Losing my religion

Avis sur Les Disparus du Clairdelune - La Passe-Miroir,...

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Commençons par le début. « Les disparus du Clairedlune » est le deuxième tome des aventure d'Ophélie, la fameuse Passe-Miroir. « Les fiancés de l'hiver » est le roman qui a marqué mon début de carrière de libraire. Je prenais mon premier poste quand j'ai découvert, dans un carton, le service de presse de ce titre. Alors je sais qu'on ne juge pas un livre à sa couverture, mais comment ne pas être émerveillé par cette illustration qui invite déjà au voyage ? Un roman fantastique, je me faisais déjà une joie de l'entamer, redoutant seulement de ne pas trouver un récit, un univers original, à la hauteur de mes attentes. Et comment ne pas me sentir proche de Christelle Dabos, qui commence avec ce roman sa carrière d'auteur comme je commence avec lui ma carrière de libraire ?
A la seconde où je l'ai terminé, j'ai su que jusqu'à ce que j'aie la suite entre les mains, je serais comme une assoiffée. Heureusement pour moi, d'autres excellents romans ont pris le relais entre temps, me permettant d'étancher provisoirement ma soif, mais je suis quand même restée à l'affût de la moindre information concernant l'écriture de ce second tome, n'hésitant pas à harceler ma repré Gallimard (mais elle ne m'en veut pas... je crois ; après tout, elle m'a envoyé les épreuves de roman !).
Ce roman fait partie des perles rares, de ceux qui m'emportent avec eux dans leur univers, de ceux qui me font oublier tout ce qui peut se passer autour de moi, de ceux qui ne sont plus une suite de phrases que je lis, mais qui sont comme des images dont le film se déroule sous mes yeux – ou plutôt autour de moi, comme si j'y étais. Peu de romans m'auront vraiment fait cet effet là, et quasiment aucun de litté adulte, ce qui explique sans doute pourquoi je me suis spécialisée dans la littérature jeunesse. En pleine rentrée littéraire, je n'ai malheureusement pas eu le temps de relire le premier tome avant de m'attaquer au second, mais pour tout avouer, je n'aurais peut-être pas eu la patience de le relire alors que je savais que le tome 2 m'attendait déjà.
Peu importe, le tome 1 est encore bien installé dans ma mémoire. Un univers comme ça ne s'oublie pas si facilement après tout. Je revois tous les personnages, dont l'image formée par mon imagination est encore nette. Ophélie et ses cheveux bouclés et indomptables, ses lunettes vissées sur son nez et son écharpe au caractère bien trempé. Thorn, son fiancé énigmatique, qui ressemble irrépressiblement, dans mon imagination délirante, à Alexander Skarsgard (on ne juge pas !) avec les manières d'un Mr Darcy sauce BBC (oui, je me fais des sacrés films, je sais). La Citacielle, dont les contours se dessinent en essayant, tant bien que mal, de s'adapter aux splendides illustrations de Laurent Gapaillard.

On retrouve Ophélie là où on l'avait laissée. Elle évolue désormais officiellement à la cour de Farouk, le terrible esprit de famille qui « règne » sur le Pôle. Elle est séparée de ses amis, Renard et Gaëlle, mais ne les a pas oubliés. Elle semble réconciliée avec Berenilde, dont l'attitude est toujours aussi ambiguë, mais qui semble mieux la traiter. La tante Roseline est là aussi, toujours à chaperonner avec bienveillance. Et enfin, mes deux chouchous, Archibald, le beau parleur, le libertin, espiègle mais peut-être le plus fidèle allié de l'héroïne, et Thorn, qui vient de perdre toute sa famille, et qui est toujours aussi mystérieux, j'en suis donc irrémédiablement amoureuse (on ne juge pas !).

ET IL A ENFIN AVOUE A OPHELIE QU'IL L'AIMAIT YOUHOUHOU CHAMPAGNE !!!! Vivement qu'elle lui avoue en retour, je n'attends que ça ! J'ai poussé un tel cri de joie que ça a fait fuir mon chat à l'autre bout de l'appartement.

Les ennemis sont là aussi. Et le chevalier. Quand Hitchcock disait que ce qui lui faisait le plus peur étaient les petits enfants, avec le chevalier, on comprend pourquoi ; cet enfant fait froid dans le dos.

Les intrigues se succèdent comme à la cour du Roi Soleil (culture Marquise des Anges, bonjour ! Je n'y peux rien, tous ces empoisonnement et ces petits complots, c'est à ce que cela me fait penser), et au fur et à mesure qu'elle encaisse les coups, le caractère d'Ophélie s'affirme, comme une incarnation de « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Les embûches continuent de pleuvoir sur son chemin, mais plus ça va, plus Berenilde et Thorn se révèlent comme des alliés (ouf ! J'avais tellement peur que Thorn soit le vilain de l'histoire, c'est ma hantise, et si ça devait finalement être le cas, je ne m'en remettrais jamais). Les illusions de la cour de Farouk se font de moins en moins puissantes, et le vernis se craquelle, laissant apparaître un dessein plus large que de petites intrigues de courtisans.
Car c'est peut-être là le génie de ce roman (de ces deux romans) : la divinité.
Christelle Dabos nous gratifie de ce qu'elle appelle les « Bribes », c'est-à-dire l'histoire de la formation de cet univers où l'on vit sur des arches qui flottent dans le ciel après la destruction de l'ancien monde. Premièrement, même si tout le roman est superbement écrit, ces passages sont de vrais morceaux de génie, là où l'écriture de Christelle Dabos atteint son paroxysme. Deuxièmement, ces bribes donnent un sens plus large à l'histoire, comme le fil rouge qui relie tous les éléments entre eux (parce que c'est nécessaire à n'importe quelle série, soyons francs).
Elle fait de « Dieu » un personnage capricieux et vulnérable, et de ses enfants les victimes, le contraire de ce que nos religions nous enseignent la plupart du temps, quand les Hommes sont les pécheurs égoïstes et Dieu leur rédempteur, ce qui m'a plus personnellement rappelé cette citation de Shakespeare (rien que ça !), extraite du Roi Lear : « Des mouches aux mains d'enfants espiègles, voici ce que nous sommes pour les dieux, ils nous tuent pour leur plaisir », impression encore plus accentuée par cette scène où Dieu se transforme, et qu'Ophélie se dit qu'il ressemble à un enfant - un enfant prêt à arracher les pattes d'une sauterelle. Je ne me pencherai pas sur la portée symbolique du fait que Farouk ait choisi son propre nom, oubliant celui que Dieu lui avait donné au départ, parce que cette critique est déjà un pavé (félicitations si vous êtes déjà arrivés jusque là !), et que mes pensées sont encore un peu confuses en cette fin de lecture.

Résultat des courses, le roman n'est pas encore officiellement sorti (des avantages d'être libraire...), et me voilà déjà désemparée à l'idée qu'il va me falloir attendre le troisième pendant peut-être deux ans encore (statistiquement, puisque c'est le temps qu'à mis Christelle Dabos à écrire le deuxième). Le premier pas, va être, comme toujours, de faire le deuil de ma lecture, ce que j'arrive de mieux en mieux à faire vu que mon rythme de lecture professionnel s'impose face à la douleur d'avoir terminé un très bon roman, mais je suis malgré tout en état de choc. Je suis actuellement en train de me haïr de l'avoir lu si vite... Et ensuite, je reprendrai la chasse aux indices sur l'avancement du tome suivant. Heureusement pour moi, l'auteur n'est pas avare et tient régulièrement ses lecteurs au courant de ses travaux. Ça va être dur quand même. Mais c'est tellement bon qu'on ne peut qu'en redemander.

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