Nostalgie, ou presque

Avis sur Souvenirs d'un pas grand-chose

Avatar Dmitri Fantski
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Une autobiographie qui permet de comprendre un peu la complexité du personnage de Bukowski.
Son passé, à l'image de sa vie, n'a pas été un long fleuve tranquille. De tourments en déception, le sort s'acharne sur lui et dès qu'il tente de se relever, un nouveau coup le met au tapis.
Son seul échappatoire : la picole... La picole et l'écriture.
Merci Buk'

Voici quelques extraits qui m'ont particulièrement marqué :

« J’étais pauvre et j’allais le rester. »

On me raconta que mon grand-père était un méchant homme et qu’il puait de la gueule. « Pourquoi il pue de la gueule ? » On ne me répondit pas. « Pourquoi il pue de la gueule ? — Il boit. »

« Les enfants, me disait-il, on devrait les voir mais pas les entendre. »

je dirais plutôt qu’il n’a pas envie d’être grand-chose.

Mes parents voulaient tellement être riches qu’ils s’imaginaient l’être.

Tout individu porteur d’un parapluie ou habillé d’un imper était aussitôt traité de lopette Et dérouillé après la classe.

« Et alors, la bite à ton père, elle crache du jus et y a des fois où ta mère, elle attrape un bébé et y en a d’autres où elle attrape rien. — Les bébés, c’est Dieu qui les fabrique, fis-je. — Mon cul, ouais »,

Je me dis aussi que de me retrouver seul avec elle m’avait beaucoup excité. Ce truc de la baise, c’était bien. Ça donnait des tas d’autres choses à penser aux gens.

Je buvais mes mots comme si j’avais été éperdu de

Je buvais mes mots comme si j’avais été éperdu de soif.

Ainsi donc c’était ça qu’ils voulaient : des mensonges. De beaux mensonges. Oui, c’était ce dont ils avaient besoin. Les gens étaient bêtes. Pour moi, tout allait être facile.

Nous étions comme nous étions et refusions d’être autrement.

Je ne sais pas ce que nous avions mais pour avoir quelque chose, nous avions quelque chose, et nous le sentions.

Alors, tout ce qu’y a à faire, c’est de te cracher dans les mains et de commencer à te frotter la queue. Au bout d’un moment tu te sens vachement bien et y a du jus blanc qui te gicle au bout de la bite. C’est ça, le foutre.

J’aimais bien le coin, c’était plein d’arbres qui faisaient beaucoup d’ombre et comme on m’avait dit que j’étais laid, l’ombre, je préférais toujours ça au grand soleil.

«Oh toi ! me dis-je, espèce de pute ! T’es vraiment une saleté à nous tortiller ton arrière-train sous le nez et à chanter comme tu le fais ! Tu nous enverras tous en enfer ! »

Elle était blonde et avait un long nez pointu. Pas terrible, ce nez, mais ça s’oubliait vite quand on regardait le reste de la dame.

Il adorait arrêter un mec et le regarder droit dans les yeux comme s’il n’était qu’une pauvre merde.

j’crois qu’y a quelqu’un qui s’est branlé dans son oreille et que son cerveau, c’est rien que du foutre. »

Ma mère quittait la maison tous les matins pour se rendre à son boulot mal payé. Exactement comme mon père. Sauf que mon père, lui, n’avait pas de boulot du tout.

— Allez, poulette, lui renvoya Pete, la vie, c’est éternel pour personne.

J’avais toujours eu des difficultés avec les filles mais, l’acné arrivant, ça devint carrément impossible. Elles étaient plus lointaines que jamais. Il y en avait certaines qui, robe, cheveux, yeux, façon de se tenir, étaient vraiment superbes. Ah ! passer rien qu’un après-midi à se promener avec l’une d’entre elles, enfin, vous voyez, parler de tout et de rien, oui, je crois que ça m’aurait fait beaucoup de bien.

L’amour que j’éprouvais pour elle n’avait rien de sexuel. Tout ce que je désirais, c’était qu’elle m’entoure de toute sa blancheur amidonnée afin qu’ensemble nous disparaissions à jamais de ce monde. Sauf qu’elle ne le faisait jamais. Elle avait l’esprit bien trop pratique pour ça. Non : elle me rappelait la date du rendez-vous suivant, c’est tout.

« Vaudrait mieux qu’y ait du whisky dans la baraque sinon j’fous tout en l’air ! »

Le baron n’arrêtait pas de faire des trucs magiques. La moitié du bloc-notes y était passée. Raconter les exploits du baron Von Himmlen me faisait du bien. Avoir quelqu’un, c’était un besoin. Mais comme il n’y avait personne, il fallait bien se l’inventer, ce quelqu’un – et en faire tout ce que devait être un homme, un vrai. Ce n’était pas faire semblant ou tricher. Non, c’était l’autre manière de s’y prendre où on faisait semblant et où on trichait – celle où on vivait sa vie sans avoir un homme comme ça à ses côtés.

Eux, ils pouvaient rentrer chez eux et y retrouver la vie qu’ils menaient. Eux, ils pouvaient oublier. Moi, non. Moi, j’étais coincé avec ma gueule.

Le premier vrai livre que je trouvai était d’un certain Upton Sinclair. Il avait des phrases simples et parlait avec colère.

Celui-là avait été écrit par un mec qui s’appelait Sinclair Lewis.

Les bonnes journées, je n’en avais pas des masses.

Jimmy ayant ouvert la porte de devant avec sa clé, nous entrâmes. C’était une jolie petite maison toute propre. Un jeune bouledogue noir et blanc accourut vers Jimmy en remuant son bout de queue coupée. « Je vous présente Bones, dit Jimmy. Bones, il m’adore. Visez un peu ça ! » Il se cracha dans la paume de la main droite, attrapa la bite du chien et commença à le branler. « Hé mais, qu’est-ce que tu déconnes ? s’écria le Chauve. — Ben quoi, Bones, il passe toute sa vie attaché à une laisse dans le jardin. Du cul, il s’en paye jamais. Faut bien qu’il décompresse un peu, non ? »

Les gens, il n’y aurait jamais moyen que je sois à l’aise avec eux.

À vingt-cinq ans, les trois quarts des gens étaient foutus. Il ne restait plus qu’une nation entière de trous du cul qui passaient leur temps à conduire des voitures, à bouffer, à avoir des gosses et à tout faire de la pire des façons, comme de voter pour le candidat à la présidence qui leur ressemblait le plus.

« Tu devrais essayer de faire comme Abe Mortenson, me disait ma mère. Lui, il a toujours des « A ». Et toi, pourquoi t’y arrives jamais, hein ? — Henry, c’est un mollasson de première, disait mon père. Y a des fois où j’arrive pas à croire que c’est mon fils.

« Dis, Jim, c’est vrai que ton père, il s’est fait sauter la cervelle à cause de ta mère ? — Ouais. Il était au téléphone. Il y a dit qu’il avait un revolver. Il y a dit : « Si tu reviens pas, je me tue. Alors, tu reviens ? « Alors ma mère, elle a dit : « Non », y a eu un coup de fusil et ça a été fini. — Qu’est-ce qu’elle a fait après ? — Elle a raccroché.

La route que j’avais devant moi, j’aurais presque pu la voir. J’étais pauvre et j’allais le rester. L’argent, je n’en avais pas particulièrement envie. Je ne savais pas ce que je voulais. Si, je le savais. Je voulais trouver un endroit où me cacher, un endroit où il n’était pas obligatoire de faire quoi que ce soit. L’idée d’être quelque chose m’atterrait. Pire, elle me donnait envie de vomir.

Au lieu de quoi j’avais appris qu’en général ceux qui étaient pauvres le restaient.

Rire, il le fallait : sans cela, la chose aurait été trop terrifiante.

Tout le monde semblait être au courant de quelque chose dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Toutes ces filles qui avaient l’air si bien, tous ces garçons qui avaient l’air si beaux ! J’aurais été bien trop terrifié pour n’en regarder même qu’une seule de ces filles ! Quant à en serrer une dans mes bras ! Non : danser avec l’une d’entre elles ou la regarder dans les yeux aurait été au-delà de mes moyens.

« Un jour, vous verrez que je serai aussi heureux que n’importe lequel d’entre vous. »

— Abe ne sera jamais malheureux… — Ni heureux non plus. — Ce sera un homme obéissant… — Une lavette…

De superbes riens, qu’ils étaient. Ils me donnaient envie de vomir.

De superbes riens, qu’ils étaient.

Les nouvelles, ça circule rapidement dans les endroits où il ne se passe jamais grand-chose.

Les pissotières grouillaient d’homosexuels. « Y en a qui ont de l’argent, me dit un jour un jeune clochard. Tiens, y en a un qui m’a gardé chez lui pendant quinze jours. J’avais tout ce que je voulais à boire et à bouffer et il m’avait même acheté des fringues. Sauf qu’il me pompait le nœud tout le temps que j’en arrivais plus à tenir debout. Une nuit qu’il dormait, je me suis tiré. C’était horrible. Une fois il m’a embrassé et moi, je l’ai expédié à l’autre bout de la pièce d’un coup de poing. « Tu recommences encore un coup, que j’y ai dit, et j’te tue !

En Europe, Hitler avait pris la situation en main et était en train de créer des emplois pour les chômeurs.

Le Chauve et moi avions un superbe stock d’histoires de pyjama mais la meilleure de toutes lui revenait en droit. Un soir qu’il était de sortie, il s’était retrouvé à un bal avec sa petite amie. Et entre deux danses, elle lui avait demandé : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? — Qu’est-ce que c’est que ça, quoi ? — T’as un truc qui dépasse du bas de ton pantalon. — Quoi ? — Oh ! non ! C’est pas vrai ! T’as mis un pyjama en dessous de ton pantalon ! — Ah bon ? Bah, c’est que j’aurai oublié de l’enlever… — Oui, eh bien, moi, je m’en vais ! Tout de suite ! » Et ils n’étaient plus jamais sortis ensemble.

Il était absolument impossible que je perde. J’étais capable de boire des jours entiers. Boire, je n’en avais jamais assez.

Être au monde était tout bonnement épuisant. Où qu’on tourne la tête, il y avait toujours quelqu’un pour pouvoir vous défoncer sans même avoir à reprendre son souffle.

attention avec qui vous couchez –

Igor conduisait sa voiture comme s’il s’était agi d’un tank : les feux rouges, il s’en moquait.

Boire était la seule chose qui permettait de ne pas se sentir à jamais perdu et inutile.

« Et dire qu’il va falloir continuer à vivre avec tous ces connards jusqu’au bout », pensai-je. « Nom de Dieu ! » Et en plus, ils avaient tous des trous du cul et des organes sexuels ! Et des bouches ! Et des aisselles ! Et tout ça chiait et bavardait et était aussi mortellement ennuyeux que de la merde d’âne. Les filles ? Elles étaient belles de loin, lorsque le soleil jouait dans leurs cheveux ou brillait à travers leurs robes. Mais à s’approcher d’elles et à les écouter couler de la cervelle par la bouche, on n’avait plus envie que d’aller s’enterrer sous une colline ou se cacher avec un fusil mitrailleur pour s’en protéger. Il était évident que je ne serais jamais capable d’être heureux,

dire qu’il va falloir continuer à vivre avec tous ces connards jusqu’au bout », pensai-je. « Nom de Dieu ! » Et en plus, ils avaient tous des trous du cul et des organes sexuels ! Et des bouches ! Et des aisselles ! Et tout ça chiait et bavardait et était aussi mortellement ennuyeux que de la merde d’âne. Les filles ? Elles étaient belles de loin, lorsque le soleil jouait dans leurs cheveux ou brillait à travers leurs robes. Mais à s’approcher d’elles et à les écouter couler de la cervelle par la bouche, on n’avait plus envie que d’aller s’enterrer sous une colline ou se cacher avec un fusil mitrailleur pour s’en protéger. Il était évident que je ne serais jamais capable d’être heureux, de me marier et d’avoir des enfants. Et pourquoi l’aurait-il fallu alors que je n’étais même pas foutu de me trouver un boulot de plongeur dans un restaurant ?

— Ben merde alors, empêcher les gens de s’amuser, ils savent s’y prendre.

— Ben merde alors, empêcher les gens de s’amuser, ils savent s’y prendre. — Peut-être qu’ils se font du souci ? — Si c’est ça, ils ont qu’à m’envoyer de l’argent. — Ils prétendent que tu le boiras. — Dans ce cas-là, laisse-les se faire du souci… »

L’argent et les pauvres, il ne faut jamais les mettre ensemble.

Monty Ballard, ce n’était pas un type passionnant mais il avait quelque chose de vraiment bien : il ne parlait jamais à moins qu’on ne lui pose une question. Moi, je ne lui en posais jamais. La vie, il se contentait de la regarder par-dessous ses cheveux d’un blond sale.

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