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Utopie ou Dystopie ?

Avis sur Ravage

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Critique publiée par le

Ce roman divise, ce n'est pas peu dire. Il suffit pour cela de lire les nombreuses critiques présentes ici pour s'en apercevoir !

J'ai l'impression que la question à se poser sur ce roman est : Barjavel véhicule-t-il ses idées persos, ou est-ce une contre-utopie ? Les avis très contrastés sur cette oeuvre viennent sans doute de cette différence d'interprétation ! De mon côté, je penche plutôt pour la seconde explication, pour 2 raisons :

1) L'horrible système patriarcal de la dernière partie du roman se livre à un acte que Barjavel ne peut soutenir, au grand jamais : il brûle les livres. Aucun écrivain ne pourrait cautionner cela, aussi extrêmiste que soit son idéologie, ce serait se renier soi-même. Je n'y crois pas, en tout cas.

2) Pour mieux percevoir la pensée de Barjavel, il me parait indispensable d'avoir lu "la faim du tigre", texte dont il disait "je donnerais tous mes livres pour celui-ci". Je ne suis pas certain que tous ceux qui tirent à boulets rouges sur Ravage l'aient eu entre les mains ! Il s'agit des reflexions de l'écrivain sur des questions fondamentales : le sens de la vie, Dieu, la religion, la guerre, etc, et l'attachement qu'il lui portait révèle l'importance qu'il accordait à ce qu'on s'y arrête, peut-être justement pour mieux interpréter le message à demi-caché de certains de ses romans. Or, que dit-il, dans la faim du tigre ? Deux exemples : "Rien ne justifie la guerre. Jamais." C'est limpide... Ensuite, il critique vertement la religion, qui selon lui, a visiblement échoué à répondre aux questions fondamentales, témoin cette réflexion sur l'oeucuménisme : "les églises, sentant le vide les ronger de l'intérieur, se rapprochent les unes des autres comme des poules malades dans un coin du poulailler. L'oecuménisme, ce n'est pas la tolérance qui l'inspire, c'est l'inquiétude. Ce n'est pas une renaissance qu'il annonce, mais une leucémie." Qu'on partage ce point de vue ou pas, ce n'est pas la question ; il est par contre très révélateur de ce qu'il doit lui-même penser de la société qu'il dépeint dans Ravage, où le "héro" devient un chef spirituel tout-puissant et ultra-violent.

La date d'écriture du roman lui donne alors, il me semble, tout son sens : 1943, parmi les années les plus dures du nazisme. Comment ne pas voir un parallèle entre la disparition de l'électricité et l'invasion nazie, entre la plongée d'un monde dans les ténèbres et la terreur de la seconde guerre mondiale, entre un polygame violent et un tyran à moustache ? Et si Barjavel s'attache à rendre ce personnage ignoble, abject, c'est bien pour susciter l'effroi ; c'est pour dénoncer, et non pour encenser !

La critique est bien entendu à demi masquée, sans doute par peur d'une répression sanglante au coeur de la guerre la plus épouvantable de l'Histoire, mais comment ne pas le comprendre ? Elle ne me parait pourtant pas inaccessible, loin de là. On reconnait facilement à d'autres oeuvres tout aussi perturbantes d'être des dystopies (je pense notamment à l'invraisemblable "Quinzinzinzili", de Régis Messac) ; Ravage mérite le même titre à mes yeux.

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