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Seul le silence par artificier

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La dernière page se referme sur un extrait de journal. J'ai le souffle coupé par tout le flot de mots qui m'a envahi durant cette semaine et demie passé à lire le premier roman de R.J Ellory. Ca y'est, c'est fini. Je sais que Joseph Vaughan restera longtemps en moi, mais c'est fini. Le dénouement final a claqué.

C'est un véritable soulagement que d'atteindre cette dernière page car "Seul le silence" est un livre très noir, qui se lit d'une traite (malgré ces 600 pages) car on ne peut qu'accrocher à ce pauvre gosse qui vit en Géorgie (l'Etat américain, pas le pays). Ce pauvre gosse sur qui tous les malheurs possibles et imaginables vont tomber.

Joseph a douze ans et vit à Augusta Falls avec sa mère. Son père vient de décéder et c'est le début du cauchemard pour lui. Car Joseph est un enfant très sensible qui sent la noirceur du monde qui l'entoure comme on sent l'odeur du pollen à la fin de l'hiver. Et comment ne pas la ressentir lorsqu'un beau jour une de ses camarades de classe est retrouvée assassinée, violée et découpée en morceaux.

Comment ne pas sombrer dans les interrogations, la tristesse et la mélancolie lorsque les meurtres se multiplient. L'écriture de R.J. Ellory est magnifique, il décrit avec précision et tact les ressentis sans jamais tomber dans les descriptions lourdes et imbuvables.

Ce petit Joseph qui grandit, poussé par son institutrice et sa mère, a pour rêve de devenir écrivain. Mais avant d'aboutir à son rêve, le cauchemard ne s'arrêtera pas là, car que ce soit en amour, en famille ou en fuite, son passé et son lien avec sa ville natale le rattraperont toujours.

On passe des malheurs d'une enfance malmenée à l'apprentissage de la vie par la mort. On passe de moments de pure joie à des moments de détresse insoutenable. On passe de la vie à la mort comme d'une rame de train à une autre, tout en ne sachant pas où la locomotive nous conduit.

Il faut donc voir ce livre comme autre chose qu'une simple enquête, car Joseph n'est pas policier, il n'est qu'un gosse qui a grandit avec les fantômes des morts qui l'entourent et qui ne peut pas vivre sa vie pleinement tant que ces crimes resteront impunis. Il faut voir ce roman comme le récit d'une vie brisée et malmenée d'un homme qui à ces quarante ans aura tout vécu : le deuil, l'incompréhension, la haine, la peur, le désir de vengeance, l'amour et les regrets.

A la fin, le meurtrier viendra à lui. Je me suis d'ailleurs bien fait mener en bateau car je ne le soupçonnais pas du tout (le soupçon est arrivé vers la fin, pas au twist final mais presque). Mais encore une fois et c'est là l'ironie de la vie : epuisé physiquement et mentalement par la douleur et la peine endurées pendant ces 580 pages, apprendre le nom du meurtrier n'est même plus un soulagement. Ellory d'ailleurs, ne prend même pas la peine d'expliquer les motivations du tueur. On n'en veut pas. On est comme Joseph, fatigués et sur les nerfs, désireux d'une seule chose : que tout s'arrête.

Rien que pour ça, "Seul le silence" mérite une lecture. Rien que pour l'écriture qui touche, qui malmène nos sentiments et nous amène à sombrer comme Joseph. Un roman à défintivement lire cet été pour ne pas tomber cet hiver en dépression...

Je terminerais sur une anecdote, j'ai découvert ce bouquin lors d'une interview de Mickey 3D dans laquelle son chanteur expliquait que sa chanson "Je m'appelle Joseph", extraite de l'album La Grande Evasion, était directement inspirée de ce livre. Si vous voulez vous replonger dans Seul le silence, n'hésitez pas... Mickey 3D joue avec les mots et se permet même de faire chanter une petite fille, imaginant les voix qu'a entendu Joseph dans ces cauchemards.

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