Pas mal, pour un gamin du fin fond de l'Autriche...

J'entends d'ici les rires mesquins se moquer du sous-titre de cette autobiographie, L'incroyable et véridique histoire de ma vie. En même temps, ça colle assez avec le style simple et franc de Schwarzy dans sa bio. Un joli pavé qui se lit assez bien et du pain bénit pour les fans qui accèdent ainsi à l'esprit de leur Autrichien préféré.


Faisant preuve d'une ambition et d'une assurance à la limite de l'inconscience – il évite de se poser trop de questions et préfère foncer, telle une machine implacable –, Arnold accomplit ses rêves les uns après les autres, sans jamais trébucher, ou presque. Il devient ainsi le plus grand culturiste du monde, un businessman hors pair et un acteur incontournable du cinéma d'action américain. Avant d'enchaîner deux mandats de gouverneur de Californie, excusez du peu. Et il y a fort à parier que, s'il était né sur le sol US, il aurait été capable de se faire élire président (comme dans le film Demolition Man, ah ah).


Personnellement, je connaissais surtout Schwarzy l'acteur. C'est avec plaisir que j'ai découvert les conditions de tournage de films-clés de sa carrière : Hercule à New York (1969) où Arnold, qui parle à peine anglais, sera totalement redoublé en post-production ; Conan (1982) où Milius lui demande de perdre du poids (!) pour être crédible en esclave rebelle ; Terminator (1984) où il découvre la débrouillardise hors norme d'un Cameron serré par son budget ; Jumeaux (1988) où il décide de se mettre à la comédie, sortant du sentier balisé des blockbusters d'action ; Last Action Hero (1993), premier échec commercial (relatif) de la star...


Ceux qui ne sont intéressés que par le cinéma regretteront la rapidité avec laquelle Schwarzenegger passe sur Commando, Predator – on apprend quand même que Van Damme est un casse-couilles – ou même Terminator 2 – on dirait qu'il ne réalise pas que c'est une révolution technique... Il n'empêche que j'ai appris plein de trucs, d'autant plus que la description de l'industrie hollywoodienne rentre, elle, dans les détails. Aaah le marketing, un univers assez hallucinant dans lequel Arnold s'investira énormément, avec un pragmatisme inflexible. Tout en faisant preuve d'un matérialisme exacerbé typiquement américain, doublé d'une certaine fascination pour l'argent.


Un bon tiers du bouquin raconte la carrière de culturiste de Schwarzy. Le pire, c'est que c'est passionnant de bout en bout. L'entraînement jusqu'à cinq heures par jour (en plus du taff), les rencontres, les voyages... La détermination bluffante de l'Autrichien lui fait gravir les échelons un par un. Et c'est finalement son physique incroyable qui lui ouvrira les portes du cinéma et de la célébrité. Ce qui ne l'empêchera pas de continuer à défendre "son" sport et tous ses dérivés, y compris en politique.


Après le culturisme et le cinéma, la carrière politique semblait assez logique. Il faut dire qu'à force de fréquenter Maria Shriver, nièce de JFK rencontrée en 1977 (mariage en 1986 et séparation en 2011), il finit par bien connaître le milieu. Entouré de démocrates toute sa vie, Arnold devient pourtant un leader républicain. De centre-droit plus précisément, car s'il est indéniablement à droite économiquement, il s'investit énormément dans l'écologie et l'éducation, sans compter ses prises de position pro-avortement.


Le volet consacré à ses deux mandats de gouverneurs sont eux aussi instructifs. Elu grâce à sa personnalité volontaire et charismatique, Arnold découvre qu'il est parfois extrêmement difficile de faire évoluer les choses. Les négociations perpétuelles avec les lobbies et forces politiques sont racontées en détails. Mais finalement, Schwarzy semble assez content de son bilan : il s'attribue en partie la paternité de la réforme de la santé d'Obama (qu'il a tenté d'initier en Californie, en vain), a réussi à réformer les découpages électoraux et a poussé la Californie sur la voie de l'écologie, un exemple pour le reste du monde. Evidemment, il se donne un peu le beau rôle. Normal.


Avec humour, le Governator admet ne pas être à une contradiction près. Vous connaissez beaucoup de sportifs de haut niveau qui fument des "barreaux de chaises" ? Ou des écolos qui roulent en Hummer ? Arnold Schwarzenegger a déjà vécu plusieurs vies, mais, à 65 ans, il est aujourd'hui de retour au cinéma. Après Expendables 2, The Last Stand du Coréen Kim Jee-woon ne devrait pas tarder, suivi de The Tomb encore avec Stallone et, tenez-vous bien, la suite de Jumeaux, Triplets. Avec Eddie Murphy en guise de troisième frère. EH OUAIS.

VaultBoy
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Le 15 décembre 2012

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VaultBoy
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Pas mal, pour un gamin du fin fond de l'Autriche...

J'entends d'ici les rires mesquins se moquer du sous-titre de cette autobiographie, L'incroyable et véridique histoire de ma vie. En même temps, ça colle assez avec le style simple et franc de...

il y a 10 ans

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Gand-Alf
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Stay hungry.

Le problème avec les héros de notre enfance c'est que l'on fini inévitablement par grandir, et notre regard sur eux aussi, l'image immaculée du surhomme laissant la place aux failles de l'homme...

il y a 10 ans

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Cinemaniaque
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Total recall

Critique de Total recall par Cinemaniaque

Leçon de vie numéro 1 : ne jamais se fier à l'image que les gens renvoient. Prenons le cas de Schwarzie : comme tous les gens de ma génération, j'ai grandi avec ses films d'actions décérébrés, sa...

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