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La misère de la courtisane

Avis sur Meijo - Les Sentiers des astres, tome 3

Avatar Igguk
Critique publiée par le

Encore une fois il m’aura fallu du temps pour arriver au bout d’un roman de Stefan Platteau, ce qui était déjà le cas pour Shakti, sans que ce soit un problème de qualité pour autant.

C’est que Meijo, troisième tome des sentiers des astres nous demande encore de prendre notre temps, on flâne sur ses chemins, on prends des détours et on admire les paysages.

Après les évènements du second tome, nous suivons toujours l’équipage du capitaine Rana alors qu’ils se sont réfugiés chez les Teules mais y’a pas trop une bonne ambiance. Les tensions, les soupçons, les regards de travers, les méchants chelous qui les traquent… Tout ça pèse sur la cohésion du groupe mais il faut continuer la route, à la poursuite du Roi-Diseur pour sauver leur nation. L’auteur reprend son principe de double narration en alternant les récits du présent et les personnages qui se racontent au coin du feu, sauf qu’ici nous allons en fait continuer le dit de Shakti parce qu’elle nous avait un peu arnaqué la dernière fois : on avait pas fini son aventure !

Dans ce contexte, ce qui m’accroche toujours c’est la dynamique des personnages. Depuis le début on est allés de mystères en révélations, de trahisons en actes de bravoure, le groupe entier prend corps et vit vraiment. Suite aux révélations des tomes précédents, on a un équilibre fragile, il y a de la tension et de la méfiance, mais chacun a ses motivations, on ne tombe jamais dans le manichéisme. Le barde est maintenant le vrai pivot du groupe, tout le monde se repose sur lui et il arrive tant bien que mal à maintenir un semblant de cohésion malgré les animosités. J’adore l’équilibre qu’il arrive à mettre en place avec Manesh notamment, un mélange de méfiance, de respect et de fascination que partagera certainement le lecteur. Stefan Platteau s’amuse à nous dévoiler son histoire par petites couches successives de mystères qui planent, se dévoilent, puis on se rend compte que finalement non c’était pas ça, puis hop coup de théâtre ! Il y a des aller-retours entre secrets, révélations, mensonges et vérités donc le lecteur finit par scruter les réactions de chacun, comme les protagonistes.

La partie qui m’a bien moins convaincu est la suite du récit de notre courtisane. Ce troisième roman nous raconte son exil en compagnie de Meijo et de l’enfant qu’elle porte en elle. On va nous raconter leur plongée dans la misère, le désespoir, les bas-fonds des cités où prostitution et vol seront leurs derniers recours. La courtisane vit avec son homme une relation vraiment malsaine, le gars est un pervers manipulateur de haut vol, il la traite comme de la merde et la récompense d’un minimum syndical d’attention. C’est certainement l’intention mais c’est laborieux, j’ai fini par m’ennuyer. Cette histoire traine sur tout le roman mais n’apporte pas beaucoup d’avancées phénoménales. Ils vivent dans la misère, s’abritent, voyagent, se débrouillent, ont parfois de la chance, parfois moins, mais grosso modo c’est les chroniques d’un couple de sans-abris dysfonctionnel. On oublie un peu le merveilleux, la magie de cet univers, les découvertes étourdissantes, on se contente d’assister à leur misère affective et matérielle. Ça m’a un peu soulé même si les cent dernières pages y apportent du neuf.

Heureusement, le retour au présent est toujours un enchantement, j’attendais les passages de Fintan avec impatience pour retrouver la magie et le suspense qui m’ont porté jusqu’ici et qui me pousseront à me jeter sur la suite. Meijo nous emmène encore plus loin dans l’Outre-Songe en compagnie des Teules, à braver les dangers et le temps pour poursuivre leur épopée, chasseurs et proies à la fois. Les sentiers des astres a toujours cette aura particulière, cette ambiance enchanteresse à travers les forêts magiques pleines de merveilles et de dangers. L’écriture est poétique, toute en sensation, en envolées et en détails qui fourmillent pour happer le lecteur. Mais le prix à payer est cette lenteur, on se rend compte que pour ses 460 pages bien tassées il ne se passe finalement pas tant de choses que ça. Il faut en être conscient avant de se lancer, mais encore une fois ce n’est pas un défaut. On suit un voyage, avec ses fulgurances et ses temps contemplatifs, ses repos, ses dangers, ses merveilles.

Moins convaincant dans sa partie « flashback », Meijo reste une lecture prenante qui prend le temps de nous amener encore plus loin dans ce monde d’inspiration indienne en compagnie d’une troupe de personnages toujours passionnants à suivre.

http://ours-inculte.fr/meijo/

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