Fiche de lecture Goncourt 2019 #9

Avis sur Tous les hommes n'habitent pas le monde de la...

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Ceci est une fiche de lecture qui a été réalisé dans le cadre d’un comité de lecture ayant envoyé une délégation pour le prix Goncourt de Belgique, basé sur ce modèle
Résumé, scénario, intrigue (plan ?)

• Intérêt de l’intrigue ?
• Suspense ?
• Émotions ?
• Inventivité de la composition ? structure générale ?
• Cohérence de l’intrigue, fil rouge éventuel ?

Genre
• Présence/intérêt de codes (lesquels ?), cassés ou non ?
• Clichés ?

Personnages principaux
• Aspects physique/sociologique/psychologique + quête, rôle dans l’intrigue : diversité ? complexité ou vision trop manichéenne ?
• Crédibilité ? effet miroir éventuel ? Attachement ?
• En lien avec l’objectif du roman ?
• Liens avec personnages secondaires ?

Personnages secondaires
Idem

Gestion du temps, choix des narrateurs, points de vue…
• Alternance ?
• Flash-back…

Cadre spatio-temporel et social :
• Époque ?
• Décors bien décrits ?
• Permet l’évasion, fait voyager…
• Rayonnement de la francophonie ?

Thèmes principaux :

D’abord les repérer, ensuite les questionner :
• Originalité ?
• Humour ?
• Modernité/ actualité, en lien avec société d’aujourd’hui ?
• Dimension sociale ? message ?
• Engagement ? idéologie ?
• Réflexion philosophique ?
• Complexité./. public cible éventuel ?

Titre + couverture + 4ème de couverture
• Originalité ?
• En lien avec contenu ?

Écriture/Style/ Dimension esthétique :
• Contemporanéité ? fluidité ?
• Rythme ? Ponctuation ?
• Figures de style ?
• Adéquation ou décalage entre vocabulaire/contenu ou prise de parole des personnages ? Effets ?

Moment préféré/passage marquant ?

Faiblesses ?
Vision trop manichéenne, deus ex machina, banalité…

Jugement personnel/prix possible ?

DEBUT DE LA CRITIQUE

Pour commencer, je dois dire qu'on est happé par l'intrigue vu que l'histoire nous est conté en commençant plus vers la fin que le début. Certains n'aiment pas ce genre de procédé (j'ai notamment entendu une youtubeuse cinéma s'en plaindre pour le film Le parfum) car ils préfèrent qu'une fiction leur raconte une histoire plutôt que les fassent se demander comment les événements se sont déroulé. Pour ma part, c'est un trope qui me plait plutôt bien. Mais il y a quand même un gros problème dans l'enchaînement narratif. On alterne plusieurs fois, on va dire, à l'époque actuelle, où le personnage est en prison et sa vie de son enfance jusqu'à la prison. Bon, il y a une certaine cohérence dans la forme. Souvent on parle du passé au début du chapitre et de la période prison à la fin du chapitre. Mais il y a deux problèmes : la forme aurait pu poser moins de soucis si les passages de la vie antérieur du héros et sa vie en prison étaient complètement dans des chapitres à part entière. Certes, les passages en prison sont certainement trop courts pour ça mais voilà, ça me déplaît un peu. Et second problème : il y a pas de bonne transition entre les deux parties. On passe d'un moment à l'autre sans crier gare. Et croyez moi, je n'ai rien contre les structures narratives qui racontent l'histoire dans le désordre. J'aime par exemple beaucoup le film The Broken Circle Breakdown(Alabama Monroe en VF) qui abuse d'un récit raconté dans le désordre. Mais là, c'est une question d'apparence, dirons-nous qui me dérange.

Et d'ailleurs, ce problème de transition est bien représentatif du plus gros problème de ce roman : il y a un fil rouge, mais on voit pas où il veut aller. J'entends par là que toute l'histoire qu'on nous explique ne nous explique pas vraiment comment le héros en est là où il est. On sait qu'il a un papa et une maman qui l'aiment. Qu'il a une femme et un chien qui l'aiment. Qu'il a des potes qui l'aiment. Et que tout ces amours seront détruits par le cours de la vie. Mais tout au long, on ne peut se demander "mais pourquoi il est en prison ?" et on nous y répond qu'à la toute fin. Bon, en toute honnêteté, c'est assez bien installé à partir de la seconde moitié du livre (et la seconde moitié seulement, j'y reviendrai quand on parlera du père). Je trouve que l'histoire aurait eu plus d'impact si on le voyait grandir dans un entourage aimant et subir malheur sur malheur, comme dans un roman tranche de vie, en le voyant grandir jusqu'à se sentir bouleversé quand on apprend qu'il est inculpé. Ça aurait été un twist fort. Et j'ai me rends compte, en écrivant ces lignes, que cette histoire de prison gâche plus le bouquin que je le croyais en étant au début et que la lecture aurait été bien meilleure si l'histoire avait été racontée dans l'ordre. Parce que franchement, avec tout ce qui se passe dans ce roman, à chaque fois que le héros perd l'amour, il y avait de quoi ressentir beaucoup d'émotions. Mais nope, car on a l'impression que tout ce qui est nous est conté ne va nulle part.

Parlons maintenant des personnages : bon, y'en a que 5 qui sont vraiment importants : le héros, son codétenu, ses parents et son second patron. En ce qui concerne sa femme, son chien et les autres personnages, ce sont juste des figurants. Donc, à part pour dire juste maintenant que leur présence sert tout de même à montrer les liens affectifs du héros, je ne m'étendrai pas sur eux.

Le héros : bon, c'est le bon samaritain qui aiment aider son prochain, surtout le plus démuni mais malheureusement il va sombrer dans le côté obscur. Bon, rien de spécial. À part ça, il n'a rien qui le démarque vraiment.

Le père du héros : alors, en fait, c'est plus lui le héros de la première partie que son fils. Bon, ça ne me dérange pas d'avoir deux histoires dans la même œuvre. Après tout, un de mes films préférés, c'est Retour vers le futur 2 et lui-même, c'est deux voire trois histoires en une. Mais là, non seulement, le roman se présente d'emblée comme l'histoire de son fils, mais son histoire est aussi entrecoupé avec les parties en prison. Donc l'histoire de son fils. Ce qui est un mélange assez craboudja. Mais sinon intraséquement, en lui-même, que vaut le personnage ? Eh bien, je crois que c'est mon préféré du roman (après le codétenu, mais on y reviendra). Déjà, c'est un personnage religieux. Et moi la religion, j'aime ça. Mais surtout, c'est un personnage en quête d'identité. Et moi, les gens qui se cherchent, qui essayent de se définir, j'ai toujours trouvé ça passionnant. Certes, Amin Maalouf nous l'a bien rappellé, on a pas une identité, mais une somme d'identité. Cependant, je crois qu'on essaye tous, enfin du moins, c'est mon cas, et ça m'a aidé pour l'identification, de chercher qu'est-ce quel critère nous correspond le plus par rapport à d'autres. Alors, lui, ce père, lui, est-il plus un fils de pêcheur, un Danois, un Français, le mari de sa femme, un pasteur, un Canadien ? Son fils se questionne aussi sur son identité, mais on a l'impression que c'est juste une pâle retranscription de ce que ressent son père. Et puis, il est pasteur mais il exerce alors qu'il a perdu la foi. Moi même, étant chrétien, mais ayant plusieurs fois eu des doutes mais me sentant poussé à faire certaines choses par devoir religieux, je m'y retrouve.

La mère : j'ai dit qu'elle était importante, mais c'est surtout car c'est elle qui va amener le premier drame de l'histoire mais à part sa présence sert juste à situer le récit dans le temps avec des références cinématographiques

Le codétenu : je pensais que j'allais pas aimer ce personnage au début car c'est vraiment le stéréotype du gars qui en veut à la terre entière et qui est une grosse brute. Mais très vite, comme il parle, certes grossièrement, mais tellement avec son cœur qu'on lui découvre une forte sensibilité. Assez peu présent (je répète que les scènes en prison sont courtes) et pourtant c'est le personnage qui m'a le plus touché.

Le second patron : il me fait ni chaud ni froid. C'est juste le stéréotype du sale gars qui pensent au profit avant le bonheur des gens. Il m'a fait penser à l'assureur dans "Les Indestructibles". Voilà.

L'époque ? Bon, on nous cite les années, quelques événements et des sorties cinéma mais à part ça, on sent pas que le temps passe. 20 ans semble s'écouler 20 fois trop vite.

La sensation de voyage : on nous parle du Jutland, de Toulouse et du Québec. Mais on nous parle pas de ces endroits. Eh bien, vous savez quoi ? Tant mieux. Ça permet de renforcer le mystère sur ce qui forme notre identité. Faire trouver un territoire plus intéressant qu'un autre au lecteur aurait gâché ça. Il y a quand même un endroit dans lequel j'aurai bien voulu m'évader. Et sans mauvais jeu de mot, c'est la prison. Je trouve qu'au début, on décrivait assez bien ce que pouvait être l'enfer carcéral mais ça c'est vite perdu, je trouve.

Est-ce que c'est original ? Non, c'est juste l'histoire d'un type qui vit sa vie et qui termine en prison. Je n'ai pas aimé Rouge Impératrice notamment car les personnages étaient creux, mais au moins Rouge Impératrice avaient le méritent d'être dans un univers atypique (une Afrique unifiée et utopiqe). Donc pour ça le point va à Miano et pas à Dubois. Et je le répète, une histoire peut être classique mais tout de même bonne, mais il faut savoir rajouté une touche personnelle aux codes déjà établi.

Sinon, j'ai pas tellement l'impression que ce soit actuel (même si ça terminé dans le présent) ou engagé. Il y a certain roman qui sont des essais déguisés, et ce n'est pas un mal, loin de là, c'est même mieux en général, mais ici, je pense que l'auteur a voulu simplement raconter une histoire et c'est tout aussi honorable.

Le public cible ? Ben, les personnes âgées. Alors on dit que personne ne penserait à parler d'oeuvre pour octogénaire comme on parle d'oeuvre pour ado. Mais moi qui suis un peu spécial, je pense que si. Je doute que ce soit les quarentainaires qui regardent Julie Lescaut. Eh bien, là, avec les références aux vielles époques et la tentative de donner l'impression de voie le temps passer avec le héros, je pense que ça doit pas être un public tout jeune. Surtout que vers 60 ans, j'ai l'impression que c'est souvent l'âge où on apostasie car ils pensent se rendre compte que tout ça, c'est des sottises ou alors c'est l'âge où on commence à devenir un vrai bigot. Ça va avec la thématique de la foi du père du héros. En plus, l'auteur a bientôt 70 ans alors j'y crois à mon public. Donc, si vous savez pas quoi offrir à votre arrière-grand-tante pour Noël, Tout les hommes n'habitent pas le monde de la même façon me semble être une bonne idée.

Bon, la 4ème de couverture non seulement elle est classique mais en plus elle spoil (ou divulgache comme on dit au Canada). Merci quand même pour l'effort.

Concernant la forme, c'est fluide, c'est rapide et le vocabulaire est cohérent. Mais il y a deux problèmes : vers les dernières pages, les phrases sont plus longues. Bon, c'est du chipotage, mais ça donne l'impression que l'auteur veut se dépêcher de fourrer le plus d'informations possible en peu de temps. C'est pas vrai, mais c'est une impression. Et sinon, ça manque pas mal de figure de style. Par contre, il y a un truc que j'ai bien aimé, c'est la répétition quand on parle des identités du père du héros. Ça renforce cette importance. Et la répétition, quoi qu'on en dise, c'est apprécié. Sinon, l'intertextualité ne serait pas aussi présente et les memes internet feraient tous des flops.

Mon moment préféré (bouchez vous les oreilles svp, je vais spoiler), c'est quand les parents du héros se sépare. J'ai trouvé ça touchant le choix du pasteur.

Donc, voilà, je lui mets la moyenne : 5/10 car l'histoire est cohérente mais il n'y a rien qui la démarque et elle se tire une balle dans le pied en se structurant mal. Il y a de très bons personnages, mais la plupart sont vide.

Il ne mérite pas le prix pour moi

MOI DU FUTUR APRES AVOIR LU LES AUTRES LIVRES
Si, il mérite plus le prix que la plupart des autres romans de la sélection

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