Tolerantia ou la capacité à supporter

Avis sur Traité sur la tolérance

Avatar Franc_cot
Critique publiée par le

Ce texte a été écrit à la suite de l’affaire Jean Calas, il s’inscrit dons dans un contexte de tension religieuse entre catholiques et protestants. Le livre était présenté comme « Dénonciation du fanatisme et de la superstition, ce traité publié en 1763 est un vibrant appel à la tolérance et à la liberté de pensée, plus jamais d’actualité ». D’emblée on perçoit la pensée de la personne qui a rédigé le quatrième de couverture d’autant plus que mon édition date de 2017...

Le grand problème de Voltaire, ici, c'est qu'il ne propose aucunement une définition dans son traité, et c’est d’ailleurs là que le bât blesse. Il nous donne une injonction, il faut faire preuve de tolérance sans une fois nous dire ce qu’il entend par tolérance. Je vais donc faire le travail pour lui :

D'après la 8 ème édition du dictionnaire de l'Académie Française :
Condescendance, indulgence, action de supporter ce qu’on ne peut empêcher ou qu’on croit ne devoir pas empêcher.

On comprend globalement que ce qu’il voudrait c’est que le catholique supporte le juif qui supporte le luthérien tout cela dans une bonne ambiance. Que ne recommence pas des guerres de religion, qui ont profondément marqué les esprits. Il tente de nous montrer que la tolérance est quelque chose de bon et de bien en utilisant les deux grandes références pour les humanistes et les « Lumières » : Rome et Athènes.

Il utilise un procédé assez frauduleux pour nous montrer que ses modèles sont des parangons de vertu. Il en va à dire que les martyrs chrétiens durant l’Empire étaient en fait des provocateurs politiques et qu’il n’y en a pas eu tant que cela. La raison de leur exécution étant dû à des raisons politiques et non des raisons religieuses. Je ne sais pas qu’elles étaient les sources à l’époque, s’il en existait beaucoup qui puissent valider ou non ses propos. Mais il apparait qu’aujourd’hui ses propos sont faux. Il y a bien eu des martyrs chrétiens, et une forte répression sous l’Empire Romain notamment sous l’Empereur Valérien qui fit décapiter le Pape Sixte II.

On décèle même une pensée, un cheminement, qui nous ai bien connu aujourd’hui. Il accuse les catholiques, et lui-même, car il utilise le « nous », d’avoir été « persécuteurs, bourreaux, assassins ! ». L’extrait complet est assez édifiant, on retrouve dedans une auto-flagellation, assez consternante :

Je le dis avec horreur, mais avec vérité : c’est nous, chrétiens,
c’est nous qui avons été persécuteurs, bourreaux, assassins ! et de
qui ? de nos frères. C’est nous qui avons détruit cent villes, le
crucifix ou la Bible à la main, et qui n’avons cessé de répandre le
sang et d’allumer les bûchers, depuis le règne de Constantin jusqu’aux
fureurs des cannibales qui habitaient les Cévennes : fureurs qui,
grâce au ciel, ne subsistent plus aujourd’hui.

La faute serait héréditaire/filiale -qui d’une certaine manière est assez catholique dans l’idée-, l’auto-flagellation dans l’idée de faire pénitence -encore très catholique-.

Son idée est assez anglo-saxonne, tant que personne ne trouble l’ordre public il peut avoir la religion qu’il veut. Il peut être dans la communauté qu’il veut. Bien entendue il ne définit pas ce qu’est l’ordre public, cela donne libre cours à l’interprétation. Finalement ce texte ne nous apprend pas grand-chose sur la tolérance et il n’est pas forcément marquant. Mais, comme il est écrit sur la 4ème de couverture, ce texte est d'actualité, il illustre assez bien la pensée de certaine personne qui nous appelle à faire preuve de tolérance, on peut le voir comme une genèse de cette pensée.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 23 fois
1 apprécie

Franc_cot a ajouté ce livre à 1 liste Traité sur la tolérance

Autres actions de Franc_cot Traité sur la tolérance