Un grand auteur, un grand humaniste, un grand penseur

Avis sur Les Essais

Avatar San  Bardamu
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Bonjour à tous,

Aujourd' hui, je m' attaque à un auteur, malgré sa renommée, restant , en grande partie, méconnu de tous, excepté de quelques universitaires et snobinards prétentieux de mon calibre..... Oui. Lire montaigne est considéré aujourd' hui comme un geste de petit bourgeois. Qui irait imaginer un prolétaire lire Montaigne ? Pourtant, s' il y a bien un geste de révolte essentiel contre le système, c' est bien la lecture.... Lire est un acte de révolte ! Bref, je m' égare. Excusez moi.

Donc, Montaigne est de famille noble et est né au château de Montaigne en Périgord. Il est le grand humaniste du XVIe siècle.
Il sera conseiller d'Henri III et diplomate, avant de se retirer dans ses terres et d’écrire ses essais. La première édition de ceux-ci date de 1580. Il vécut donc les déchirements religieux de la France, divisée en catholiques et huguenots, et le problème de la succession d’Henri III assassiné par un fanatique.
Les « Essais » représentent trois volumes dans cette édition. Montaigne est un des premiers écrivains français à avoir développé le " moi ". Il étudie le monde de son époque à travers la vision d'un homme qui est lui. C'est son regard qui décrit et analyse la société de son époque et en tire des leçons.
On a dit de Montaigne qu’il était un sceptique, un stoïcien et un épicurien. C’est tout à fait vrai car il constate que l'homme souffre et que cela fait partie aussi de sa condition. Il est sceptique parce qu’il estime que nous percevons les choses comme nous les comprenons ou comme nous les voyons et que cette vision n'est pas nécessairement la bonne. Enfin, il est épicurien parce qu'il a une grande capacité de jouir du moment présent, partant du principe que certaines joies nous sont données et qu’il serait dommage de ne pas en profiter.
Dans son œuvre il décrit ses joies, ses peines, ses souffrances, son époque. Il nous fait aussi découvrir de très grands auteurs comme Tite-Live, Sénèque, Cicéron et d’autres.
« …mais la raison m'a instruit que de condamner ainsi résolument une chose pour fausse et impossible, c'est se donner l'avantage d’avoir dans la tête les bornes et limites de notre mère nature ; et qu’il n'y a point de plus notable folie au monde que de les ramener à la mesure de notre capacité et suffisance. Si nous appelons monstres ou miracles ce ou notre raison ne peut aller, combien s’en présente-t-il continuellement à notre vue ? »
Un des grands avantages de cette œuvre est qu’elle peut parfaitement être lue par morceaux. Point n’est nécessaire de la lire d’une traite, au contraire. Il me semble qu’il serait plus utile d'en savourer un petit chapitre de temps à autre, surtout qu’en général ils sont courts.
C’est le vingtième siècle qui a remis Montaigne à l’honneur et en a fait un des plus grands écrivains de notre langue.

Un sceptique, un humaniste, un stoïque, un penseur... d'abord un homme. "Ainsi, lecteur, je suis moy-mesmes la matiere de mon livre."
A nous, lecteurs, de lire et de relire Montaigne. A petites doses de le déguster, comme ces abeilles qui, butinant deci delà les fleurs, en constituent petit à petit leur miel (ce que Montaigne faisait avec les grands auteurs latins et grecs qu'il relisait sans cesse, sans cesse truffant ses pages de leurs citations, comme il faisait graver leurs meilleures maximes sur les poutres du plafond de sa "librairie"); lire Montaigne pour échapper à l'abstraction, au jargon, aux cons; lire Montaigne pour s'élever sur sa montagne, pour voir les choses de plus haut, humer un air plus pur. Lire Montaigne car, comme Proust dans un tout autre registre, il nous offre un cadeau à chaque page.
Test : trois dégustations à l'aveugle. La page 111, pourquoi pas, des trois volumes Garnier-Flammarion : I, 111 : "La vaillance a ses limites, comme les autres vertus; lesquels franchis, on se trouve dans le train du vice; en maniere que par chez elle on se peut rendre à la temerité, obstination et folie..." Belle méditation pour les soldats, terroristes et résistants de tous bords! II, 111 : "Notre religion est faite pour extirper les vices; elle les couvre, les nourrit, les incite". Et pan! encore un beau sujet de dissertation pour les "fous de Dieu"! III, 111 : "L'amour ne me semble proprement et naturellement en sa saison qu'en l'aage voisin de l'enfance". Le premier amour serait toujours le dernier, le moule de tous les autres? Lire Montaigne, c'est lire tous les penseurs lus par Montaigne, et tous les autres lus par ceux-là. Lire Montaigne, c'est être un homme. Simplement un homme.....

Dans les époques troublées comme la nôtre, les hommes de valeur n'ont souvent rien de mieux à faire que de s'enfermer dans leur bibliothèque, dans les écrits des anciens sages, de relire les livres qu'ils aiment tout en jouissant de la beauté de cette vie et de la Création comme le faisait Montaigne, un des plus célèbres maires de Bordeaux, à la différence que lui n'a jamais dû subir une peine de justice pour complaire à un maître ou un autre. Montaigne se faisait un plaisir d'être « guelfe avec les gibelins et gibelin avec les guelfes ». C'est un plaisir rare d'être signe de contradiction des certitudes, un plaisir véritablement aristocratique, bien qu'en contrepartie il faille évidemment souffrir une certaine solitude voire une solitude certaine.

La Lecture en particulier, à commencer par la lecture de romans, de poésie, la Littérature en général, l’Écriture sont dans les temps où la bêtise violente semble triompher des occupations considérées avec mépris par les fanatiques de tout bord, soient-ils religieux ou politiques, idéologues distingués ou juste grégaires, ou encore les trois à la fois. Il est à noter que les foules imbéciles, ce qu'elles sont le plus souvent, commencent toujours par brûler des livres avant toute chose. Et même si plus personne n'en lit, ou presque, les livres de Musso-Lévy ou les autofictions des Angot, Marie D. et autres n'étant pas exactement de la littérature au sens strict. L'on ressent presque tangiblement une haine profonde des Belles Lettres, une détestation de la culture, parce qu'elle élève l'âme et décourage a priori l'être humain de ne se livrer qu'à ses appétits...

Les trois tomes des « Essais » ont été écrits en ancien français, les traductions disponibles en français « moderne » sont cependant plus qu'honorables, et à celle de l'édition « Gallimard-Folio » je trouve que l'on peut préférer celle en « Livre de Poche » ainsi que son appareil critique, plus intéressant. Dans les deux premiers opus, Montaigne n'ose pas tellement aller plus loin qu'une compilation, certes passionnante, de citations antiques, qu'il commente selon ce qu'il en a compris, racontant de ci et de là de ces souvenirs personnels, reliant une phrase de Plutarque à un événement de son temps, un extrait d'un texte de Cicéron à ses réflexions. Il est beaucoup plus incisif dans le troisième tome livrant ses doutes sur l'humanité, sur la sottise, la cruauté, l'avidité, le goût du pouvoir et de la domination, la soumission du peuple à des démagogues cyniques ou décervelés ne songeant qu'à leurs intérêts et ainsi qu'il le rappelle :

« L'on serait assis sur le trône le plus haut du monde que l'on n'en serait pas moins assis que sur son cul ».

Auparavant, le potache moyen savait au minimum que Montaigne était l'auteur de cette belle phrase sur son amitié avec La Boétie : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi ». Maintenant, au mieux se souviendra-t-il que Montaigne est le nom d'une avenue parisienne abritant diverses boutiques de luxe qui le font rêver car confondant la possession avec le bonheur. Michel Yquem dit Montaigne en a une toute autre définition, réellement humaniste et humaine : le Bonheur englobe tous les aspects de la vie, des plus petits aux plus remarquables, des plus insignifiants, du moins à première vue, à ceux qui paraissent extraordinaires au sens strict du terme. Le bonheur selon lui, il ne donne pas de recette miracle livrant seulement des clés au lecteur consiste dans l'épanouissement de ses dons, de sa culture, de sa capacité à ressentir ce que l'on vit, que ce soit le parfum d'une fleur, la beauté d'un visage aimé. Il ne s'agit pas de lire pour thésauriser les livres, tels ces acheteurs de « liseuses » électroniques ne faisant qu'amasser les ouvrages, ou pour se donner un genre cultivé, mais pour savoir s'ouvrir à tous les univers, tous les mondes créés par l'imagination et le monde.

Le cuistre, le crétin, ne lit pas de Littérature, lui, seulement des livres « sérieux », on le sait...

Enfin, Montaigne ne sombre pas dans le défaut quasiment insupportable de tous les penseurs modernes, et contemporains, depuis les « Lumières » et avant elles la plupart des philosophes après Descartes, il n'a pas de théories globales à imposer à ses lecteurs, pas de système de pensée, il ne croit pas être assez sage pour le faire, ce qui est un signe de sagesse remarquons en passant. C'est aussi une preuve de sa liberté d'esprit, de son indépendance face aux camps, aux coteries, aux chapelles se revendiquant tous comme légitimes bien entendu, justifiant par là même leur rejet de toute contradiction.......

Le texte n'est pas simple à lire. Il faut s'armer de patience et de courage. Lire les écrits autobiographiques d'un penseur qui aime à s'ausculter lasse parfois, même en considérant la mise en perspective relativiste de l'humanisme. L'homme, depuis la Renaissance, se saisit dans sa totalité, sans plus se référer à un transcendant, Dieu (celui aimé - craint des chrétiens). Si Dieu existe toujours, ne serait-ce comme référent à la pensée commune, il disparaît progressivement du champ de la morale, de la lumière qui guide les pas du chrétien. Il a fait son jeu (et sera déclaré mort quelque temps plus tard). Au nom de ce relativisme, qui participe d'une libération de l'esprit par rapport à des dogmes, dont une partie de secrets, relevant de la foi, ne sauraient être compris par l'intelligence - la raison, l'humaniste Montaigne divague parfois, ouvrant le chemin aux délires de l'individualisme sacralisé, romantique. Si tout se vaut alors quelle valeur attribuer à une idée qui puisse prétendre à un universel ?

Mais au XVI ème siècle, Montaigne affirmait un courage d'esprit qu'il faut ne pas oublier. Il a vécu les guerres de religion. Affirmer comme un autre humaniste peint par Stefan Zweig, Erasme, que la liberté de penser est primordiale pour l'homme et donc sacrée, est fondamental. Alors que pour des causes religieuses les hommes se tuaient, défendre le droit de penser librement était éminemment courageux et salutaire. Il est nécessaire de rappeler le contexte historique dans lequel les Essais ont été écrits pour justement s'armer contre l'individualisme.
C' est pour ça que montaigne est plus que jamais d' actualité.

il faut lire Montaigne et s' imprégner d' un grand penseur français, retrouver l' esprit français, le VRAI !! Pas celui de notre temps qui est américanisé au possible..... Rousseau onus mettait pourtant en garde, dans le contrat social, contre l' angleterre..... Pauvre de nous !

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !! Et lisez Montaigne ! Je vous en conjure !! Portez vous bien. Tcho.

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