Ronsard, c'est cochon.

Avis sur Les Amours

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Faisons court. Les Amours de 1552, dits "de Cassandre", sont un recueil de poèmes dans lequel ne figurent PAS "Mignonne allons voir si la rose..." et "Quand vous serez bien vieille au soir à la chandelle..." (je laisse les plus névrosés finir de les réciter).
D'inspiration pétrarquienne, mais pas que (Virgile, Horace, Tibulle, Pindare, Pontus de Tyard se cachent un peu partout), Ronsard y dépeint ses souffrances d'amoureux tantôt repoussé, tantôt accepté, avant d'être immanquablement re-repoussé - le tout sur une trame mythologique que l'on trouve jusque dans les moindres détails. Bref, c'est le recueil le moins accessible des trois livres des Amours (pour plus de simplicité, aller voir La Continuation des Amours - les amours de Marie - et la Nouvelle continuation -ceux d'Hélène- ), précisément parce que les références se trouvent dans des périphrases assez elliptiques, et si l'on n'a pas relu les Métamorphoses la veille au soir, on peut très vite être tenté de laisser tomber.

Venons-en aux faits. "Ronsard se démarque de Pétrarque par l'extrême sensualité de sa poésie" lis-je dans le cours de Monsieur Licorne, professeur de littérature du XVIe siècle dont la calvitie a oublié un petit cercle de cheveux au sommet du front.

Eh bien figurez-vous que "extrême sensualité" est un bel euphémisme. Parce qu'entre les TRES NOMBREUX éloges des "monts jumelets" de sa dame, et des métamorphoses jupitériennes pas très subtiles, on imagine très vite le scenario :

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Quelques exemples pour votre bon plaisir, et surtout le sien :

Sonnet 44 (le pachidermique) : "Verrai-je point avant de mourir le temps/ Que je tondrai la fleur de son printemps [...]?"

Sonnet 72: (le subtile) "Sans espérer quelque fois de tâter / Ton paradis, où mon plaisir se niche."

Sonnet 94: (l'anguille) "Quand je vous vois, ou quand je pense à vous,/ Je ne sais quoi, dans le coeur me fretille, / qui me pointelle"

Sonnet 119 : (le solitaire) "Quand je me perds entre deux monts bien loin,/ M'arraisonnant seul à l'heure j'essaie/ De soulager la douleur de ma plaie,/ Qu'amour encharne au plus vif de mon soin./ Là pas à pas, Dame je remémore/ Ton front, ta bouche et les grâces encore/ Des tes beaux yeux trop fidèles archers/ Puis figurant ta belle idole feinte / Dedans quelque eau, je sanglote une pleinte,/ Qui fait gémir le plus dur des rochers."

Sonnets 127 et 186 : [les rêves érotiques franchement explicites]

Sonnet 128: (le manuel) "par tant et par tant de travaux,/ une main douce à si doux port me mène."

Bien. Pour finir ce petit délire expiatoire post-dissertatif (sans gifs, l'angoisse!) imaginez à présent une jeune fille lire encore et encore la description de ses seins sous la plume d'un clerc tonsuré (true story) :
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MAIS SURTOUT, imaginez un poète-stalker qui court après une jeune fille mariée dont il est fou amoureux, à laquelle il consacre de manière obsessionnelle un peu plus de 200 poèmes, et qu'il n'hésite pas à aller observer la nuit, caché entre deux fougères :
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(c'est foutu, je ne l'imagine plus que comme ça, mais avec une fraise autour du cou).

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