La misère de Michea.

Avis sur Les mystères de la gauche

Avatar Thomas_Babord
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Je faisais partie des derniers de mes copains de gauche à ne pas avoir lu "Les Mystères de la Gauche" de Michéa. On m'avait promis des merveilles, des perles d'intelligences, du renouveau de la pensée politique française. Au final, rien. Rien ou plutôt un vague amas de bêtises réactionnaires sans queues ni têtes. Bienvenue à réac-land :

La construction : Le livre est construit en deux parties, La première est une réponse à son ami Florian Gulli qui lui explique que, pour lui,"le terme de gauche" est un peu dépassé ou en tout cas qu'il lui pose problème. La seconde partie est une suite de concepts politiques abordés dans la lettre mais vu plus en détails. Nous verrons plus tard que tout ces points sont une succession d'arguments de la pensée de droite réactionnaire, mais intéressons-nous au style : Michéa, en grand intellectuel qu'il est, réussit l'exploit de placer au minimum trois références d'auteurs chics par page. La quasi-totalité de ses références sont évidemment des auteurs dits “de gauche” pour crédibiliser son propos tout en les détournant de leur sens premier.

Arrêtons nous sur les innombrables citations issues de "La Société du Spectacle" de Guy Debord. Cet ouvrage est un brulot anarchiste / d'extrême gauche qui a la particularité d'être strictement illisible pour qui n'a pas fait 5 ans de philosophie marxiste. En vrai, peu d'intellectuels l'ont lu et compris tellement il est ardu. Mais plus intéressant, ce livre est construit sur le principe du “détournement”, qui consiste à faire de fausses citations ou à attribuer à des auteurs des paroles qu'ils n'ont pas tenues. C'est un "livre-spectacle" aux limites de l’œuvre artistique. Pourtant Michéa prend des mots qui se suivent comme un puit de vérité absolu. Disons le nous : Michéa n'a jamais compris Debord, et Debord se serait bien foutu de sa gueule s’il était encore vivant.

Passons maintenant au fond du problème : Michéa, qui est pourtant marqué comme philosophe sur la couverture du livre, a écrit ce livre entier pour nous parler de l'éternel problème entre l'égalité et la liberté dans le monde politique. A la suite des nombreuses pages, Michéa nous explique en long en large et en travers que la gauche a raté avec l'égalité économique et qu'ils en font trop sur la liberté de mœurs. Ce qui est strictement faux si l’on prend un point de vue historique (Cf. l'URSS pour l'économie et le droit des femmes pour les questions de mœurs) mais passons. Ou pas. Le problème fondamentale de Michéa, c'est qu'il n'a aucune analyse historique : Il ne saisie pas l'aspect très temporaire de sa question qui s'est pourtant posé tout au long de l'histoire de la gauche. (Cf. Guesde contre Jaures, La SFIO contre le PS, Valls contre Mélanchon ...)

La gauche a déjà résolu ce problème depuis longtemps. Marx, Proudhon et tous les humanistes parlent d'émancipation, c'est-à-dire de la nécessité de faire avancer l'homme vers la liberté absolue. En premier lieu, la gauche a cherché à lutter contre l'économie capitaliste qui asservit l'Homme (ou l'aliène pour rester dans le jargon). Ensuite, pour libérer l'Homme, la gauche se donne pour objectif de briser les mœurs et les lois qui les emprisonnent. Le reste n'est que question de tactique.

C'est simple, vu milles fois, mais Michéa semble ne pas l'avoir comprit. Il critique coup après coup, le capitalisme et le libéralisme des mœurs en se perdant dans une suite d'explications illogiques. Sauf qu'au fil des pages s'installent peu à peu toutes les idées de la bonne vieille droite réactionnaire. Best of :

Dans tout le livre, Michéa se plein de la boboïsation de la gauche et de son caractère inaccessible pour le prolétariat, mais page 88 il change d'avis et regrette le temps où, en mai 1968, il y avait plus de débats théoriques entre groupuscules gauchistes (Les marins de Kronstadt !). Magistralement, il termine son chapitre en disant que "trente ans de promotions médiatiques de SOS Racisme et d'enseignement programmé de l'ignorance auront [...] suffi à engendrer ce singulier résultat". Mais arrêtons nous une minute : Qui est aujourd'hui au pouvoir à gauche ? Les enfants de SOS-Racisme que les 68ard n'ont jamais réussi à politiser ? Non ce sont les fils de bourgeois, anciens gauchiste, qui avaient 20 ans en 68, qui occupent tous les postes politiques et intellectuel. Ce sont eux les vrais responsables du déclin de la gauche actuelle.

Page 108/109 : Michéa se moque de la jeunesse et de la technologie dont il a peur (Comme tout les vieux) : "L'adolescent moderne - rivé à son MP3 et son d'écran d'ordinateur [...] ne saurait engendrer par elle-même aucun lien social véritable ni aucune rencontre authentique et désintéressé [...] Elle ne pourra donc jamais produire [...] que des relations humaines préfabriqué (Dont twitter et facebook sont aujourd'hui les paradigme les plus connue)".
Je pense que toutes les familles des jeunes arabes qui se sont prit une balle dans la nuque lors des révoltes de 2008 pour avoir un peu trop parlé sur facebook et twitter apprécieront.

Page 111 : "[les couples homosexuels en mal d'enfant ] ils ne représentent, en tout état de cause, qu'une infime minorité de la communauté gay, laquelle, en général est plutôt d'humeur joyeuse et libertine" . Arrêtons nous sur cette phrase. Que Michéa soit homophobe, c'est une chose, qu'il se prétende philosophe et qu'il utilise l'argument naturaliste est beaucoup plus grave. Par nature des êtres seraient "en générale" comme ci ou comme cela. On aurait aimé qu'il nous décrive comment sont en général les femmes ou les arabes...

Page 115, en bon nationaliste, il fait l'apologie de l'identité nationale. Michea tente d'expliquer que le capitalisme ne peut se détruire qu'avec le nationalisme. Quel blague ! Est ce que quelqu'un peut expliquer en quoi une frontière peut réduire les inégalités ? Est-ce qu'au moyen-âge ou à n'importe quel époque d'avant la mondialisation l'exploitation n'existait pas ? En quoi l'identité nationale et donc française peut combattre l'accumulation du capital ? C'est juste débile. Pardonnons le, Michéa a du sauter le chapitre sur "l'internationalisme" de Marx. C'est pour cela qu'il ne comprend rien à la gauche.

Michéa conclue le bouquin par ce principe ridicule qui est la "common decency" qu'on pourrait traduire par "la décence commune". Au delà de l'aspect de "politique du bon sens", que l'on retrouve chez tout les réacs, il y a dans cette expression un vide idéologique sidérale. Qu'est ce que c'est que la décence ? Qu'est-ce qui nous est commun ? Qui détermine la décence et le commun ? Est-ce que rouler en Audi c'est décent ? Parce que c'est commun chez les riches. Est ce que vivre avec 3$ dollar par jour c'est décent ? Pourtant c'est commun en chine ! Est ce que ce faire tabasser par des fachos parce qu'on est Homo c'est décent ? parce que c'est commun en Russie…

Bref, à l'heure où la gauche est en train de crever la bouche ouverte, Michéa écrit des idioties d'un autre âge.
Mauvais signe : Alain Soral comme la plus part des rouges brun français ont déjà lu "Les mystères de la gauche" et lui font une promo d'enfer sur le net.

Tentons de leur résister.

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