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Quand le cerveau devient masculin par Surpris

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Jacques Balthazar est un neuroendocrinologue belge. Chercheur au sein du Groupe de Recherche en Neuroendocrinologie du Comportement à l'université de Liège. Zoologue de formation, il expliquera dans le livre (en plus de présenter les différences hommes/femmes et le pourquoi du comment) ce qui l'a poussé à devenir endocrinologue.

Je dois préciser avant tout chose que le livre est extrêmement agréable à lire, court (229 pages) et tout à fait compréhensible dans l'ensemble. Tout ce qu'il dit est sourcé, et il y a même un lexique à la fin pour ceux qui ont oublié certaines notions vu en SVT (même si certains passages restent difficile à la compréhension si on n'a pas le bagage scientifique adéquat, ça reste très accessible).

Si Jacques Baltahazart a décidé de rédiger ce résumé succinct (comme il l'appelle), c'est parce qu'il n'existe aucun livre sur ce sujet en France alors que dans les pays anglophones, ces différences sont reconnues et sont largement connues du grand public. Le NIH (National Institutes of Health) aux Etats-Unies impose désormais que toute demande de crédit de recherche considère impérativement les différences sexuelles affectant le ou les processus étudiés (on reviendra sur l'importance de la différenciation en médecine plus tard).

Pourquoi n'y a t'il aucun livre et très peu d'articles sur ce sujet en France ? Résistance au nom de l'égalité, au nom du libre arbitre, au nom du tout-éducatif (il y a foison de livres pour ce parti pris), pour des motifs louables mais qui n'ont pas forcément lieu d'être.

En effet, Balthazart va être assez critique des partisans du tout culturel, et démontera certaines de leurs critiques, mais sera toujours scientifique et pédagogue. De plus, il n'est absolument pas contre l'influence de la culture sur les comportements, au contraire, il est partisan que les deux fonctionnent main dans la main (il le dit lui même, la neurobiologie n'exclut pas le rôle de l'éducation et du social, elle dit juste que c'est un paramètre supplémentaire, mais sur des bases biologiques). De plus, les théologiens ne sont pas exempt de critiques. Enfin, l'auteur est conscient que la science n'est pas exact et peut parfois se tromper (il donne l'exemple de la phrénologie) et que certaines observations/données risquent de changer, mais comme il le dit :

Il est extrêmement probable que le détail des conclusions présentées se modifiera en fonction de nouvelles études qui seront réalisés, mais la conclusion principale concernant l'existence de bases biologiques importantes aux comportements humains a peu de chances d'être jamais invalidée.

On y apprend que le cerveau initial serait féminin, remettant en cause l'Adam primordial, bien qu'on apprenne plus tard le programme de base de développement et du comportement pourrait bien être masculin (celui d'Adam). Ce serait la testostérone qui le dé-féminise. Cette hormone masculinise le cerveau in utero (rôle organisationnel) pour le rendre réceptif plus tard (rôle activateur, comme un bouton marche/arrêt). Un processus très net chez le rat par exemple, la testostérone déclenche un pic les 2 semaines précédant et suivant la naissance. Ce qui aboutit à des différences anatomiques identifiables (par exemple un noyau plus gros dans telle zone du cerveau chez les oiseaux mâles et qui nous permet de prédire qu'ils vocaliseront beaucoup plus que les femelles). Le rôle des hormones est aussi très bien mis en valeur chez les campagnols : il y a ceux des montagnes, polygames, et ceux des campagnes, monogames, fidèles, tactiles ; pas de mystère, ce sont 2 hormones qui gèrent leur « sentimentalisme » ou son absence : chez le campagnol des campagnes les taux de certaines hormones sont beaucoup plus élevés (ocytocine chez la femelle et vasopressine chez le mâle) ; on peut d'ailleurs faire varier ces comportements en faisant varier les taux hormonaux.

Des études ont été réalisés sur des adultes, enfants et bébés, parmi les différences, pas de grande révélation sur ce que l'on sait déjà : Les hommes ont une tendance à systématiser tandis que les femmes seront plus enclin à l'empathie. Pour décrire un trajet, l'homme préférera employer des repères "absolus" (distances, points cardinaux), quand la femme préférera des repères plus précis, des détails de l'environnement. Les femmes ont un investissement reproducteur bien plus grand que celui des hommes. Les femmes ont une meilleur aptitude au langage, tandis que les hommes ont une meilleure spatialisation. Les garçons préfèrent ce qui bouge (dans 92% des dessins réalisés pour une étude contenait des objets mobiles) et passeront plus de temps sur des "jeux de garçons", tandis que les filles préféreront dessiner des personnages, des fleurs et des papillons et passent plus de temps sur les "jeux de filles". A notez que la différence innée masculin/féminin est visible aussi chez les jeunes primates : les chimpanzés mâles privilégient les jouets qui roulent, alors que les femelles vont plus spontanément prendre des "poupées" !

Difficile de faire intervenir ici la pression sociale...

Après, ce n'est pas parce qu'il y a des différences innées et de meilleures aptitudes pour certaines actions entre les hommes et femmes que cela empêchent les femmes d'avoir une meilleur spatialisation ou les hommes de passer plus de temps auprès de ses enfants, on s'entend.

Ces différences sont importantes, comme mentionné plus haut, en médecine par exemple. Toutes les maladies sont sexuellement différenciées, et doivent donc recevoir des soins différenciés pour les deux sexes. Or la plupart des recherches sont effectués sur les hommes pour ne pas déranger les complications liées aux variations hormonales et d'éviter d'administrer des médicaments aux risques mal connus à une femme enceinte à son insu. Il serait urgent de reconnaître ces différences et d'en tenir compte pour établir l'application des thérapies chez les femmes, et des nombreuses voix se sont fait entendre à ce sujet tant en anglais qu'en français.

L'auteur abordera aussi la question des perturbateurs endocriniens (passage édifiant !) de l'homosexualité et du transgenre, et même si ce n'est peut être pas la partie la plus intéressante, elle reste, comme l'ensemble du livre, extrêmement instructive, tout en utilisant le vocabulaire précis (de quoi clarifier certaines notions chez les chofas... jusqu'à ce que d'autres mots soient inventés...)

Ah oui, un dernier point très important : le livre est remplit d'humour. Rien que pour l'anecdote de la conférence de l'eugéniste allemand, une étude impliquant un strip-club, et quelques autres touches d’humour ça et là, le livre vaut d'être lu ;-)

Sur ce, je laisse Jacques Balthazar terminer cette critique:

arrêtons de poursuivre des chimères. Si j'avais un message à transmettre dans ce livre où percent, je l'espère ma passion pour la science fondée sur les preuves et ma volonté de diffuser les connaissances contre les dogmes et les préjugées, ce serait celui-ci : il est temps de regarder les différences entre cerveaux masculin et féminin, et d'en tenir compte pour créer une société d'égalité de droits entre les femmes et les hommes, plutôt qu'une société basée sur le mythe de leur identité.

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