Bouleversant!

Avis sur Nos étoiles contraires

Avatar Heyden17
Critique publiée par le

Difficile de ne pas être dithyrambique à la lecture de ce livre et je crains qu’il ne me manque de superlatifs pour évoquer ce pur chef-d’œuvre. Et il faut le dire : Nos étoiles Contraires, c’est juste une énorme et vraie claque. Mais une claque, qui paradoxalement, fait du bien et je vais expliquer pourquoi tout en passant par la grande phase où mes glandes lacrymales s’en sont données à cœur joie.

Alors, pour contextualiser un peu, j’avais beaucoup entendu parler du titre. Et en flânant dans les allées de la Fnac comme je le fais souvent, j’ai jeté un œil sur les sorties dont celle-ci où il était indiqué « Coup de cœur du vendeur ». Le livre était pourtant sorti depuis un an... Forcément, cela intriguait encore plus en sachant que j’avais eu des échos du titre. Mais quelque part, je pense également que j’avais un peu peur de m’engager car rien qu’en lisant la quatrième de couverture, j’avais déjà le sentiment que cela livre allait me toucher comme jamais. Et finalement, j’ai décidé d’être le test de mon amie (elle avait peur de le lire), je me suis engagée dans la lecture pour ne RIEN regretter. Certes, c’est vrai que le livre a été encensé. On a presque l’impression qu’on est obligés de l’aimer. Mais le problème, c’est que c’est véridique. On ne peut pas ne pas aimer ce livre. Ou alors, on est réellement insensibles à ce qu’il dégage. En plus, en sachant qu’il allait y avoir l’adaptation en film, cela a été une motivation supplémentaire pour prendre mon courage à deux mains et m’engager dans ce drame aux accents pourtant doucement comiques. Vous hésitez à le lire ? J’espère alors avoir les mots pour vous convaincre de vous plonger sans réserve dans ce GRAND livre.

Oh que oui!!! Franchement, je suis obligée de me mettre au même niveau que tout ce que j’ai pu lire sur ce titre. Je risque de réellement m’épancher, mais il le faut.

Dans un premier temps, comme je l’ai dit ci-dessus, quand on lit ce livre, on se prend claque sur claque. Des espèces de petits coups de poing d'une certaine façon. C’est juste un concentré de moments intenses qui font réellement bondir notre petit cœur. Il faut donc être un peu courageux pour lire Nos Etoiles Contraires. On aborde tous les thèmes qui font peur à l’être humain d’une certaine façon : la mort, la maladie, le fait de ne plus être maître de son corps, la déchéance physique, la perte d’un être cher. C’est lourd, très lourd ! Mais John Green a ce talent sans précédent pour amener tout cela d’une manière « pétillante ». Cela pourra sembler très paradoxal, mais c’est réellement le cas. On rappelle quand même que les thèmes en question, on préfère les nier et quand, en plus, on sait que ce sont des adolescents au milieu de tout cela, on préfère d’autant plus les nier. L’adolescence étant une période où presque tout se vit. Or, pour Hazel et Augustus, c’est surtout pas mal de séjours à l’hôpital, des prises de sang, des séances de chimiothérapie, des analyses à n’en plus finir. On a constamment l’impression que le livre pourrait concourir dans la catégorie « Livres hyper méga déprimants parfaits pour les dépressifs ». Mais justement, ce n’est pas du TOUT le cas. C’est un livre terriblement cynique, mais très optimiste délivrant des messages tellement beaux qu’on s’en émeut. L’auteur semble avoir trouver le parfait compromis entre réalité difficile d’une maladie et envie justement de l’exploser (la maladie bien sûr) d’une manière originale.

Le roman de John Green est donc un mélange d’émotions trop grandes pour pouvoir toutes les décrire. Mais par contre, il a la judicieuse idée de ne jamais tomber dans le pathos. A aucun moment, il amplifie le drame de nos deux adolescents (et j’ajouterais également celui d’Isaac, ami d’Augustus). Non, l’auteur préfère plutôt nous servir une très belle histoire d’amour et d’amitié également mais, là encore, sans qu’on tombe dans le gnangnan. Et c’est vraiment très pertinent de la part de l’auteur : nos deux amoureux sont condamnés, tout devrait les presser d’une certaine façon, mais pour autant, c’est fait avec une finesse incroyable donnant l’impression que les choses sont vécues à leur rythme.

Et est-ce que je dois parler de l’écriture ? On se plonge dans le livre avec une avidité effrayante tant l’écriture est à la fois sensible mais incisive. L’auteur décrit les choses avec une certaine froideur (à travers le point de vue de Hazel) mais pas pour nous choquer car il reste totalement subtil dans ses propos. Je n’arrive pas à réellement décrire car il faut lire pour comprendre la portée de l’écriture.

Une romance entre deux êtres « cassés » :

Je fais un peu dans le mélo pour le coup, mais il ne faut pas en tenir compte car la romance entre Hazel et Augustus est exceptionnelle. J’ai rigolé (parfois aux éclats), j’ai été touchée, j’ai été meurtrie, j’ai beaucoup pleuré aussi, mais je n’ai, à aucun moment, dit que ce livre m’ennuyait. La complicité entre les deux fait juste des miracles. D’autant que derrière l’histoire, il y a également tout un enjeu autour de la recherche de l’auteur d’une Impériale Affliction qui se met en place.

Comment l’auteur parvient en à peine trois cent pages à mettre en avant : la tristesse, l’humour et l’humour noir, la légèreté, la douleur, le cynisme, l’amour, la subtilité et j’en passe ? Je me suis posée la question tout le long. C’est impressionnant cette façon qu’il a de passer du rire aux larmes en à peine quelques lignes parfois et sans nous heurter. Par ailleurs, la romance est tellement prenante qu’on a l’impression de tout ressentir. Quand Hazel comprend qu’elle est amoureuse, on a le sourire jusqu'aux oreilles comme si on vivait la chose également. On se sent charmés. Les deux personnages sont un moteur pour l’un comme l’autre, mais ils ne manquent jamais d’être cyniques sur leur condition d’êtres « éphémères » destinés à traumatiser leurs parents (oui, c'est ainsi qu'ils le voient, vous voyez donc la façon ils en parlent). Ce cynisme est juste génial. On arrive à voir que malgré leur jeune âge, ils ont vécu beaucoup trop de choses qu’ils n’auraient pas dû vivre et on espère un miracle pour eux tellement c’est mérité. John Green parvient donc à délivrer un discours porteur d’espoirs, mais toujours en nous rappelant que la fatalité s’abattra quand même à la fin de ce « road trip ». C’est déconcertant car ce n’est pas plus larmoyant que cela, mais brillant.

Il y a d’ailleurs une phrase qui m’a marquée, même si je pense que je peux les compter les phrases marquantes dans le livre :

« Je ne t’en voudrais pas Hazel Grace.
Ce serait un privilège d’avoir le cœur brisé par toi… »

Quand Augustus dit cela, je me suis dit que tout était dit. Tout se comprenait, tout devenait limpide. On comprend d’autant plus la force de son amour pour Hazel même dans l’inéluctable. J’ai terriblement admiré ces deux personnages si bien que c’est difficile de ne pas pleurer sur la fin (je crois que je ne m’en remettrai pas, je n’ose imaginer pour le film…)

Car, pour moi, les personnages sont le ciment de ce roman. Il n’y a pas de déséquilibre entre eux. Même si on n’a que le point de vue de Hazel, Augustus a une place très importante. On a la sensation que les deux se sont trouvés et cela passe par exemple par leurs dialogues toujours très stylisés. C’est remarquable la façon qu’ils ont de se parler entre eux comme s’ils procédaient à un exercice de style où ils cherchaient à être le plus cynique possible. C’est mordant, plein de peps, on arrive difficilement à ne pas accrocher à leurs discours, même quand ils évoquent la maladie. Il y a toujours une justesse dans leur façon de s’exprimer, ce qui les rend terriblement touchants. Ils arrivent à nous faire rire, on apprécie le côté un peu « farcesque » de leur situation alors qu’on ne devrait pas normalement. Ils sont tout bonnement authentiques et criants de vérité. On s’attache tellement à ces deux personnages que l’on commence également à voir les choses de manière funeste quand on arrive sur la fin du livre : va-t-on devoir réellement les quitter ? On ne le souhaite pas tellement ils ont su insuffler leur énergie fluctuante dans ce roman.

Hazel est une héroïne formidable. Elle a ce recul nécessaire pour aborder sa maladie, montrant qu’elle a grandi beaucoup trop vite malheureusement. Et par moment, on a envie de lui dire qu’elle a aussi le droit de ne pas toujours être forte, qu’elle peut pleurer, qu’elle peut en vouloir à la terre entière, qu’elle a entièrement le droit de hurler. Elle ne le fait que très rarement comme si elle s’imposait cette réserve. Augustus, c’est réellement l’âme sœur de Hazel. Il est d’un optimisme à toute épreuve, même quand il est hyper mal, il réussit à rester charmant sortant des phrases du type :

« - Les gens s’habituent à la beauté. (Hazel)
- Je ne me suis pas encore habitué à toi »

Par ailleurs, je dois quand même évoquer le rôle prépondérant des parents. Ils sont très présents eux aussi. Je n’ai pas été gênée comprenant parfaitement leur implication. Alors, oui, on voit souvent le père de Hazel en train de pleurer (même s’il tente de le cacher) ou la mère de Hazel omniprésente et qui a clairement mis sa vie en mode « pause » depuis qu’elle s’occupe d’elle. Mais cela montre surtout l’investissement permanent de ses parents. Car si Hazel survit, il en est également de même pour eux. Ils survivent à la peur de perdre leur fille à chaque instant. En effet, on peut parfois avoir tendance à oublier la maladie devant l’optimisme de nos personnages, et pourtant, elle est là. Sournoise, arrivant quand on s’y attend le moins et montrant alors nos personnages dans des moments qu’ils ne veulent pas montrer à l’autre. Et dans ces instants, on a aussi l’impression de retenir notre souffle… Quand Hazel est à court d’oxygène, on retient étrangement notre respiration… Quand Augustus est au plus mal, on ressent des frissons pensant que la fin arrive. Les parents sont donc aussi réalistes que nos deux personnages (que ce soit ceux de Hazel ou d’Augustus). Je vois difficilement comment ils auraient pu être autrement d’ailleurs.

Une histoire qui n’est pas juste :

Et pourtant, malgré tout, je suis déçue. Je suis déçue d’avoir été aussi révoltée par cette histoire qui définitivement n’est pas juste. Quand on lit le livre, on se dit qu’on n’a pas le droit de nous offrir une histoire aussi formidable pour amener une fin (qui n’en est pas vraiment une néanmoins) que je ne juge pas "fair-play". On soutient les héros, on espère quelque chose de bien et on n’est pas récompensés. Vous aurez compris que je suis déçue mais pas péjorativement bien sûr. Je suis déçue de constater que j’ai dû verser un litre de larmes parce que j’espérais autre chose. Quoi ? Facile à deviner, mais l’auteur nous avait préparés à cela dans le fond. Toutefois, on a mal (au sens propre). Il est difficile de ne pas ressentir de frémissements devant les nombreux thèmes qui se finissent nécessairement dans la tragédie. Cependant, ce livre n’est pas réellement tragique. Il respire en fait la vie. Chaque chapitre est une bouffée d’air frais. Les moments sont délectables, les clins d’œil nous font sourire, les personnages sont épiques dans le bon sens du terme. On ne nous cache rien de la réalité des personnages, mais la légèreté permanente du titre arrive à nous apaiser d’une certaine façon. Augustus y contribue largement. On a l’impression de rencontrer une très belle personne grâce à lui. Et s'il avait existé, on aurait eu envie de le rencontrer.

L’impossible est possible :

Pour moi, il est donc impossible de ne pas adhérer à ce titre. Cette gifle monumentale que l’on se prend est une magistrale leçon de vie. Un hymne à la vie en définitif, Carpe Diem, enfin, tout ce qui incite à arrêter de craindre ce qui n’est pas encore arrivé. Bien sûr, il faut se mettre en condition. On sait très bien que l’histoire ne pourra pas bien se finir (mais on essaie de se leurrer), mais ce roman est un BEAU roman, simple, sensible, juste mais qui inscrit une trace indélébile en nous. Je trouve qu’il n’a pas seulement sa place dans la catégorie « jeunesse » car il peut toucher un large public posant des questions pertinentes sur la vie, la mort et consorts.

Bref, je n’ai que deux choses à dire après ce long épanchement qui résume sans doute tout : merci et chapeau à John Green !

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