Michel ou le veilleur des mondes

Avis sur Les Particules élémentaires

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Auteur controversé au style proche du premier jet permanent Michel Houellebecq nous offre avec Les Particules élémentaires un moment de littérature d'une puissance terrible qui - sous son vernis nihiliste et sa crasse ampoulée - couve une désarmante humanité... jusque dans ses mots ultimes !

Ecrit à la fin du siècle dernier Les Particules élémentaires narre le destin de deux demis-frères, existentiellement aux antipodes l'un de l'autre : d'une part Michel Djerzinski, biologiste émérite à la vie sociale médiocre et à la sexualité quasiment inexistante, principalement préoccupé par les recherches scientifiques de reproduction génétique des cellules humaines, recherches susceptibles de pérenniser les formes vivantes inhérentes - entre autres choses - au clonage et à l'embryogenèse préfabriquée. D'autre part Bruno Clément, quadragénaire dépressif sous le coup des sentiments de jeunesse ( citons avec émotion le très beau et très court chapitre sur la main de Bruno effleurant la cuisse de Caroline Yessayan ), obsédé par la recherche d'une jouissance sexuelle sans entraves, haineux d'une mère humainement inconséquente et coupable de sa propre frustration.

Ces deux pôles sont souvent étrangement rapprochés par Houellebecq, dans une écriture semblant presque automatique, comme en roue-libre. Le racolage verbal, les lieux communs et les vérités à l'emporte-pièce sont légion... et pourtant l'écrivain parvient à retranscrire une vision cohérente de notre civilisation, évoquant notamment le quotidien morose du narrateur du Fight Club de Chuck Palahniuk ( en ce sens le fameux Lieu du Changement n'est pas sans rappeler les thérapies de groupe vécues par Tyler Durden ) mais aussi l'univers dystopique du Meilleur des mondes de Aldous Huxley ( qui n'est rien de moins que le roman de chevet de Djerzinski ).

Ambitieux ( et en assumant d'ailleurs totalement la prétention ) Les Particules élémentaires est un beau sommet de crudité morale et de pessimisme contemporain, dont le style erratique et un tantinet tapageur s'effacent en fin de compte derrière l'idée sous-tendue dans le titre : une Science hégémonique annoncerait-elle d'elle-même les existences de Demain ? Magnifique.

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