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Avis sur Les Fous du roi

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All the King’s Men est le troisième roman de Robert Penn Warren, auteur américain aux multiples talents qui fut toutefois d’abord un poète et un critique poétique. Publié en 1946, le roman prend pour toile de fond l’ascension et la chute de Willie Stark, politicien populiste d’un Etat du Sud des Etats-Unis qui évoque fortement la Louisiane.

J’évoque une « toile de fond » car il me semble que le récit politique, souvent présenté comme le cœur d’All the King’s Men, n’est pas le noyau véritable du roman. Pour autant – et c’est me semble-t-il une des plus belles réussites d’un romancier, – ce récit-prétexte est souvent captivant. Certes, Warren ne cherche pas à saisir, comme le ferait une série politique contemporaine, les arcanes de la vie politique américaine des années 30. Il nous représente plutôt les manœuvres de Jack Burden, d’abord inspirateur puis homme de main (intellectuel) de Willie Stark ; et les ressorts psychologiques de l’ascension de Willie Stark, d’abord un homme intègre mu par le sentiment de l’injustice, qui s’éveille progressivement à puissance d’orateur et de démagogue.

Toutefois, comme je le disais, All the King’s Men est d’abord un roman sur la destinée humaine ; le cadre politique n’est totalement pas incident à ce discours, mais sert plutôt de révélateur que de fin en soi. L’assurance ambiguë de Willie Stark (par certains aspects un démagogue impitoyable prêt à écraser ses adversaires, qui prend à l’occasion des allures trumpiennes ; à d’autres égards un homme du peuple, dont les projets servent le bien commun) aussi bien que l’indétermination de Jack Burden représentent deux attitudes existentielles qui se déclinent hors de leur terreau politique.

Plus que chez Willie Stark (qui fait figure de force d’action extérieure, de point fixe permettant la mise en perspective), c’est sur le personnage de Jack Burden que va être mise en mouvement la conception de Warren. J. Burden est, contrairement à Stark, un homme détaché : il est, en tout, un spectateur de sa vie, conception qui finit par se cristalliser dans le Great Twitch (le grand tic), idée de Burden selon laquelle la vie est mue par une série de secousses involontaires, de réflexes, d’impulsions nerveuses, sur laquelle l’homme n’a pas de contrôle. Pour autant, et alors même qu’il était prêt à se dissoudre dans le cynisme du spectateur, Burden finit par recevoir une impulsion contraire et à croire, comme le formule Willie Stark à la fin du roman, que les choses « might have been all different », et qu’il existe une vie à désirer et, somme toute, à vivre – celle, peut-être, qu’il entraperçoit dans un souvenir vivace de l’enfance, évoqué par Warren avec une adresse proustienne.

S’il se livre comme un récit politique, vaguement fondé sur un fait réel, All the King's Men est aussi une exploration passionnante des rapports tortueux entre la vie et le désir, servi par une prose à la fois riche et sèche, comme l'orage d'été. Un très grand roman.

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