Triste Occident.

Avis sur Tristes tropiques

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Dieu se moque des hommes qui déplorent les conséquences alors qu'ils chérissent les causes.
Bossuet.

Cette critique portera uniquement sur les deux derniers chapitres du magnifique "Tristes Tropiques", somme de l'expérience humaine du grand ethnologue et philosophe.

En 1954, Claude Lévi-Stauss se trouve au Pakistan, où il peut observer un échantillon chimiquement pur d'un islamisme qui ne s'est pas encore propagé partout sur la planète. Son jugement est lapidaire et sans appel :

L'islam est l'Occident de l'Orient.

En termes clairs, l'Occident a engendré des monstres au nom de la religion de la Raison et du Progrès : nazisme (fils des théories scientistes et raciales des darwiniens), léninisme (fils du délire historiciste de Hegel), libéralisme (fils de l'utilitarisme et de l'économisme aveugle des anglo-saxons).

Pour Lévi-Strauss, l'islam est aux religions pré-islamiques et au mode de vie oriental qu'il admire ce que ces totalitarismes sont à l'héritage gréco-romain et chrétien de l'Occident : la réalité actuelle confirme qu'il avait hélas vu juste.

Ces deux formes de totalitarisme partagent concrètement la même absence de valeurs, guidés par le cynisme du pouvoir pur et de la domination.
Elles représentent un repli sur soi absolu (l'individu-roi avec tous ses caprices infantiles et mortifères) et un refus de toute altérité (enfermement des femmes et haine des enfants). Une condamnation à mort de toute apostasie et de toute dissidence (l'apostasie est passible de la peine de mort dans l'islam, le non-libéralisme est ostracisé comme fascisme en Occident).

Cette gémellité dans la bêtise a deux types de conséquences, que nos élites font semblant de déplorer alors qu'ils en chérissent les causes :

_dans un premier temps, les deux jumeaux s'allient pour liquider leur ennemi commun : ceux que Emmanuel Todd nomme délicatement les cathos zombies, en réalité tous les individus non encore décérébrés à l'image du sociologue à deux balles (excusez le pléonasme), qu'ils soient catholiques, agnostiques, sceptiques, que sais-je encore, tous ceux qui sont encore capables de lire un livre au lieu de s'abrutir devant la télé.

_un fois ce bon boulot accompli, le plus fort des jumeaux nourris au sein de la Louve totalitaire tue l'autre ou le soumet.

Le plus fort, c'est celui qui prétend avoir conservé une dimension spirituelle : la soif de spiritualité, fût-elle de pacotille, du genre humain est on le sait inextinguible.

Le matérialiste affiché se condamne de lui-même par sa veulerie, son inculture et un goût de la servitude volontaire que même un La Boétie n'aurait pu imaginer.

Servitude volontaire qui présente bien des avantages, dispensant de tout courage et de tout effort de dépassement personnel.

"Trop tard est un grand mot, un mot terrible de l'Histoire." (Jacques Bainville, au lendemain de la signature du traité de Versailles).

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