Les celtes à l'honneur

Avis sur Même pas mort - Rois du monde, tome 1

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Jaworski avait fait une entrée fracassante en fantasy en 2007 et 2009 avec ses récits du vieux royaume, tous ceux qui ont eu le bonheur de les lire ne sauraient me contredire sur ce point. L'accueil enthousiaste fut quasi unanime, et il tardait logiquement à beaucoup de néo-fans de découvrir sa prochaine production, histoire de confirmer, s'il en était besoin, le talent du conteur.

Même pas mort était annoncé sur le site des moutons électriques depuis près d'un an ; l'attente fut longue, évidemment, mais au fil des mois quelques bonnes nouvelles ont filtré, contribuant à la rendre supportable. Le thème, d'abord : une sorte d'uchronie celtique, dont les quelques lignes de présentation annonçaient une intrigue fort alléchante ; et le format, ensuite : une trilogie, dont chaque branche paraitrait entre 2013 et 2015.

L'ouvrage sort directement en hardcover, relié, toilé, cousu, sous jaquette. Si l'on peut déplorer que l'ouvrage est un peu triste d'aspect (notamment comparé à Gagner la guerre qui bénéficiait d'une magnifique couverture), on ne peut que saluer la robustesse de l'ouvrage (toujours comme neuf après lecture), ainsi que son grand confort de lecture. Du beau travail des moutons, comme d'habitude.

Donc, de celtes il est question dans Rois du monde. On suit les aventures de Bellovèse, personnage légendaire dont l'historicité n'est pas vraiment attestée, mais qui a son entrée, certes modeste, sur quelques sites d'histoire ; utile pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le personnage, et avoir quelques pistes (succintes !) sur la suite probable de la trilogie, indices déjà habilement semés d'ailleurs, pour qui sait fouiller, dans ce Même pas mort.

L'intrigue commence de manière assez simple : Bellovèse, fils de roi, est en exil depuis son enfance depuis que son oncle a assassiné son père pour lui confisquer son royaume. Des années plus tard, le tyran se souvient de lui, et l'envoie à la guerre, en espérant que le sort se chargera de régler ce délicat problème d'héritage. Mais un accident survient, l'encombrant roitelet n'est pas mort...

Cela démarre donc plutôt bien, et on adhère assez vite au récit, on sent qu'on va passer un bon moment. Mais peu à peu, ça s'emballe, ça commence à secouer ! D'un récit assez terre à terre, aux allures de roman historique, on va basculer vers le fantastique, et croiser des personnages tous plus fascinants les uns que les autres. L'intrigue est superbe, exaltante, et s'achève au même rythme qu'un galop de jument !

Question écriture, si le début du roman est plutôt sobre, Jaworski prend peu à peu ses aises avec son sujet et libère sa plume. Les descriptions de la Gaule sauvage sont magnifiques, et donnent clairement la nostalgie de ces temps passés. On se découvre une passion pour la culture celtique, dont on découvre avec curiosité les caractéristiques soigneusement respectées dans le récit. A plusieurs reprises, je me suis pris au jeu de l'historien-géographe amateur, en vérifiant l'historicité de tel personnage, ou en cherchant les noms modernisés de tel village ou de telle rivière (les entrées "bituriges cubes" et "Gaule" de wikipedia fournissent d'ailleurs des cartes fort utiles au lecteur). On savoure également le soin extrême qu'il semble avoir mis à la conception de chaque phrase, tellement elles regorgent de mots savamment et judicieusement choisis ; le plaisir de lire atteint parfois des sommets, et ce premier opus devient l'un de ces romans, rares, où l'on jouit autant du voyage que de sa conclusion.

Même pas mort aurait mérité la même couverture médiatique que d'autres romans non estampillé "imaginaire". La route est encore longue vers l'ouverture complète des esprits. Il n'empêche qu'à mes yeux, vous l'aurez compris, c'est l'un des romans de l'année !

La terre que je porte dans mon cœur, c'est une région de champs
étroits, où l'ivraie et le chardon se mêlent à l'épeautre et à
l'engrain. C'est une région de rivières douces, qui s'alanguissent
dans des lits de cailloux blancs en été, qui roulent des tourbillons
sombres sur les berges et les prairies lors des crues d'hiver. C'est
un pays de pâtures grasses, de fondrières fleuries, de ruisseaux
vagabonds, de forêts enchevêtrées où le jour perce en ondées dorées.

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