Enfin finit le cycle !

Avis sur Terre et Fondation - Le Cycle de Fondation, tome 5

Avatar Oatagaok
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Je m'étais promis de le faire, c'est enfin fait !

Et une fois de plus, je remets le couvert : je vais me faire dur avec Asimov. Je ne comprends pas comment on peut apprécier ce récit, tant il est fade. Deux mots suffisent : linéarité et lourdeur.

Si vous n'avez pas lu mes précédentes critiques sur les autres tomes elles sont disponibles ici :

Oui, ce récit est beaucoup trop linéaire, ne serait-ce qu'à propos des pérégrinations des personnages. On suit les péripéties de Trevize, Janov et Joie/Gaïa qui vont de monde en monde pour retrouver la Terre avec une régularité sans faille. C'est toujours pareil : ils débarquent sur une planète et tout semble bien se passer mais rapidement quelque chose cloche, un danger pointe et les personnages se carapatent vite fait bien fait. Le schéma est strictement identique à chaque fois, sauf évidement à la fin. C'est un manque terrible de subtilité, et ça provoque une lassitude telle que je suis étonné qu'on ait laissé Asimov traiter le sujet de la sorte.

A la limite, si encore ces péripéties étaient grandioses voire épiques, ou plongées dans l'action pure pour donner un vrai rythme, ou longuement travaillées et approfondies pour se perdre dans la psychologie des personnages, on pourrait se prendre au jeu. Comme le passage sur Solaria, où ils se trouvent enfermés dans des sous-sol avec un Solarien aux capacités inconnues. Rien que ce passage aurait pu faire l'objet d'un petit récit d'une centaine de pages. Mais ici on passe vite sur la situation, et le lecteur n'a pas vraiment le temps ni de flipper ni d'espérer. Je me souviens avoir lu dans ma jeunesse des petits livres d'anticipation sans prétention qui remplissaient mieux leur rôle questions action/intrigue/suspens.

J'en viens maintenant à ce que je considère comme le défaut principal de ce tome (qui entre d'ailleurs totalement dans le problème de linéarité) : les informations que les personnages glanent à chaque fois sont systématiquement les bonnes. Ca c'est une chose qui m'a terriblement agacé car Asimov fait là preuve d'une naïveté/nullité impressionnante. Je décortique un peu...

Janov le mythologue a passé 30 ou 40 ans de sa vie à étudier les mythes partout dans la galaxie et rechercher l'emplacement de la Terre. Il ne cesse de répéter que régulièrement une légende similaire se retrouve : un monde originel qu'on appellerait la Terre aurait eu un funeste destin. Autrement dit, les sources sont innombrables puisque l'ancien empire représente 25 millions de monde sur 12000 ans (je vous laisse imaginer le nombre de légendes et de mythes qu'il faut étudier...).

Là on est en droit de se demander si c'est normal ou pas qu'il n'ait jamais entendu dire que sur Comporellon une histoire "secrète" s'était transformée en une légende qu'il ne fallait pas raconter car elle attirait le mauvais oeil (tous ceux qui recherche l'Ancienne finissent par mourir). Aussi, Janov n'a jamais entendu parlé des mondes interdits qui justement peuvent le mener sur la bonne piste. Mais c'est bien un ami de Trévise qui en parle comme ça, l'air de rien, dans le tome précédent. Comme quoi la galaxie est petite : inutile d'analyser des milliards de "contes et légendes inachevées", parler à la bonne personne est amplement suffisant. Merci à l'Esprit Galactique pour avoir porter cet homme sur le chemin de Trévize et Janov.

Et donc quand Janos entend parlé du mot interdit de la "Terre" sur Comporellon, il n'a visiblement pas besoin de recouper cette information avec les archives qu'il a déjà dans son fameux disque dur, ce qui pourrait lui prendre quelques jours ou semaines voire plus. Non c'est inutile, Janov est balèze, il recoupe instantanément dans sa tête, et ce malgré les semble-t-il milliers de recoupements possibles. Non, pas besoin, la Terre c'est la Terre, point barre. D'ailleurs, jamais on ne verra Janov éplucher ses archives à quelque moment que ce soit du récit, comme si finalement elles étaient inutiles. En même temps c'est normal, il est aidé par Trevize. Hé oui, comme Trévize écoute Janov et qu'il a un instinct sans défaut (c'est répété à de nombreuses reprises), ils finissent à chaque fois par se comprendre et trouver la bonne solution, la bonne direction.

Rapide point sur Trevize : oui Trevize est l'homme parfait. Il garde le silence quand il faut, il parle quand il faut, il utilise son instinct quand il faut, il fait l'amour quand il faut. Ce mec est parfait je vous dis ! Ha ben non en fait, R.Daneel Olivaw nous confirme une chose, comme Gaïa l'a déjà fait au préalable : Trévize est un objet de manipulation. Ha mais non en fait, il a quand même son instinct. Bon, là on finit par ne plus rien comprendre à ce que Trevize représente dans ce schmilblick...

Conclusion : un mythologue qui discute avec un personnage mi esclave mi omniscient, ça donne que du bon. Il n'y a pour ainsi dire jamais d'erreur. Ainsi, la planète Comporellon est l'ancienne Baley World et les autres planètes visitées font partie des anciens mondes spatiaux tels que décrits dans le cycle des robots (et comme par hasard, on y retrouve Aurora et Solaria). Ainsi on se rapproche inexorablement de la Terre. Ainsi, nos personnages avancent sans jamais faire marche arrière, alors que tout dans le récit montre qu'ils ont plus de chance de se planter que de retrouver la Terre.

Passons rapidement sur la présence de Fallom, qui n'a en réalité aucune utilité dans le récit puisque Trévize, passant proche de la Lune, aurait très bien pu avoir la bonne intuition sans pour autant que l'hermaphodite ne cherche à utiliser à ses fins leur vaisseau.

Autre gros problème : l'interaction entre les personnages n'évolue pas du tout. Le cas le plus flagrant est l'embrouille entre Trevize et Joie. Celle-ci a pour fond la situation initiale du récit lui-même : faut-il souhaiter une évolution galactique de type conscience collective (avec toute la stabilité mais aussi l'impersonnalité que cela implique) ou au contraire fondamentalement individualiste (pour favoriser la diversité mais avec tous les risques de dérapage que cela comporte) ? Ces deux personnages reviennent systématiquement sur le même sujet, sans jamais que leurs points de vue ne changent, malgré les aventures qu'ils partagent. Parfois ils s'embrouillent alors que leur discussion de départ n'avait rien à voir, tels des enfants qui se chamaillent : "toute façon c'est ta faute, toi t'es pas gentille, NA !". Ils finissent même par se dire "oui soyons amis" et continuent l'instant d'après à se crêper le chignon comme si la scène précédente était inexistante, comme des ados incapables de mettre leur différents de côté. Chose plus étonnante encore : cette embrouille ne se termine littéralement pas, puisque le dénouement se passe sans que l'un ou l'autre ne prenne le pas (Trevize comprend sa décision première sans l'aide de Joie, c'est en fait une intuition provoquée indirectement par R. Daneel Olivaw et Janov qui lui permet de la comprendre).

Sans parler d'embrouille, les discussions entre Janov et Trévize sont elles aussi fatigantes, le tout est d'une lourdeur sans égale.

Dernier point, cette fois ci sur l'univers du cycle, et plus précisément le fameux ancien empire. Je l'avais déjà dit dans ma critique sur la trilogie de départ (ici) : à mon sens cet empire ne peut exister tel que décrit dans l'oeuvre. Ce qui me fait maintenant dire ça, c'est ce que dit Trévize à plusieurs reprises à propos de la terraformation et la colonisation : "A ma connaissance, jamais il n'y a eu de déterraformation, jamais une colonisation n'a échoué, jamais l'homme n'a abandonné une planète". Donc une planète une fois terraformée et colonisée n'a jamais eu à revenir en arrière en 12000 ans, que ce soit pour des raison politiques ou économiques. Cela décrit un empire beaucoup trop unidirectionnel, unilatéral, uniforme, à l'instar du langage galactique dont il est de nombreuses fois question. C'est ridicule.

Bref, Asimov nous offre un récit totalement plat, qui finit par couler sous son propre poids.

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