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Soumission par Antevre

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Je suis venu à Soumission en m'efforçant d'avoir le moins d'a priori possibles, malgré le fait que j'en avais entendu parler comme "ce livre d'anticipation islamophobe". Peu au fait de Houellebecq, en outre, je ne connaissais par exemple pas ses propos sur le féminisme, ou, justement, l'Islam. Lecture faite, bah ça laisse quand même un arrière-goût désagréable tout ça. Pas foncièrement, frontalement, au contraire : le goût du prêt-à-penser facile, pas vraiment polémique. Le goût d'un roman qui joue sur les idées préconçues et peurs habituelles pour trouver un public bien large et ne pas trop antagoniser qui que ce soit au bout du compte. Le goût de la fausse polémique, finalement.

Le protagoniste du roman est prof d'unif en fac de lettres, et détenteur d'un doctorat sur Huysmans. Dans un futur proche (très proche), une branche française des frères musulmans arrive au pouvoir grâce à la faiblesse habituelle de la démocratie française qui amène maintenant de plus en plus souvent au second tour le FN face au parti qui s'est le moins suicidé au premier tour. On voit avec notre héros la France transitionner sans trop de résistance du jour au lendemain dans un régime de charia allégée calibrée pour l'Occident, organisée essentiellement autour d'un point particulier : le statut des femmes, qui perdent leurs emplois tandis que les hommes acquièrent la possibilité de devenir polygames.

En fait, pendant une bonne partie du roman, on se dit qu'il s'y trouve quand même de bonnes idées : état des lieux du désenchantement politique, questionnement de la place du sacré, politique-fiction pour les nuls, critique assez nette du désengagement de l'élite intellectuelle dans la société actuelle : finalement, toutes des choses parfaitement pertinentes dans un roman de 2015, voire même un peu pionnières quand on voit où on se trouve en 2018. Et puis, on voit les conclusions (faciles et prévisibles) s'acheminer mollement, poussivement (surprise surprise, notre héros se découvre un sentiment religieux quand il réalise qu'il peut avoir des épouses soumises, on l'avait pas vu venir avec ce tocard de narrateur qui nous répète tous les trois pages qu'il comprend pas pourquoi Huysmans a trouvé tardivement sa ferveur religieuse, quand il ne nous parle pas de son obsession personnelle - au héros donc - pour le cul et sa redécouverte des plaisirs gustatifs qu'une femme dévouée pourrait lui octroyer par sa cuisine), et du coup les points les plus hasardeux du roman apparaissent de manière plus nette à mesure que ses qualités se diluent, comme ce raccourci facile du "si demain un parti musulman se présentait aux élections, vu qu'il y a plein de musulmans en France, il gagnerait d'office", postulat de base du bouquin, ou encore la guerre civile silencieuse entre l'extrême-droite et les islamistes radicaux, qui vient juste à point pour l'intrigue et le cheminement du personnage principal, sans pour autant être expliquée concrètement à aucun moment (d'où viennent les armes, que fait la police, où cache-t-on les cadavres des victimes vu qu'apparemment l'affaire est étouffée, comment se fait-il que les proches se taisent... bah oui, vous reconnaissez la dialectique, on s'approche du sécuritarisme paranoïaque de l'extrême-droite, avec une police à la fois absente - incapable de lutter contre les méchants - et en même temps omniprésente et capable de masquer la vérité au grand public avec des moyens impressionnants), et j'en passe. Finalement, on espère que de réelles idées, de réelles critiques finissent par émerger, mais malgré quelques passages relativement amusants, quelques touches d'humour bien placées et quelques portraits décemment esquissés, on ne retrouve pas grand chose d'autre que les vociférations habituelles sur l'état de l'Europe, sans réel projet, sans véritable fulgurance qui viendrait éclairer tout cela : un glaviot de plus sur la pile, finalement.

Un faux brûlot pour plateaux télés, qui prend une odeur désagréable par son absence de fond, malgré un style qui n'est pas sans agréments, parfois.

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