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Réparer les vivants par BibliOrnitho

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Simon est un jeune havrais de 19 ans. Passionné de surf, il n’hésite pas à se lever bien avant l’aube en ce matin de janvier pour aller rejoindre, avec deux amis, le littoral du Pays de Caux. Au menu : d’excellentes conditions de vagues !

Au retour, alors qu’on frissonne encore de ce bain de mer glacial, c’est l’accident. Si les deux amis, de part et d’autre de la banquette étaient attachés, Simon, assis au milieu, n’avait pas de ceinture de sécurité. Transféré à l’hôpital du Havre dans un état critique, le jeune homme est bientôt déclaré en état de mort cérébrale.

Et c’est le sujet du livre de Maylis : depuis 1959, la définition de la mort ayant été modifiée, c’est la mort du cerveau – et non plus celle du cœur – qui signe la fin de vie de l’individu. Et la nuance est de taille car elle permet le prélèvement d’organes encore irrigués en vue de transplantations. Bricoler du neuf à partir de matériaux d’occasion, reconstituer un corps viable à partir de morceaux disparates dont la difficulté consistera à les faire cohabiter sans phénomène de rejet.

Les parents de Simon sont dévastés comme on l’imagine. Pourtant, avant même d’avoir pris conscience de la disparition de leur rejeton, on leur demande si la chair de leur chair avait émis – à cet emploi du plus-que-parfait si difficile à admettre – une opinion quant au don d’organes. Avait-il abordé le sujet de sa mort et du devenir de ses viscères ? (A 19 ans ? s’étonne son père… Il n’y a pas d’âge, réplique le médecin). Etait-il généreux de nature ?

Alors que Juliette (la petite amie) attend un coup de téléphone de son chéri avec lequel elle s’est prise le bec la veille au soir et avec lequel elle a hâte de se rabibocher, les parents entament la discussion la plus difficile de leur vie : qu’aurait souhaité leur fils ? Donner ou refuser ? Et eux ? Vont-ils permettre qu’on ouvre leur fils, qu’on le tue une seconde fois ?

On prie tous les Dieux de son Olympe personnel pour ne jamais vivre un tel cauchemar. A lire, cet épisode est déchirant. Et même si l’on n’est pas spécialement superstitieux, on refuse catégoriquement d’imaginer être à leur place. Pas d’empathie démesurée : on veille froidement à rester spectateur ! Et c’est également ce que fait l’auteur. Par une narration lyrique faite de phrases très longues, elle demeure en dehors de l’action. En retrait. Elle est narratrice et souhaite le rester. Avec elle, le lecteur se contente d’observer : il n’a ni la possibilité et encore moins l’envie de s’impliquer dans la douleur de ces gens.

Je regrette toutefois que ces phrases longues aient nui au rythme de l’ensemble. Car si je les ai trouvés dans le ton lors de la séance de surf, elles ne convenaient plus – à mon sens – à l’urgence médicale. Fréquemment, j’ai souhaité accélérer et lu de nombreux passages en diagonale.

Un roman intéressant et instructif. Après avoir évoqué la fragilité de la vie, Maylis de Kerangal décrit les événements qui se succèdent rapidement : les médecins urgentistes, ceux de la réa, la base de données Cristal, les chirurgiens traversant la France à la vitesse de l’éclair, les patients dans l’attente d’une greffe et qui ne pourront être sauvés que par la mort violente d’un inconnu. Cet anonymat du don qui préserve le secret médical. Qui leur permet de se réjouir de l’offre au lieu de culpabiliser vis-à-vis de la famille de la victime. Et de garder la raison.

Beau, instructif, mais dur !

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