans laquelle nous baignons totalement aujourd'hui.
Dernièrement, j'ai été choqué de voir comme encore aujourd'hui on trouve en librairie des romans jeunesses sur les croisades et les templiers, mettant en scène d'héroïques croisés (parfois enfants ou adolescents). Pourtant, les croisés n'étaient-ils pas de déments extrémistes partant commettre des génocides au nom d'un dieu d'amour ? N'étaient-ils pas autant critiquables que ceux que l'on nomme nos ennemis aujourd'hui ? Les coupables de nombreux attentats récents, que ce soit ceux parisiens, de Beyrouth, ou d'à peu près partout dans le monde, voire ceux de 2001 à New York.
Or, les djihadistes fous ne se voient-ils pas exactement comme les croisés ?
L'intérêt de la saga de fantasy de G. R. R. Martin ne réside-t-il pas justement sur ce point précis qui s'avère être un des nœuds les plus importants de nos existences humaines ? Même si nous avons certainement chacun nos préférés parmi la vaste galerie de personnages que l'écrivain a inventés, nous nous attachons à tous, quels que soient leurs camps. Ceux qui semblent les gentils au début ne le sont peut-être pas tant, et l'on comprend peu à peu que ce qui anime ceux qu'on croyait les méchants est peut-être tout aussi légitime. En définitive, il ne s'agit que de jeux de pouvoirs.
N'est-ce pas exactement ce qui se passe aujourd'hui ? Ce qui s'est passé en 1914 puis en 1939 ? Ce qui s'est passé de tout temps ?
Mais, si tu le veux bien, allons un peu plus loin. Car nous avons tôt fait d'incriminer les grandes puissances, les hommes de pouvoir ou les nations. Cependant, si nous observons avec attention, à des échelles moindres, n'est-ce pas exactement ce qui se passe dans nombreuses de nos relations : les conflits au travail, avec nos supérieurs, nos subalternes ou nos confrères ? Les vieilles querelles de famille à jamais irrésolues ? Une dispute terribles entre de vieux amis ? Des sujets tendus qui reviennent chroniquement au sein d'un couple ?
Sans cesse, nous nous pensons dans notre bon droit, comment pourrait-il en être autrement ? Et nous blâmons l'autre, les autres, les gens, les cons. À chaque fois, dans chaque situation, c'est simplement notre ego et notre peur de la perte qui entrent en jeu. La réalité de l'autre, reposant sur des règles et des lois trop différentes de celles de ma réalité, la met en danger ; de peur qu'il envahisse mon territoire et me prenne ce qui m'appartient (et peut-être plus précisément ce que je crois m'appartenir), je me tiens sur mes gardes, voire préfère même des frappes préventives, attaquant par avance avant d'être attaqué.
Et si l'on observe avec une attention extrême, en réussissant à nous détacher, à prendre un recul sincère sur notre propre position, on découvre alors que l'autre est peut-être aussi dans son bon droit, qu'il a peut-être raison sur sujet à propos duquel je me pensa i seul détenteur de vérité. Est-ce que la plupart des conflits – à grande ou à petite échelle – ne pourraient pas être évité, si, d'une part nous considérions, avec autant d'importance que la notre, la position de l'autre, et si, d'autre part, nous laissions place à un dialogue sincère, sans a priori, sans jugement hâtif ?
Commençons par là : avant de résoudre les conflits mondiaux, observe-toi dans tes relations quotidiennes, au travail, en famille, en couple, lorsque tu rencontres un étranger. N'y a-t-il pas des vérités que tu croies acquises qui pourraient être remises en question ? Crois-tu que l'autre agisse systématiquement contre toi ? N'est-il pas possible qu'en premier lieu, il le fasse pour lui ? Bien sûr, il serait présomptueux de prédire que tout dialogue mènera toujours à trouver un terrain d'entente qui contentera tout le monde. Mais il n'est à l'inverse pas bien sorcier de savoir que lever armes et boucliers systématiquement face à l'autre, à ses idées, à ses choix, a toute les chances de mener au conflit.
Peut-être est-il temps pour chacun d'entre nous d'observer le monde et les individus qui s'y côtoient avec autant d'impartialité que celle de George avec ses personnages. Peut-être bien que si nous apprenions à nous écouter et à nous considérer réellement beaucoup de guerres petites ou grandes pourraient être évitées. Aussi, que vas-tu faire demain face à celui que tu pensais jusqu'alors ton ennemi ?

Gemme : Ego / Lanterne : Attachement

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