God Save The Queen.

Avis sur Traité d'athéologie

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A entendre certains de ses détracteurs, Michel Onfray est un chien. Enragé, il s’attaque à tout ce qui passe à proximité de ses crocs : il mort, il taillade, il aboît pour se faire entendre. En d’autres mots : il existe via la destruction de l’édifice des autres. Le simple intitulé « Contre-Histoire de la Philosophie » en est une preuve indéniable.

Mais à ces chiens d’un autre genre qui se prétendent bergers, je pose une question : à quoi sert de penser s’il s’agit d’approuver ? L’approbation est toujours postérieure à l’énonciation, et celle-ci se place nécessairement en contradiction avec l’établit… L’histoire le prouve et plus important, le présent le prouve ! Tous les grands courants de pensées contemporains sont marqués par une volonté de changement ! Et là où est la vraie violence, c’est dans la volonté de transformer cette idée du changement en aboiement inaudible, animal. Statut auquel est parfois réduit Michel Onfray

Je ne suis en aucun cas un fan d'Onfray, mais j’apprécie ses interventions. Ses propos sont parfois intéressants et parfois en désaccord avec mes opinions, mais qu’importe. Ce qui a tendance à me plaire chez lui c’est une qualité bien trop rare chez nos « intellectuels » : l’art de l’écoute. Michel Onfray écoute l’autre, il le lit, il cherche à le comprendre avant de s’opposer (ou non) à lui. Et cet art est souvent mis à mal par ces contradicteurs, qui usent d’une technique à mon sens bien plus fourbe.

Car faire de l’autre une bête enragée, c’est nier la possibilité du débat, c’est balayer la construction argumentative par des arguments stupides, c’est de la non-pensée. Et c’est insupportable ! Non pas qu’il faille approuver tout ce qui est dit, mais il est pour moi nécessaire de discuter et plus important, de démontrer l’invalidité de quelque chose que l’on critique plutôt que d’insulter. L’insulte est facile.

Et ce n’est pas mon but. Je ne me prétends pas berger, et mon objectif n’est pas d’aboyer sur qui que ce soit. Mais j’estime en effet, et c’était un peu l’objectif de toute cette introduction, que pour juger un essai, il faut savoir faire abstraction de notre opinion première concernant la thèse de son auteur et ne s’en tenir qu’à deux choses : le style et la force de cohérence de l’argumentation. Pour moi c’est uniquement à travers cela que l’on peut juger, en bien ou en mal, la pensée de quelqu’un.

Pour résumer, faisons la guerre de façon pacifique.

Le Traité d’Athéologie est un texte militant. Il sera donc naturellement la cible de toutes les attaques les plus diverses, de la plus argumentée à la plus basse. Pire que ça, le Traité d’Athéologie est un texte de déconstruction philosophique. Il est alors facile d’imaginer l’immédiat repli négatif que certains pourraient avoir à la lecture : ne pas avoir envie de voir ses opinions questionnées est tout à fait compréhensible. Mais allons plus loin, ignominie la plus totale, le Traité d’Athéologie s’en prend à l’édifice le plus inattaquable de l’histoire de l’humanité : la religion monothéiste…

Que les choses soient mises au clair, je ne partage pas plusieurs des thèses qui sont développées dans ce livre. Bien qu’athée plus ou moins agnostique, je reconnais une certaine beauté à la puissance de la foi et je peux être touché par un discours religieux. Rien que ce discours ferait de moi un croyant pour Michel Onfray.

Critiquer la religion n’est pas neuf, et n’a désormais plus la grande valeur subversive d’autrefois… C’est vrai. Pire, « attaquer » la religion est immédiatement associé à une attaque des croyants. Et à mon sens c’est là le premier raccourci qui empêche d’avoir une lecture honnête du livre de Michel Onfray. Le Traité d’Athéologie est une déconstruction de la religion fondée sur ses 3 axes d’influence : la création du mythe, le rayonnement social et les visées politiques. Il s’agit donc de déboulonner l’édifice institutionnel de la religion, et non son aspect privé. Etre croyant est un droit, mais c’est ce qui motive cette croyance et ses conséquences sur le monde qui intéressent Onfray. Et sa conclusion est, vous vous en doutez, de se tourner vers un athéisme militant.

Le premier désaccord peut alors survenir. Mais l’argumentaire est précis, détaillé et fondé avant tout sur les textes. Il en devient ainsi audible, et c’est à mettre à son crédit. Michel Onfray cite, renvoie et analyse la portée de ces écrits sur l’humanité telle qu’elle fut et est encore en partie aujourd’hui. Certes, les répétitions sont inévitablement présentes et les raccourcis sont par moment un peu trop rapides (notamment concernant la portée philosophique des écrits) mais le tout est fluide, cohérent et honnête. Contrairement aux Textes, l’auteur parvient à ne jamais se contredire et à aller au bout de sa pensée. Rien qu’en cela, l’essai est pour moi indéniablement réussi.

Mais l’évidence veut que la force d’un livre réside également, et surtout, dans le plaisir qu’il procure à la lecture. Et sur ce point, le style de Michel Onfray fait des merveilles. A tel point, que le Traité d’Athéologie en devient divertissant. Imaginez, un livre de philosophie sur la religion divertissant… Et bien Onfray l’a fait. Les mots sont très bien choisis, le développement réfléchi et certaines touches d’humour bien senties.

Je mets cependant un premier bémol concernant le découpage interne du texte (notamment les sous-parties) qui relève parfois presque de l’arbitraire le plus complet… Inévitablement, j’en suis venu à me demander pourquoi il y avait une coupe, ce qui m’a sorti à plusieurs reprises de ma lecture. J’ignore s’il s’agit d’une décision de l’éditeur ou de l’auteur lui-même, mais dans tous les cas c’est réellement dispensable. Car de fait, l’’argumentation perd parfois en clarté et prend à certains moments la forme d’un écrit fleuve manquant un peu de cohérence (impression surprenante, étant donné que le texte fait à peine 300 pages). Un peu comme si tout devait être dit en un temps très court. Les arguments s’enchaînent sans discontinuer, se répondent incessamment les uns aux autres, et ce bouillonnement relativise pour moi la prétention dialectique du livre.

Mais ces défauts, bien que minimisant l’aspect « démonstration scientifique absolue » du texte, révèlent autre chose : la dimension artistique de Michel Onfray. Ainsi, ce que le Traité d’Athéologie perd en sérieux universitaire, il le compense en s’affirmant comme un écrit pétillant de personnalité. Et même si une conversation entre spécialistes de Proust est plus profonde qu’un échange entre piliers de bars, faire un mixe des deux peut s’avérer payant, ne serait-ce que pour démocratiser Proust auprès de ces mêmes amis des comptoirs.

Et c’est globalement ce que j’en retiens et qui me fait tant l’apprécier. Le Traité d’Athéologie s’éloigne de la prétention universitaire et c’est en partie ce qui en fait un essai intelligent et intéressant qui bouillonne, s’éparpille, puis se retrouve. Car quoiqu'on en dise, le discours argumenté d’un passionné est plus intéressant à écouter que le monologue austère de celui qui affirme tout savoir.

Epilogue : https://www.youtube.com/watch?v=I-Yi-WGG-6c

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