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Le premier sexe

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Impossible de mettre la note minimale à Zemmour. Non parce que le livre vaudrait quelque chose.

Objectivement, le lire est une perte de temps - sauf pour ceux qui sont déjà convaincus et se complairaient à entendre répéter sous plume de polémiste - comme on dit sous anesthésiant - ce en quoi ils croient déjà.

Mais je le répète depuis assez longtemps : il est bon, d'écouter les réactionnaires. Les conservateurs sont ennuyeux, le plus souvent - ça tourne autour des petites peurs quotidiennes, du qu'en dira-t-on, de la bourgeoisie au charme discret. Les réac sont les hystériques des conservateurs. Et, comme tous hystériques, ils disent quelque chose de la vérité. Certes, détourné dans la crise, démultiplié dans la manifestation presque orgiastique de l'annonce de la proche fin du monde sur le domaine où ils se sont spécialisés.

Il y a donc _quelque chose_ de vrai sous le discours réactionnaire. Un malaise réel, que le conservateur nie, ou avec lequel il s'arrange, et que le progressiste ignore - ou pense avoir déjà résolu. Le réactionnaire exprime de façon forte des vérités qui agissent de façon forte dans la vie de quelques uns, et que la plupart d'entre nous considérons en haussant les épaules parce qu'effectivement nous avons résolu pour nous-même, le plus souvent- ou en tout cas fortement atténué - les problèmes sur lequel le discours réac fait fond.

Mais l fait est : ces problèmes ne se résolvent pas d'un haussement d'épaule. Qu'il y ait une crise de la masculinité est tout à fait réel. Même si la plupart ne le perçoivent pas, ou de façon opaque, sans pouvoir mettre ce nom là dessus - ça n'a pas échappé à un observateur aussi affuté que Belhaj Kacem, n'aimerais-je pas les options qu'il prend par ailleurs.

Il y a une crise du masculin en Occident. Ce n'est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c'est le retour de la virilité comme valeur. Et ça, le réac qu'est Zemmour l'a parfaitement saisi. Et c'est intéressant d'entendre ça, qu'il y a là, pour certains, un problème. Et qu'une fois l'oreille aiguisée, on peut saisir que ce problème n'est pas agité que par des Zemmour - la grande crise d'hystérie du réactionnaire cachant en fait d'autres manifestations, plus diffuses, à l'œuvre ici et là. La mondialisation ne fait ps qu'exporter les valeurs de l'Occident, elle réimporte d'autres valeurs en Occident, favorise les comparaisons, nous met au contact d'autres modèles, toujours aussi traditionnellement machistes, homophobes, sexistes, etc. Et cela réveille à la fois des désirs, avive des craintes, suscite des replis. Pas d'époque de transition sans ses grands réacs. Et si on ne saurait comparer Zemmour à Maurras - dont je n'ai lu que des extraits - il n'est pas totalement inintéressant à lire, l'hystérie conceptuelle grossissant des choses qu'il aurait été plus difficile de voir autrement. D'où ce 3, là où objectivement, l'ouvrage vaut 1 ou 2 : parfaitement oubliable, et effectivement oublié, je suppose, d'ici une ou deux générations.

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