Prometteur puis décevant

Avis sur Ravage

Avatar Tar-Aldarion
Critique publiée par le

Le livre commence de la plus belle des manières, la description progressive de cet univers imaginé par Barjavel est particulièrement intéressante, tout en nous permettant de découvrir petit à petit les personnages qui seront les clés de notre intrigue. On sera cependant parfois amusé de la vision du futur que l'on pouvait avoir à cette époque, en étant parfois très en avance (la vitesse des trains) et à d'autres moments très en retard (l'appareil permettant qu'une personne vous lise à haute voix ce que vous tenez entre les mains). On y découvre un personnage principal attachant, notamment dans sa quête pour séduire Blanche. François l'étudiant a alors tout du jeune homme moderne idéal.
Le seconde partie, qui nous décrit le cataclysme, et constitue le cœur du roman, est à mon sens également réussie. On y trouve les prémisses de la survie de nos personnages contre vents et marrés. Tantôt très intéressante, notamment la partie décrivant l'usine qui sera cambriolée, le début de l'organisation en groupe, tantôt très déstabilisante, quand François ordonne à un de ses hommes d'exécuter l'ensemble des membres d'un autre groupe.
La suite n'est malheureusement que déception sur déception me concernant. La fuite vers la campagne ne nous donne qu'un seul passage que j'ai trouvé intéressant, celui se passant dans un hôpital psychiatrique, on y trouve une créativité assez captivante, une certaine originalité. J'ai dans un premier temps pensé qu'il s'agissait d'un des points d'articulation du livre, qu'il nous mènerait vers l'explication plus détaillée de la catastrophe. Il n'en est malheureusement rien, puisque cet épisode est oublié dès qu'il est terminé, c'est vraiment dommage. La fuite en elle-même est assez rébarbative, on y retrouve systématiquement la difficulté à s'orienter, le manque d'eau et de nourriture, la fatigue, rien de très original, et finalement rien qui ne fasse ressentir le côté science-fiction de l'œuvre. Certains passages sont même assez lourd à lire, je pense au moment où trois chevaux sont tués en quelques pages, à chaque fois pour le motif qu'ils étaient fatigués et qu'il faut bien manger. En soit c'est tout à fait crédible, mais l'impression de lire trois fois la même chose est malheureusement présente.
Une fois cette trop longue partie achevée, François retourne dans la ferme de son enfance pour l'épilogue. Il bâtit une société très particulière, basé sur le refus du progrès, les autodafés, les rôles de chacun très encadré, et un culte de la personnalité autour de François.

Je ne comprends pas l'intérêt de cette dernière partie tant elle semble détachée du reste du livre (notamment sur la dimension temporelle), le personnage de François en devient encore plus haïssable puisqu'il est glorifié en imposant un modèle de société aujourd'hui totalement dépassé. Sans aller jusqu'à accuser ce passage de misogynie, il est vrai que ça ne glorifie absolument pas le héros, et donne envie de finir rapidement l'œuvre.

J'ai été également déçu par le manque d'explication concernant la disparition de l'électricité, il s'agit de l'élément déclencheur de toute l'intrigue, je pensais que le livre se terminerait sur une explication détaillée, fantastique, et pour le coup intéressante, ce qui explique un peu plus pourquoi je n'ai pas aimé cet épilogue. René Barjavel tombe en quelque sorte dans la facilité en choisissant quelque chose d'aussi soudain, surprenant, et en ne cherchant pas à l'expliquer par la suite.
Ceci me permet d'enchaîner sur le manque de cohérence globale de ce livre. Ainsi le personnage de François est dans un premier temps un jeune homme cultivé, réfléchie, ayant pour pensée principale de séduire sa dulcinée. Quelque pages plus loin il devient tyrannique, il s'improvise chef alors qu'on n'a jamais eu le sentiment qu'il ait les caractéristiques nécessaires, il tue de sang froid... Durant l'épilogue également, lui qui était auparavant fou amoureux de Blanche, très jaloux quand elle s'intéressait à un autre, en vient à prôner la polygamie; l'étudiant en vient à brûler des livres.

En résumé, la première moitié est intéressante, laisse présager de très bonne choses, et se lit très bien. La suite devient moins rythmée, moins réfléchie, voire totalement à cours d'idées.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 943 fois
2 apprécient

Autres actions de Tar-Aldarion Ravage