Petit Pays, Grand Récit

Avis sur Petit Pays

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1ere partie:
C'est la vie au Burundi
C'est l'Afrique métisse et cosmopolite où la démocratie s'installe
C'est le chahut des amis d'enfance qui grandissent dans une relation privilégiée avec la nature
C'est la famille heureuse avec un père français aux affaires florissantes, une mère rwandaise à la beauté célébrée et une petite sœur intelligente et soigneuse.
C'est l'école, les gamineries, les premiers émois.
Cette première partie est plaisante, certains passages sont d'une poésie rare, on est à deux doigts de prendre ses billets pour partir au Burundi pour les prochaines vacances tellement ça a l'air paisible, protégé, idyllique. Il y a parfois des grosses ficelles stylistiques qui viennent un peu affaiblir le texte (des énumérations à la Amélie Poulain, des situations tout droit sorties de la Guerre des Boutons, etc.) mais cela reste touchant, personnel, intéressant, exotique.

2eme partie:
C'est la guerre au Rwanda
C'est l'opposition Hutu et Tutsi
C'est le divorce des parents, puis la guerre, et enfin l'exil.
C'est le dilemme entre fuir et rester, entre se venger ou tendre l'autre joue, entre devenir barbare à son tour ou continuer d'espérer
C'est la peur, le désespoir, la nostalgie de l'enfance, le refuge des livres
C'est l'angoisse de ne pas savoir si sa famille de l'autre côté de la frontière est encore vivante.
C'est la violence d'une société où ceux qui travaillaient ensemble hier s'affrontent aujourd'hui à cause de la forme de leur nez.
C'est l'explosion des conflits larvés qui paraissaient anodins dans la première partie du livre.
Cette seconde partie est incroyable, dense, sensible, captivante, angoissante. La famille du narrateur vit le génocide rwandais depuis l'autre côté de la frontière alors que la guerre entre hutu et tutsi se diffuse progressivement depuis le Rwanda jusqu'au Burundi. Le narrateur raconte comment il fait l'apprentissage de la violence alors qu'il devient jeune adolescent: la violence d'une famille qui se déchire, la violence de la folie d'une mère et d'un pays. La première partie (à la limite du naïf) prend plus de poids, on comprend l'importance de ce paradis perdu en avançant dans le récit qui devient de plus en plus sombre et pesant. C'est bien écrit. Cela renvoie une image proche, complexe, humaine de l'Afrique. La force du récit est de rendre le drame rwandais universel, transposable à l'Europe: ce narrateur petit garçon a eu la même enfance que vous, et pourtant, il a vu ses voisins exterminer quelqu'un à cause de la forme de son nez. Une lecture accessible et salutaire, pour se souvenir et grandir.

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  • Livres
    Couverture Mother

    Livres lus en 2016

    Avec : Mother, Je suis toujours favela, Le Neveu de Rameau, Confidence pour confidence,

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