Un (tout petit) peu surestimé

Avis sur Nos étoiles contraires

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L'oeuvre de John Green m'a été principalement enseignée via l'invention étonnante qu'est internet. « Vlogbrothers », chaîne youtube entretenue par l’auteur et son frère, a suscité un engouement quasi-hystérique de la part des utilisateurs du réseau social ainsi que ceux de Tumblr, engouement que j’ai eu beaucoup de mal à comprendre (j’ai tendance à croire qu’encourager ses followers en les considérant comme des êtres uniques et exceptionnels n’est fait que pour être reconnu comme étant une personnalité philanthropique et d’une gentillesse inhumaine… moi ? sceptique ? jamais). En toute honnêteté, j’étais assez hostile vis-à-vis de la personnalité de John Green, sans pour autant avoir le moindre argument. J’ai donc décidé récemment d’acheter et de lire The Fault in Our Stars, best-seller #1 du New York Times et noté 8.5/10 sur SensCritique pour voir ce qu’il en retournait, non sans un certaine méfiance.

Je dois avouer que j’étais assez surprise de l’œuvre dans son ensemble, même s’il y a tout de même quelques points négatifs à apporter au livre qui ne gênent pas non plus l’histoire en elle-même.
The Fault in Our Stars relate donc l’histoire d’une jeune fille de 16 ans nommée Hazel qui souffre d’un problème de poumons (quelque chose comme un cancer, enfin la merde). Chaque semaine, elle se rend dans un club de jeunes cancéreux où elle raconte, avec d’autres jeunes, sa vie, son diagnostic et sa souffrance en tant qu’adolescente plus ou moins active avec des poumons plus ou moins mal foutus. Elle est un peu asociale sur les bords (ah bah oui elle lit des auteurs hollandais tu t’attendais à quoi aussi), porte des t-shirts de Magritte et on s’attendrait presque à ce qu’elle sorte d’un livre de Joe Dunthorne ou d’un film de Richard Ayoade (oui je parle de Submarine : elle a à peine 16 ans et va sûrement nous sortir sa collection de vinyles de Serge Gainsbourg et ses posters des Doors… doucement mec on est au fin fond de l’Indiana, pas à Camden Town… mais je digresse). Un beau jour, lors d’une de ses innombrables séances de discussions avec ses copains malades, elle rencontre un jeune homme : grand, l’air mystérieux avec une jambe en moins, qui la regarde d’une façon beaucoup trop déstabilisante pour être socialement acceptable. Là commence une histoire d’amour incroyable teintée de rebondissements, d’humour et de tristesse avec Augustus. Ils discutent beaucoup, parlent de livres ensemble et regardent V for Vendetta en comparant Hazel à Natalie Portman. Le paradis quoi.

Je vais d’abord commencer par les gros défauts du livre parce que même si je comprends l’engouement que ça a suscité, j’ai du mal à concevoir qu’une si grande partie adule le bouquin sans prendre conscience des parties qui tiquent un peu.

D’abord on va s’attaquer à Augustus : il est cool, il est grand, il est juste assez maltraité par la vie et en plus il te sort des phrases de malade quand tu te sens au bord du gouffre. Mais Augustus est un peu un branleur tout de même : il fait semblant de fumer des cigarettes éteintes parce que c’est une métaphore de la vie (jamais lu une connerie aussi grosse de ma vie, après les paroles d’une des chansons de One Direction) et puis il est fou amoureux de Hazel. Jamais un seul faux pas, et quand il en fait un il s’excuse en lui offrant le plus beau voyage qu’elle ait jamais espéré. Un peu trop parfait à mon goût ; sûrement anguille sous roche. J’aurais aimé que le personnage soit un peu plus développé, un peu plus sombre et moins « prince charmant et son cheval de pure race ».

Et puis Hazel : elle est un peu l’adolescente introvertie typique ; une seule amie proche (avec un accent britannique – no entiendo), le nez dans ses bouquins et visiblement assez mal à l’aise vis-à-vis de son corps (on comprend bien, aussi). Côômme par hasard elle s’entiche d’un beau gosse et côômme par hasard ils tombent amoureux l’un de l’autre. Cette relation avec Augustus manque de conflits : ils s’aiment, ils seront là pour l’autre quoi qu’il arrive, et puis ils partagent les mêmes passions alors que demander de plus ?... Une bonne bagarre et un déchirement conflictuel auraient sûrement aidé au lecteur à s’attacher un peu plus aux personnages.
Un dernier point plutôt négatif : le langage utilisé dans The Fault in Our Stars me laisse un peu perplexe. Qui, à l’âge de 17 ans, a sorti des punchlines aussi épiques que « My thoughts are stars I can’t fanthom into constellations » ? C’est beau, c’est fort, c’est profond, mais là ça confirme encore qu’Augustus est un personnage fictif qui n’existerait probablement pas dans la réalité, ou en tout cas serait probablement racketté dans la rue. Il en va de même pour Hazel Grace et ses envolées lyriques pour décrire un plat : à l’écrit d’accord, mais à l’oral faut pas déconner.

Passons tout de même aux points forts du bouquins, les points faibles n’étant finalement que des petits détails.
The Fault In Our Stars se lit très vite : à peu près 300 pages, et il ne m’a fallu qu’une demi-douzaine de trajets en train pour le dévorer. Le style de John Green est plaisant, les tournures de phrase ne sont pas trop capillotractées (sauf dans les citations de Shakespeare, mais là, on n’y peut rien, et dans les envolées lyriques de Hazel susmentionnées) et les moments de dialogues sont certes un peu étranges (« WHAT IS THIS LIFE ! » personnellement je me dis ça mais dans ma tête) mais très drôles. On voit bien que l’auteur ne s’emprisonne pas dans un passé idéalisé et il préfère se porter sur le présent en utilisant les nouvelles technologies dans son œuvre (sms, e-mails et autres joyeusetés). Et ça c’est cool.

Les histoires d’amour, c’est un sujet phare des œuvres d’art et c’est toujours bien d’en consommer. Même si cette histoire est un peu idéalisée, on reste quand même dans l’esprit d’une histoire purement fictive et l’auteur a tout de même le droit de faire ce qu’il veut de son bouquin, même en faisant de ses personnages principaux des philosophes écorchés vifs et des poètes de seconde zone.

Pour enfin terminer, The Fault in Our Stars est tout de même vraiment triste même si John Green ne se gêne pas pour mettre du cynisme çà et là. Le sujet principal de l’histoire est assez lourd à traiter, mais il y arrive et parvient à toucher tout le monde, avec une intensité variable. Le livre est à conseiller, sûrement en V.O. qu’en Français parce que je doute que les traducteurs réussissent à transmettent l’esprit de l’histoire de façon aussi forte que ce qu’a fait John Green.

On comprendra que The Fault in Our Stars contient certes pas mal de défauts assez superficiels mais n’est sûrement pas à éviter, tant il parle subtilement d’un drame aussi terrible qu’est le cancer et d’une horreur peut-être pire qu’est l’amour.

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