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Avis sur Serments et Deuils - L'Assassin royal, tome 10

Avatar Philippe P.
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Critique portant sur le tome 9 et 10.

Après un tome (deux en français pour rappel) allant à cent à l'heure dans son intrigue, une fois celle-ci lancée, Robin Hobb décide dans son milieu de cycle de se poser et de nous replonger dans les intrigues internes du pouvoir de Castelcerf. Cependant, ce n'est pas seulement une action plus lente qui nous attend dans ces deux tomes, mais aussi la maturité de Fitz. Cela fait bien longtemps que l'adolescent du premier cycle a disparu, mais en-dehors d'un homme reclus de toute société et une action non sans rappeler ses jeunes heures d'assassin, l'homme ne s'était pas encore dévoilé.
Robin Hobb en profite ainsi pour aborder de nouvelles thématiques dans son cycle allant des diverses paternités aux décisions politiques. Fitz arrête d'être en réaction des actions d'autrui et tente de prendre plus d'initiatives. Un changement mince sur le papier, mais qui dans le concret transforme la saveur de ces deux ouvrages, les rendant tout aussi bons que le reste de la bibliographie de Robin Hobb.

Comme je l'ai dit, un des thèmes assez central de cette deuxième partie de cycle est la paternité. Chez Fitz elle s'incarne en trois versants : une plus directe avec Heur, une morale avec Devoir et une cachée avec Ortie. Cela permet clairement à l'auteure de jouer avec des situations différentes et des approches toutes plus intéressantes les unes avec les autres. Dans le cas d'Heur, Fitz se retrouve confronter à sa propre bêtise d'adolescent que cela soit dans le refus de mener une vie rangée et son entêtement pour une fille. Et même sans être parent, on peut s'identifier à Fitz qui se rend compte de ce qu'il a fait subir à son entourage et qui tente tant bien que mal à éviter les mêmes erreurs à son fils adoptif. Toutes ces scènes sont bien écrites avec Heur réagissant parfaitement comme un adolescent, et non comme un adulte dans un corps d'adolescent comme cela arrive souvent dans ce genre de situation, et sonnent toutes vraies. Ce qui leur donne beaucoup de force et crée une réelle implication dans les choix de Fitz, surtout quand il fait le mauvais, même si pleins de bonnes intentions. Tout comme on ressent finalement la même fierté que Fitz quand un de ses enfants réussis quelque chose ou fait preuve de bonté comme par exemple Devoir avec Lourd.

Lourd qui est un personnage intéressant puisqu'il est l'archétype de celui qui provoque un mouvement de recul ou rebute lors du premier contact. Rien n'est fait dans l'écriture de Robin Hobb pour détourner le lecteur de cette réaction stupide. Ce n'est que par petite touche que le personnage se révèle complètement, dans ses meilleurs côtés, et le lecteur apprend à le connaître en même temps que Fitz. Fitz qui est lui même un personnage en marge tout au long du récit, ne sachant pas trouver une place dans la société de son monde, ni même s'il le souhaite. Obliger de mentir sur son identité tout autour de lui, sur ses capacités en Art, mais aussi dans le Vif, chaque communauté l'attire, mais le rebute à la fois. Au-delà des intrigues ou de la paternité, le développement du personnage principal tourne beaucoup autour de l'acceptation de sa personne, même de sa nature. Métaphoriquement, Fitz est un personnage qui vit et se déplace au sein de la société, tout en étant caché dans les galeries secrètes du château. A la fois à l'intérieur et à l'extérieur de cette société, il ne sait quoi choisir : entre acceptation quitte à rejeter le Fou aux sentiments trop ambiguës, mais rejet de l'étiquette de membre du Vif qui lui permettrait d'appartenir à une communauté. Fitz parle au jeune lecteur et moins jeune qui finalement comme lui se recherche une identité, une place, mais aussi de savoir ce qu'il désire réellement. Encore une fois, l'écriture de Robin Hobb fonctionne parfaitement sur tout ce versant.

Enfin quelques mots sur l'intrigue générale qui comme toujours est bien construite. Les relations de pouvoir et la composante stratégie matrimoniale sont toujours très bien maîtrisée par l'auteure. Elles restent suffisamment complexes pour être intéressantes, mais sans devenir trop compliqué pour rester suffisamment fluide. Tout le mystère autour de la Narcheska est bien construit et amené. Les éléments commencent à se mettre en place doucement pour le final, toujours de manière logique est bien construite. Je n'en dévoilerai pas trop à ce niveau pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte.

Je terminerai par dire qu'évidemment l'écriture de Robin Hobb est toujours aussi plaisante à lire, limpide et fluide dans son style. De la même manière que tous ses personnages évoluent au cours du temps qui passe, ont tous une personnalité propre et intéressante, mention spéciale à la descente aux enfers de la part du Fou aka Sire Dorée. Même si c'est assez classique au vu de sa situation, c'est bien gérée et toujours logique.

En conclusion et sans surprise, l'Assassin Royal Tome 9 et 10 offrent une continuité à ce deuxième cycle de grande qualité. Le rythme est un peu plus posé, toute l'action se déroulant à Castelcerf et alentours, mais néanmoins beaucoup d'événements se produisent. Entre les négociations du mariage entre Devoir et la Narcheska, l'acceptation de la communauté du Vif, les mystères de l'Art et les problèmes parental de Fitz : les deux tomes nous offre beaucoup d'éléments à prendre en compte et à apprécier. Pour ceux qui veulent de la psychologie, les personnages évoluent tous au cours de ces deux tomes, ainsi que leurs relations. Au-delà de tout cela, Robin Hobb aborde des thématiques intéressantes tel que la parenté, mais aussi la construction de sa propre identité. Le tout est bien évidemment servi par une qualité d'écriture et de narration constante !

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