Liberté autoritaire du management sous le IIIe Reich et après

Avis sur Libres d'obéir

Avatar Philippe Lou
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Libres d’Obéir est le dernier livre de l’historien spécialiste de l’Allemagne nazie Johann Chapoutot sorti en ce début d’année 2020. Le sous-titre Le management, du nazisme à aujourd’hui m’a particulièrement interpellé, ayant développé une expertise professionnelle pour le premier et une connaissance pour le second lors de mes études.

Et si je dois émettre une critique particulière à cet ouvrage qui est très intéressant c’est sans doute ce sous-titre légèrement racoleur. Car il ne s’agit pas ici d’une histoire du management mais bel et bien d’un livre d’histoire qui porte sur le développement des principes managériaux par des nazis afin de répondre à la volonté de conquête du monde du IIIe Reich. Il explique comment des éminents SS ont élaboré des principes qu’ils ont ensuite pu (en enlevant l’antisémitisme et autre concept totalement abject nazi) utiliser et développer tranquillement dans leur vie après sans être inquiété pendant des décennies. Le livre se centre plus particulièrement sur Reinhard Höhn (1904-2000) autour duquel s’est constitué un des instituts de formation pour cadres les plus reconnus d’Allemagne (Bad Harzburg) et par lequel sont passés des centaines de milliers de cadres Allemands de plus de 2000 entreprises différentes dont les plus grandes.

Ce livre n’est pas du tout une critique du management en tant que tel et ne dit absolument pas que les managers sont nazis comme l’a pu comprendre un professeur de management d’HEC qui s’est insurgé stupidement contre ce livre. J’espère sincèrement qu’il ne l’a pas lu, car si c’est le cas et s’il est sincère le biais cognitif dont il a fait preuve est porteur d’énormes doutes quant à sa capacité d’analyse. Je pense qu’il a plutôt lu l’introduction, puis l’épilogue où Chapoutot questionne le sens de notre société et de la valeur du management aujourd’hui.

Pour la quasi-totalité du livre on découvre le développement du système nazi et des principes de management qui devaient répondre à la question de comment faire plus avec moins de ressources, en donnant du sens collectif, en reprenant la tactique par la mission que l’armée prussienne développa après sa défaite de 1806, et instituant la délégation de responsabilité, la liberté d’obéir...
Pour tout manager ce livre est forcément quelque peu perturbant car il met en lien certaines pratiques bien répandues aujourd’hui avec leur montée en puissance et développement sous le troisième Reich (gratification, délégation de la responsabilité, management par objectif – même si d’autres méthodes ont concurrencé puis supplanté largement celle de Bad Harzburg, liberté de choisir les moyens mais pas la fin, etc. …). Perturbant mais sans doute bien utile afin de se poser des questions pertinentes sur le sens et la finalité de telles ou telles habitudes ou directives. Mais comme je l’ai dit ce n’est pas un livre sur le management mais bel et bien un livre d’analyse historique.

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