Le Rideau cramoisi et Le Bonheur dans le crime.

Avis sur Les Diaboliques

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Les deux femmes de ces deux nouvelles sont associées à deux hommes : Brassard et Alberte dans Le Rideau cramoisi, Serlon de Savigny et Hauteclaire/Eulalie dans Le Bonheur dans le crime (on peut noter que cette dernière prend deux noms : l'un incarne-t-il la face claire (d'où le premier nom) et l'autre la face cachée ?). Ces deux femmes sont des créatures, comme le nom de l'oeuvre l'indique, diaboliques : séductrices, appelées plusieurs fois "démons", elles subjuguent le héros et sont dangereuses. Elles ne sont pas tout à fait pareilles : l'une semble fragile, l'autre épanouie dans le crime. On retrouve pourtant de nombreux points communs entre elles : elle se dévoilent dans le silence, restent insaisissables, s'assument, ont un charisme incroyable et une beauté parfaite.

Les incarnations du Mal, donc. D'où une dimension mystérieuse dans Les Diaboliques, quasi-fantastiques : ces femmes sont-elles bien réelles ? Elles semblent plus qu'humaines, angoissantes, et la mort d'Alberte, par exemple, ressemble à tout sauf à une véritable mort - on croirait à une feinte, on attend qu'elle se relève et entraîne aux Enfers le pauvre Brassard.

Ces nouvelles sont donc très intéressantes dans leur vision de la femme ; mais elles ont d'autres qualités. Tout d'abord, on peut voir l'idéal de beauté particulier du dandysme, dont Barbey d'Aurevilly est un fameux représentant français (comme Huysmans, ce génie dont il était l'ami).
On remarque aussi la confrontation de points de vue, représentative de la vie agitée de Barbey : un homme très pieux dialoguant avec un athée convaincu, dans la seconde nouvelle. Ainsi, on en vient tout naturellement à se demander où se situe l'auteur là-dedans. Les Diaboliques est-elle une oeuvre amorale ? Difficile de décider, surtout si l'on s'intéresse en particulier à la seconde nouvelle : le médecin lui-même a des mots qui rappellent Sade, lorsqu'il dit que le vice n'est pas puni et la vertu pas récompensée, discours très justinien. Le bonheur entre les deux héros du Bonheur dans le crime prend place dans le crime (si, je vous assure), sans que l'on envisage de châtiment divin pour les deux protagonistes à la fin de l'oeuvre. Une assez grande ambiguïté, donc.

Les deux nouvelles se complètent donc, mais se distinguent tout particulièrement par le sort réservé aux deux femmes : la première meurt, la seconde reste heureuse. Elles sont riches de thèmes forts et d'une grande complexité. Alors, pourquoi "seulement" 7 ? Parce que le récit débute lentement, trop lentement, surtout pour Le Rideau : l'écrivain se perd dans la description de son héros, dans un style élégant mais assez oral, saccadé, sinueux donc fatigant parfois pour le lecteur et difficile à suivre. J'ai donc goûté ces nouvelles, sans pouvoir m'en délecter vraiment ; dommage.
On notera, dans les procédés littéraires, le développement du récit enchâssé, assez rare au XIXe.

Une oeuvre originale, courte, dont il serait dommage de se priver, même si j'émets quelques réserves ; les femmes sont assez fascinantes et inoubliables pour donner toute leur saveur aux Diaboliques.

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