Une conclusion aboutie !

Avis sur Les Aventuriers de la Mer - L'intégrale, tome 3

Avatar Philippe P.
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Conclusion de la trilogie (en version originale) ou ennéalogie (en version française de poche) des Aventuriers de la Mer, ce dernier acte a la lourde tâche de conclure un certain nombre d'arcs narratifs qui, pour certains, vont se télescoper et fusionner lors de la rencontre des différents personnages. Avant de me focaliser un peu plus sur les histoires d'Althéa, Malta et de Terrilville, je vais livrer un avis assez global sur cette conclusion.
Comme toujours, Robin Hobb possède un véritable sens du rythme dans sa narration et son écriture. Elle arrive à captiver son lecteur par de petits détails ou événements, même dans les chapitres les plus calmes. Globalement, la narration de ces trois tomes arrivera à surprendre le lecteur sur certains points et apportera une révélation imprévisible sur l'identité d'un personnage qui permettra de repenser des événements des tomes précédents. Le récit est agréable, bien rythmé et ponctué de scènes assez fortes et à la tension palpable. Même lorsque tout s'enchaîne dans les derniers chapitres, le tout reste tout à fait cohérent et compréhensible pour le lecteur. La destinée des personnages survivants se trouve être satisfaisante et logique par bien des aspects au vu de leur évolution à travers le récit.
Vous l'avez compris, je ne peux rien reprocher d'un point de vue objectif au récit. C'est bien mené, bien écrit, les personnages évoluent et c'est cohérent. Les seuls reproches que je peux faire à ce trio de livres sont vraiment dus à une pure subjectivité. C'est là que l'avis va certainement diverger ou diviser selon les sensibilités ou les attentes de chacun vis à vis du récit.
L'un des éléments qui m'a gêné concerne l'arc narratif même d'Althéa et j'y reviendrai à ce moment. Le deuxième concerne l'ensemble de la fin et la survie de tous les personnages malgré les nombreuses épreuves traversées, notamment lors du final où les combats s'enchaînent à plusieurs reprises. J'ai dû mal à croire et à accepter que dans ces conditions et face aux multiples dangers que la seule "perte" à recenser soit celle de l'antagoniste. Alors oui c'est purement subjectif et certains préfèrent les happy ending complet, d'autres exclusivement les bad ending, pour ma part je navigue à vue et en fonction de l'histoire. Pour le coup, j'aurai apprécié avoir un impact émotionnel plus important avec la disparition d'un personnage auquel on s'est attaché et à qui on le reste jusqu'au bout, pas comme pour le seul qui meurt dans le dernier tome. Ici, à mon sens, il manque quelque chose de frappant ou de suffisamment marquant pour conclure l'aventure des personnages, même avec un personnage secondaire comme Clef par exemple. D'autant plus que j'ai dû mal à croire que malgré toutes ses épreuves, tous s'en sortent "relativement" bien.
Cela dit à part cela, et l'élément final de la partie de l'histoire autour d'Althéa, je n'ai pas grand chose à redire sur les trois tomes, ayant dévoré en quelques jours le tome final par exemple.

En ce qui concerne les destinées et les arcs narratifs un peu plus particulier, je vais commencer par celui concernant Terrilville de manière générale.
Je parle bien de la destinée de la ville en générale puisque dans cette troisième partie Robin Hobb délaisse quelque peu l'aspect personnel des trois femmes qui luttent pour le contrôle de la ville pour une vision plus générale. On retrouve même un certain recul des personnages de Ronica, Keffria et Sérille pour laisser la place à Tintaglia, Rheyn et Selden. Globalement, la situation va se résoudre assez rapidement avec l'intervention de Tintaglia qui va écraser ou mettre en déroute les assaillants, on peut même dire un poil trop rapide. Au fur et à mesure de son avancée, cette intrigue va perdre de son ampleur et là où elle offrait dans les tomes 4 à 6, une lutte féminine pour le pouvoir, elle va revenir à un schéma somme toute assez classique. Même s'il est intéressant de voir comment tout cela se résout et comment les différentes factions négocient entre-elles, cela reste un peu survolé et moins passionnant qu'auparavant. J'aurais apprécié par ailleurs voir un peu plus comment se déroule et reprend la vie au sein de la ville marchande après le départ de Tintaglia. Cependant je peux comprendre aussi le fait qu'on ne peut pas tout mettre dans les livres, mais finalement ce qui apparaissait comme étant un enjeu important de l'histoire dans la seconde partie de l'histoire, se retrouve être mis assez en retrait.

Pour ce qui est de l'histoire de Malta, on retrouve la suite du changement radical, appréciable et logique du personnage. Avec Malta, Robin Hobb livre une parfaite maîtrise d'écriture et de développement de personnage : passant de la peste détestée à une jeune femme forte, indépendante et active. On avait déjà bien senti son évolution dans les tomes 4 à 6, mais cette dernière se parachève dans cette troisième partie, nous montrant la marchande et la féroce négociatrice qui sommeille en Malta. Ici point d'action héroïque dans le sens courant du terme, la jeune femme va survivre et tirer profit de sa situation par sa ruse et son intelligence. Si on m'avait dit lors de la lecture du premier tome que j'en viendrai à apprécier ce personnage, je n'aurai certainement pas parié un kopeck dessus. Son histoire est intéressante à suivre à la fois parce qu'elle complète l'ensemble du tableau situationnel de l'univers qu'on possède grâce aux chapitres autour de Kennit, mais aussi par son danger persistant et pesant autour de la jeune femme. A chaque instant, sa situation peut empirer et c'est vraiment sur un fil au-dessus d'un lac de requins qu'on la voit évoluer. Entre fatalisme et ingéniosité le personnage de Malta offre une histoire prenante et passionnante.
On pourrait dire que sa romance avec Rheyn est assez niaise et fantasmée, mais cela serait oublié qu'on a un personnage encore relativement jeune, découvrant son premier amour et surtout cela permet au personnage de rester humain et de contrebalancer tout le sérieux qui l'entoure dans ces trois tomes.

Enfin en ce qui concerne Althéa, c'est là que le volet action est le plus présent. Tout les chapitres la concernant sont bien rythmés et entre deux affrontements les personnages de l'équipage du Parangon évoluent et on apprend à les connaître et à les apprécier ou détester en fonction du membre en question. On vibre, angoisse et exulte en fonctions des situations. Tout cela est très bien mené et je peux difficilement en dire plus sans spoiler les quelques retournements de situations. Ce qui est le plus admirable dans cette partie de l'histoire, c'est la mise en scène du viol et sa représentation. On avait déjà eu droit dans les tomes 4 à 6 à une certaine facette de cet acte et de ses conséquences avec le personnage de Sérille. On retrouve ici cette même thématique, mais abordée de manière différente. Là où Sérille le cachait et en finissait par en faire une carapace, le personnage concerné dans cet arc va tenter de le crier tout haut et à la face de tout le monde. Robin Hobb met habilement et de manière très réaliste (malheureusement) en scène les œillères de tous les autres personnages autour de la victime du viol. Tous ont du mal à la croire, niant carrément l'acte et reportant cette accusation sur la santé mentale du personnage. Les réactions sont très bien décrites et criantes de réalisme même 15 ans plus tard. Tout comme le désarroi de celle qui n'est crue de personne, même de ses compagnons les plus proches. C'est fort, indispensable à comprendre et à lire. J'adhère totalement au point de vue de Robin Hobb tout au long des chapitres, excepté sur la fin. Sans trop en dire, la personne violée va se retrouver déchargée de son fardeau et de sa douleur de manière magique et assez instantanée, et même si tout ne va pas pour le mieux quand on quitte le personnage, c'est déjà plus qu'un grand pas vers la guérison. Ayant discuté de cet aspect avec une autre personne ayant lu les livres, on n'est pas tombé d'accord sur notre ressenti et la symbolique vis à vis de ces dernières scènes et vous ne le serez peut-être pas non plus, alors n'hésitez pas à le partager. D'un point de vue personnel, je trouve cela trop "facile" (avec de gros guillemets bien entendu) et diminuant l'impact du message et de la puissance de la situation. J'aurais plus adhéré à un point de vue peut-être moins optimiste et moins magique dans l'effacement de la douleur du personnage. Cela restant bien entendu un élément très personnel dans l'appréciation des ouvrages.

En conclusion, Les Aventuriers de la Mer offre une conclusion aboutie à une histoire passionnante et palpitante. Même si certains points sont subjectivement à regretter : recul de certains personnages, manque d'un impact émotionnel puissant sur la fin ou décision vis à vis de la guérison d'un personnage, le récit reste une très belle aventure de lecture. La plume de Robin Hobb reste agréable à lire, fluide et attractive. Au milieu de cette histoire, l'auteure arrive à glisser notamment un texte important sur le viol et les réactions de l'entourage face à cet événement. C'est donc une conclusion aboutie pour ce cycle d'aventures marines et offrant une ambiance et un univers assez différent de l'Assassin Royal tout en se déroulant dans le même monde.

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