Le réveil de Troie.

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Troie est en proie aux flammes ; les armes des vaincus sont partagées, les vierges arrachées aux autels sont prêtes à rejoindre les lits des vainqueurs, les mères préparent les corps de leurs enfants pour un dernier voyage. Poséidon prépare calmement sa vengeance. Une noirceur nouvelle s'élève sur l'Asie livrée aux Barbares. La guerre de Troie a bien eu lieue, et nous en parcourons les ruines.

"Ô ma cité, mon fils ! Que manque-t-il en cet écroulement pour que notre désastre soit complet ?"

Hécube, femme de Priam, mère d'Hector nous emporte avec elle jusque dans cet enfer ; on y croise, au hasard, Cassandre, sa fille, dont les visions n'apportent plus que mort et désespoir, Andromaque endeuillée et dans l'attente du châtiment de son jeune enfant, le jugement d'Hélène par Ménélas.

"Aussi vrai qu'Apollon est vivant, Hélène fut fut épouse moins funeste que je ne le serai,
pour le fameux Agamemnon, le roi des Grecs !
C'est la mort que je lui apporte, et la ruine de sa maison,
à lui qui désunit la nôtre, vengeance ainsi mes frères et mon père,
Et je ne dis pas tout. Je ne veux pas chanter la hache
qui tranchera le col, à moi, et puis à d'autres,
[...]
Je vais montrer que notre Troie eut un sort plus heureux
que la Grèce."

Chez Sophocle, qui m'avait ouvert la voie à la tragédie antique, on pleure beaucoup, le destin, tracé par les Dieux, frappe sans laisser une chance aux humains, ni aux enfants, ni aux héros ; quelle surprise de trouver chez Euripide cette rage, cette violence, cette haine. Des dieux, nous n'aurons qu'un chant : Athéna, si délicieuse d'habitude guidant Ulysse et les grecs à la victoire, aborde Poséïdon à la recherche de sa vengeance. Il est temps de faire payer les Grecs pour leur violence, pour leurs outrages. La pièce transpire d'une rébellion latente, tout est sans doute de le choix de se ranger du côté de Troie mais c'est amusant, Ulysse n'y est qu'un pervers rusé, Athéna une gamine prétentieuse, Hélène un objet de beauté, fuyant ses infidélités ; j'aime bien.

"Que trouvera bien un poète à graver sur ta tombe ?
"Ici gît un enfant que les Grecs ont tué tant ils en avaient peur".
Pour l'Hellade, quelle flétrissure qu'une telle épitaphe !
Enfin, frustré de l'héritage de ton père, tu auras cependant
son bouclier de bronze qui te servira de cercueil."

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