Point trop n'en faut, Mme de Kerangal.

Avis sur Réparer les vivants

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Réparer les vivants raconte l’histoire d’une transplantation cardiaque : depuis le matin où un cœur s’arrête dans la poitrine de celui qui deviendra donneur, jusqu’à l’aube du lendemain, où il reprend ses battements dans celle du receveur. Vingt-quatre heures se sont écoulées, au cours desquelles se relaie la voix des personnages touchés par cette histoire - de la famille du défunt au chirurgien qui pratiquera la transplantation. Un roman de tensions, donc : celle qui sépare les vivants des morts ; ceux qui hésitent de ceux que rien ne vient ébranler ; ceux qui donnent de ceux qui reçoivent. Avec beaucoup de nuance, l’auteure met en scène ces tensions à travers la dizaine de personnages dont le lecteur croisera la route.

Mais parce que son récit est fait de tensions, Maylis de Kerangal adopte un style sous tension : de longues phrases itératives et entêtantes qui, certes, manifestent l’urgence constante qui anime le récit, mais essoufflent rapidement de lecteur. Les retours sur le passé des personnages, sans doute aménagés pour nous soulager de cette lecture en apnée, apparaissent comme des digressions mal négociées qui parasitent un récit par ailleurs profondément émouvant. On alterne également entre passages fulgurants de justesse concrète et bouillie poético-abstraite suscitant l’exaspération plus que l’extase littéraire – que l’auteure a l’air de chercher à provoquer avec force effets de manche.

Maylis de Kerangal signe donc un roman court, mais au rythme à la fois effréné et lancinant, dense jusqu’à l’étouffement. On se surprend à poser le livre pour lui réclamer mentalement un peu de simplicité, quand tous les ingrédients sont là pour toucher le lecteur et laisser se déployer naturellement la profondeur du récit et de ses personnages... Quel dommage !

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