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Malevil

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Venant d'un auteur ayant reçu le Goncourt, je m'attendais à quelque chose de grand, et le résultat dépasse toutes les espérances possibles. Le thème post apocalyptique a été abordé en littérature et au cinéma de nombreuses fois mais je n'ai jamais trouvé de coup de cœur réel. La faute à des manques de réalismes et de profondeurs des univers qui se limitaient au minimum syndical.

Mais ce roman a pulvérise le genre à lui tout seul, pour ne pas dire donne ses lettres de noblesse à ce genre. Publié en 1972, soit 18 ans après Ravage de Barjavel.

Son roman est un sacré pavé mais à peine rentré dans cette univers où le monde a été détruit par une bombe "propre", on peine à le quitter avant d'avoir atteint la dernière page. Et pour cause, le livre mène un rythme assez rapide digne d'un film d'action et en même temps, il propose une réelle réflexion sur l'humanité comme peu de livre savent le faire.

A l'instar d'un huit clos, où les deux seuls lieux connus sont le château de Malevil et le village de La Roque, on suit un panel de personnages, qui tentent de survivre, de se réorganiser, de réapprendre à vivre avec les moyens du bord. Entre les hordes de pillards et les petites luttes de pouvoir intestines qui tentent de naitre, les protagonistes découvrent la vie telles qu'elle était au moyen âge. Malevil, vieux château féodal incarnant la renaissance d'une civilisation et la régression technologique. Peu de livres de ce genre se déroulent dans un milieux rural aussi bien décrit et tellement réaliste.

L'analyse sociologique de cette micro société est parfaite, chaque personnage y est méthodiquement analysé et critiqué. La critique de la notion de démocratie et de dictature y est des plus intéressantes. Toute personne qui veut prétendre à diriger un groupe d'homme doit être un minimum calculateur et machiavélique pour satisfaire la volonté de chacun et désarmé les disputes.
L'analyse du confort de notre société moderne et du progrès technologique mène le lecteur à s'interroger sur son mode de vie. Mais le thème majeur du roman reste la religion. La place dans la vie des personnages avant et après le cataclysme, et sa nécessité non en tant que philosophie de vie mais instrument communautaire et de socialisation.

Ce roman est profondément humaniste et optimiste, il fait réfléchir sur la place de l'homme et sur ses erreurs passées. Le propos est d'une profondeur rare en littérature et tellement juste pourtant cela n'empêchera pas au lecteur de se détendre au rythme des invectives de la Menou envers Momo : "Tu veux mon pied au cul, Momo !".

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