L'écrivain qui ne savait pas écrire

Avis sur Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

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Massacrer un bouquin sur Sens Critique peut vous jouer des tours, la preuve : fin février, une grande réunion est prévue entre membres du site, l’occasion de zieuter le dernier Wes Anderson entre gens biens. Début de soirée, me voilà face au cinéma. Je suis en avance et ne tarde pas à me faire aborder par une inconnue. Voici la retranscription du dialogue.
- T’attends des gens de Sens Critique, non ?
- Exact, tu es FeedMe ?
- Oui ! Et toi tu es ?
- Volte.
- Ah mais c’est toi la critique sur Murakami, espèce d’enfoiré !
Le truc à savoir c’est que FeedMe n’est pas rancunière pour un sou. Mais imaginez si derrière le pseudo se cachait un rugbyman de 120 kgs dopé au cassoulet et spécialiste du plaquage ? J’écrirais ces quelques lignes sous une couette estampillée au nom d’un hôpital miteux, entre deux visites d’une infirmière moustachue. Suite à cet évènement, je jurai donc devant le dieu de la littérature, Literos, et la déesse de la littérature, Luterus (cherchez pas, c'est du latin ancien), de modérer mes critiques littéraires afin de m’épargner un séjour dans l’hôpital le plus proche… c’était sans compter la lecture du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.

Pourtant, ça ne s’annonçait pas si mal. La couverture intrigante, un résumé amusant, le statut de best-seller, 7 de moyenne sur SC, les éloges au dos du bouquin (un chef-d’œuvre d’humour noir, qu’ils prétendent sans vergogne). Niveau marketing, c’est parfait. Ce qu’ils ont omis de préciser, c’est qu’il ne faut surtout pas ouvrir le bouquin. A l’intérieur, le néant règne sans partage. 500 pages de vide, une chute inexorable vers le rien. L’humour est poussif, le récit inintéressant et le style… putain, le style quoi ! Au bout de vingt pages, j’ai sorti mon stock de Dacryosérum pour soulager mes rétines et préféré éloigner fourchettes et couteaux pour ne pas me désorbiter dans un moment d’égarement. D’accord, je sais pertinemment que ce roman est censé divertir, je ne demande pas des envolées lyriques mais le minimum syndical, juste un truc lisible. Comme pour le cinéma, si vous confiez la caméra à un unijambiste parkinsonien, il ne faut pas s’attendre à des miracles, même si le scénario est en béton armé.

Tenez, j’ouvre le bouquin au hasard pour vous donner un aperçu de la virtuosité de l’auteur.
Page 35 : « Le jeune homme découvrit sur le chemin des traces qui pouvaient avoir été faites par la valise. Il en aurait vite le cœur net. Il devait se dépêcher, car le jour était tombé. Voilà qu’il se retrouvait en pleine forêt alors qu’il allait faire nuit noire. Il fut rassuré en apercevant une maison jaune délabrée en contrebas de la crête qu’il venait de passer. »
Ressortez du placard vos rédactions de collégien et comparez un peu pour voir. Un billet de cinq que c’est mieux écrit.

Du coup, je m’étonne du succès d’un tel livre, je m’étonne de le voir squatter les avant-postes des librairies, je m’étonne des éloges qu’on lui adresse. Après ça pleurniche « les gens ne lisent plus ». Comment s’étonner quand on leur propose une prose si indigente même en guise de divertissement ? Je ne m’étale pas sur l’histoire, la critique serait interminable. Allez, je mets 3 parce que c’est un cadeau et que l’objet en lui-même revêt une certaine valeur sentimentale, en vrai, comptez deux points de moins.

Ps : si tu es un rugbyman de 120 kgs et que tu as aimé ce livre, sache que je suis prêt à revoir mon jugement dans la minute !

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