Le livre de la révélation

Avis sur Sénéchal - Tome 3

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Voilà, ‘a y est, Grégory Da Rosa conclut sa trilogie avec ce dernier tome du Sénéchal. Je vais pas vous refaire les présentations, on a toujours une cité assiégée, une narration en français de l’ancien temps, des putains d’anges énervés, les bases de l’édifice restent présentes. Mais là ça commence à chauffer sérieusement.

On avait laissé le Sénéchal Philippe Gardeval dans une position fâcheuse, après sa petite beuverie le voici emprisonné pour trahison. Very Bad Trip à Lysimaque. Maintenant il va falloir se sortir de ce mauvais pas tout en continuant à jongler entre les menaces de l’envahisseur, les trahisons, les rois bourrins et les ex-femmes revanchardes. Tout ça démarre donc sur la comparution du Philippe devant la cour pour être jugé, mais il ne sera pas tout seul sur le banc des accusés, un invité surprise va s’incruster à la fête. Et c’est comme ça que ça commence, on va passer par un tribunal pas très impartial, un duel riche en émotion (il m’a bien pris aux tripes à ce moment, le bougre), et une mission désespérée qui tourne gravement au vinaigre. Et on finira notre petite trilogie par une centaine de pages purement jouissives.

Ce tome a une dynamique vraiment cool, il part de la déchéance du sénéchal, le désespoir total de tout Lysimaque, pour nous remettre un peu de pêche petit à petit. Il y a une montée en puissance de la narration comme des personnages qui vont reprendre du poil de la bête et étonner le lecteur. Philippe Gardeval se montre terriblement humain, touchant, génial, faillible, détestable, on a vraiment un éventail de situations et de réactions qui font toute la richesse de ce protagoniste étonnant. En plus de ça, j’ai trouvé la narration plus maitrisée et claire que dans les tomes précédents (surtout le second en fait). Tout part sauvagement en biberine mais même dans le chaos le plus total on voit les enjeux, les jeux de pouvoir, les pouvoirs démentiels qui se mélangent mais se suivent avec plaisir. Et ça c’était vraiment indispensable pour pouvoir nous balancer cette fin dans la poire.

Parce que la fin, là, elle envoie sérieusement du pâté en croûte format familial. Ces 100 dernières pages arrivent à te sortir un twist de l’enfer qui remet toute la série en perspective, prennent des proportions apocalyptiques tout en éclairant le lecteur sur le background de cet univers bien particulier (sur lequel on aimerait maintenant en lire un peu plus, d’ailleurs…). Grégory Da Rosa nous promène et nous sort une belle leçon de construction. Il nous parle de la quête destructrice de pouvoir et de vengeance, du bien, du mal et des pauvres gus qui jouent au ping-pong entre les deux. Il y a de la complexité politique mais juste ce qu’il faut, la preuve : J’ai tout compris ! Les rivalités sont claires, les équilibres de pouvoir et d’influence sont subtils, chaque côté a ses motivations, cet édifice-là est très solide. Et quand enfin arrive le moment de vérité, le lecteur déroule tout ça dans son petit cerveau et se retrouve tourneboulé, sur le postérieur, tout ébaubi.

Il y a aussi une certaine part de magie très visuelle dans la narration si particulière de l’écrivain. Le langage médiéval tout désuet marche toujours à merveille, mais il utilise ça pour te poser des ambiances vraiment prenantes. Que ce soit ce fameux duel ou le grand clou du spectacle enfoncé droit dans notre œil : ce final dans la grande chapelle, qui part dans un trip monstrueux et te retourne littéralement (!). Voilà des images qui marquent.

Oui, j’avais trouvé le second tome un peu en dessous, mais cette conclusion donne une nouvelle dimension à la trilogie dans son ensemble. Sénéchal est dorénavant un indispensable de la fantasy francophone. Rien que ça.

Livre reçu en Service Presse de la part de Mnémos, merci à eux

http://ours-inculte.fr/senechal-3/

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