Ceci tuera cela.

Avis sur Notre-Dame de Paris

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Est-il possible d'aimer une œuvre autant que de la détester ?

Le cas est ici singulier. Ordinairement j'ai tendance à aimer une œuvre par pure satisfaction personnelle, mais Notre-Dame de Paris -1482 reste pour moi une sorte de mystère.

Victor Hugo est un grand parmi les grands, nul doute. Son style peut sembler parfois un peu pompeux ou même assommant, à tel point qu'il rebute certains lecteurs. C'est ce que Balzac a ressenti.
Pourtant, une fois plongé dans le corps du texte tout porte à croire qu'à l'âge de 29 ans Victor Hugo maîtrisait à la perfection son art. Pour peu que l'on accepte de se laisser porter au travers des onze livres, accompagnant Pierre Gringoire, Claude Frollo, Quasimodo, Esmeralda ou en encore Phoebus de Châteaupers, le lecteur ne peut ressortir indifférent du roman, qui préfigure à sa manière le combat d'Hugo contre les injustices et les inégalités sociales dont Les Misérables constituera 31 ans plus tard le fer de lance. (Il ne faut cependant pas oublier que Le Dernier Jour d'un condamné a été publié deux ans plus tôt, en 1829.)

Alors pourquoi n'aimé-je pas ce roman ? Si le style est si vibrant, que peut-il y avoir de si mauvais ?
La réponse est simple : Victor Hugo pastiche les "romans historiques", volant à Walter Scott le renom qu'il aurait dû avoir en France. L'auteur fait d'abord parler sa vision de l'Histoire avant de s'attaquer à la vérité historique, et ainsi en véritable romantique du XIXème siècle la fantasme plus qu'il ne l'atteint. Ce Moyen-Âge illusoire et chimérique est tout ce que je peux reprocher aux romans historiques, confortant l'ineffable inconciliabilité entre faits historiques et vision artistique .

Ainsi, la tentative de reconstituer "Paris à vol d'oiseau" en 1482 semble vaine puisque la réalité est déjà ravinée, et que l'imaginaire prend le pas. Louis XI subit le même sort devenant le rude "compère Tourangeau" lorsqu'il est masqué, façade la plus agréable que lui prête l'auteur. Le Louis XI de Victor Hugo est abrupt, arrogant, anguleux, lésineur, calculateur et violent, ce que les faits historiques n'attestent pas. Si "universelle aragne" il est, il ne l'est pas à la mode Hugo.

En lisant Notre-Dame de Paris et en ayant conscience qu'il a contribué, entre autre, à la légende noire de Louis XI, il apparait bel et bien que l'auteur, pourtant défenseur des monuments historiques et de l'Histoire, la sacrifie face à la morale: "j'aime mieux croire au roman qu'à l'histoire, parce que je préfère la vérité morale à la vérité historique."
Vérité historique et vérité morale seraient-elles si incompatibles que ça ? Faut-il arranger la vérité pour en faire un bon récit ?

Étant thuriféraire des Trois Mousquetaires, je concède le point, en admettant que les lecteurs après l'histoire seront assez curieux pour oser se plonger dans l'Histoire et faire la part des choses, en ne tenant pas pour acquis les vérités énoncées par Victor Hugo, et espérant que la prédiction "Ceci tuera cela" ne soit pas vraie et que le livre ne tue pas l'édifice.

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